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« J’ai pris cette décision pour ne pas perdre mon fils »

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Trois questions à :
David Gilmour, auteur de Le film club, un père, un film : trois films par semaine (Leduc.S Littérature, 16,90 €) déjà vendu à 200 000 exemplaires dans le monde.

Un jour, vous proposez à votre fils d’abandonner l’école et de s’engager à regarder trois films par semaine avec vous. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision radicale ?
                                                                                                                                   
Un de ses profs m’a dit : « l’école n’est pas faite pour tout le monde ». Et ça été le déclic. Attention, c’était une bonne école, et les professeurs que j’ai rencontrés étaient vraiment bons.  Non c’était lui. Il était vraiment allergique. Pourtant, il n’avait pas de problème sociaux, et même si ses parents avaient divorcé, nous nous entendions très bien sa mère et lui. Je pense sincèrement que l’école était nocive pour lui. Il devenait lâche, menteur. Il échouait, et plus il échouait, plus il perdait confiance en lui. Il se voyait en raté, et je ne voulais pas qu’il quitte la maison couvert de cicatrices. Ce n’est pas la paresse qui le tuait mais l’ennui. Je voulais lui épargner des souffrances qui n’étaient pas nécessaires. Je pense que j’aurai du prendre la décision de le retirer de l’école deux ans avant, mais je n’ai pas eu la force nécessaire. Et puis cela correspondait aussi à un moment de ma vie où j’étais au chômage (depuis la parution de ce livre, il a été embauché comme professeur à l’université de Toronto NDLR). J’avais été un présentateur de télévision célèbre au Canada pendant 18 ans, et je n’avais plus de travail.  Donc, j’avais du temps libre à lui consacrer.  Et je me suis dit que comme nous aimions tous les deux le cinéma (David Gilmour a été critique cinéma NDLR), je pouvais lui transmettre ça. Si je ne l’avais pas fait, six mois après, il m’aurait dit : fiche moi la paix, et j’aurai perdu le contact. J’ai pris cette décision d’abord pour ne pas perdre mon fils.

Au départ vous lui avez dit que s’il touchait à la drogue, le marché ne tenait plus. N’avez-vous pas regretté votre décision quand il est passé outre ?

J’ai pensé que j’avais eu tort bien sûr ! Que j’avais fait une bêtise. Mais que pouvais-je faire ? Le jeter dehors ? J’ai pensé qu’il serait plus en sécurité en restant à la maison. Finalement, je ne regrette rien. D’ailleurs, je garde un merveilleux souvenir de ces années, où nous avions de longues discussions. C’est quand même dommage d’avoir des enfants et de ne pas prendre le temps de leur transmettre quelque chose. J’ai appris aussi beaucoup de chose sur l’éducation. Par exemple, on ne sait finalement jamais quand on enseigne. On pense dire quelque chose qui va marquer nos enfants, et un jour on fait ou on dit quelque chose sans y penser, et c’est ce dont ils se souviendront toute leur vie !  Ma vision du cinéma a aussi changé, car j’ai vu ces films à travers ses yeux, des yeux neufs.  Avant chaque film, je faisais une petite introduction très courte sans en faire trop, car je ne voulais pas enseigner le cinéma comme on lui avait enseigné la littérature au lycée.  Je ne voulais pas le dégouter.

Qu’est devenu votre fils Jesse ?

Aujourd’hui, il a 24 ans et vit toujours au Canada. Il a décidé de reprendre ses études et a réussi un examen pour intégrer l’université où il a commencé une licence de littérature. Mais il m’a dit, qu’il le faisait uniquement pour me montrer qu’il en était capable, et pas parce que cela l’intéressait. Après la parution du livre, j’ai été inquiet car il n’a rien fait pendant six mois. Il a profité de l’argent gagné avec ce livre, puisque je lui ai reversé une partie des ventes.  Heureusement, depuis il s’est repris, il a écrit un scénario, et cherche un producteur pour réaliser son premier film. Il est très passionné dans ce qu’il fait, et quand quelque chose lui plait, il y va à fond. Et puis, il a une grande intelligence émotionnelle : les femmes l’adorent !
Sophie de Tarlé
 
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