Au congrès de l'Unef, les jeunes au cœur de la présidentielle

Par Amélie Petitdemange, publié le 07 Avril 2022
8 min

Le 87e congrès de l’Unef s’est tenu du 31 mars au 3 avril, à Nancy. A quelques jours de l’élection présidentielle, le syndicat étudiant a remis les jeunes au centre du débat politique.

Le congrès de l’Unef s’est tenu du 31 mars au 3 avril, à quelques jours de l’élection présidentielle. Le syndicat étudiant a invité tous les candidats, mis à part l’extrême droite, à présenter leurs propositions pour les jeunes et à débattre avec eux.

Ce vendredi 1er avril, la matinée commence avec l’interpellation du NPA (Nouveau parti anticapitaliste). Antoine Pelletier, porte-parole de Philippe Poutou, est ovationné par la salle. "Anti, Anti-capitaliste, Anti, Anti-capitaliste !", scandent quelques dizaines d’étudiants, debout dans l’amphithéâtre du centre de congrès de Villers-les-Nancy.

Antoine Pelletier esquisse un sourire et dresse les mesures du NPA pour les jeunes : droit de vote à 16 ans, suppression de la sélection en prépa, en licence et en master, allégement des travaux dirigés (TD) à 25 étudiants, création de centres d’écoute pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, réflexion autour d’une pédagogie plus participative et revalorisation du personnel enseignant avec un investissement de 2,5 milliards par an.

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Un revenu de 1.200 euros pour chaque jeune pour Poutou

La mesure phare de Philippe Poutou est un "pré-salaire" d’autonomie de 1.200 euros net pour les 18–25 ans, qui regrouperait toutes les aides existantes (APL, bourses…) et serait abondé grâce à une hausse des charges patronales. "Je considère que les études sont un travail. Les jeunes doivent être payés pendant qu’ils étudient, sur le même principe que le chômage", affirme Antoine Pelletier.

Vient ensuite le temps des questions. Un jeune homme prend le micro pour souligner que le "pré-salaire" ne devrait pas s’arrêter à 25 ans, âge auquel de nombreux jeunes continuent encore leurs études. Antoine Pelletier acquiesce et assure qu’il va "changer ça".

Intervention houleuse du représentant de Macron

Cet échange à bâtons rompus tranche avec l’interpellation suivante : celle du président et candidat Emmanuel Macron, représenté par le président des Jeunes avec Macron, Ambroise Méjean.

Avant même son apparition en visio-conférence, des dizaines d’étudiants tentent d’empêcher son intervention. "Macron, ça dégage ! Macron, ça dégage !", répètent-ils à l’unisson, certains le poing levé. "Ce gouvernement est responsable de suicide d’étudiants", lance un jeune homme. "On n’a pas besoin de cette opportunité de discuter avec ce gouvernement qui connaît déjà nos revendications et s’en fout", abonde une jeune femme. La présidence de l’Unef considère au contraire qu’il faut discuter avec le gouvernement pour changer les choses et finit par déloger les récalcitrants.

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Réformer les bourses pour Macron

Ambroise Méjean prend la parole pour reconnaître qu’il y a "un problème d’accès aux études supérieures". Près de 73% des diplômés ont des parents diplômés, quand seulement 17% d’entre eux ont des parents non diplômés, souligne le président des Jeunes avec Macron.

Emmanuel Macron s’engage à réformer le système des bourses, notamment en adaptant les montants selon le coût de la ville. Une réforme promise depuis des années par le gouvernement, souligne sur scène la présidente de l’Unef, Imane Ouelhadj. "On a été bousculé par la crise sanitaire…", tente de justifier Ambroise Méjean en promettant une augmentation des bourses.

Imane Ouelhadj l’interroge ensuite sur le manque de places dans le supérieur. L’Unef demande la création d'une nouvelle université et l'ouverture de 20.000 places supplémentaires . "Je pose un autre constat : chaque année, il y a des places libres. Il faut s’assurer de ne pas envoyer tout le monde dans les mêmes filières, sans débouchés derrière", répond le président des Jeunes avec Macron. Il souhaite renforcer l’orientation dès le collège avec une découverte des métiers et ajouter plus d’informations sur Parcoursup, notamment le taux d’insertion des formations.

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Supprimer Parcoursup pour Jadot

Des propositions contraires à celle d’Europe Ecologie-Les Verts, représenté ce vendredi après-midi par Benjamin Lucas, porte-parole de Yannick Jadot. Pour le candidat écologiste, cette "vision comptable de l’enseignement supérieur" n’est pas viable. Il souhaite augmenter le nombre de places, supprimer Parcoursup et mettre fin à la sélection en licence et en master.

Il promet une augmentation du budget pour former les professeurs et pour la recherche liée à la transition écologique, la création de 10.000 postes d’enseignants-chercheurs, une restauration bio accessible à tous et veut encourager des enseignements liés à l’environnement, au réchauffement climatique et à la biodiversité dans tous les cursus.

Sur la question des logements, il souhaite à la fois engager des constructions et rénover les logements existants "qui sont des passoires thermiques". Pour lutter contre la pauvreté, il rappelle la proposition d’un revenu citoyen de 920 euros par mois, versé automatiquement à partir de 18 ans.

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Objectif de l'Unef : porter la voix des jeunes auprès des candidats

Pour Imane Ouelhadj, l’objectif de ces interpellations est double. D’une part, faire entendre les revendications des jeunes à l’éventuel futur président. "Les propositions de l’Unef sont souvent reprises par les politiques. L’allocation d’autonomie que nous proposons se retrouve par exemple en partie dans les programmes de la France Insoumise et du NPA", note l’étudiante. D’autre part, il s’agit de remettre les jeunes au centre de la démocratie. "En tant que syndicat, on ne prend pas partie. Mais nous voulons lutter contre l’abstention et permettre aux jeunes de connaitre les programmes des candidats", explique-t-elle.

En parallèle des interpellations présidentielles, une table ronde est d’ailleurs organisée sur le thème "Remettre les jeunes au cœur de la démocratie ".

Manque de considération = abstention aux élections

"La forte abstention chez les jeunes s’inscrit dans un contexte de manque de considération. Quand un système ne s’intéresse pas aux jeunes, pourquoi s’intéresseraient-ils à ce système ? Il faut écouter et impliquer les jeunes, les considérer à part entière dans les politiques publiques", affirme Helno Eyriey, président du Groupe des Organisations étudiantes et des mouvements de jeunesse au CESE (Conseil Economique Social et Environnemental), lors de cette table ronde.

Selon lui, l’engagement est toujours fort chez les jeunes : ils manifestent contre le sexisme, les violences policières, le réchauffement climatique… Mais cet engagement ne se traduit pas par le vote. Il propose plusieurs mesures pour enrayer ce problème : le droit de vote dès 16 ans, la reconnaissance du vote blanc et l’accès aux minimas sociaux aux moins de 25 ans pour favoriser le sentiment d’appartenance à la société. Selon le baromètre #MoiJeune2022 publié en mars par OpinionWay, seuls 48 % des 18–30 ans et 37% des 18–22 ans sont certains d’aller voter ce dimanche.

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