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Elections législatives : quels sont les scénarios possibles pour la formation du Gouvernement ?

Qui sera le prochain locataire du poste de Premier Ministre ? Encore quelques jours ou semaines de patience...
Qui sera le prochain locataire du poste de Premier Ministre ? Encore quelques jours ou semaines de patience... © dbrnjhrj/Adobe Stock
Par Amélie Petitdemange, Rachel Rodrigues, publié le 09 juillet 2024
6 min

VIDEO. Aucune majorité ne s'est réellement dessinée, après le second tour des élections législatives, ce dimanche 7 juillet. Après la recomposition de l'Assemblée nationale, le président de la République doit nommer un nouveau Gouvernement. Voici les scénarios qui se dessinent.

Les législatives anticipées du 30 juin et 7 juillet ont rebattu les cartes à l'Assemblée nationale. L'alliance de gauche Nouveau Front Populaire (NFP) est arrivée en tête, avec 182 sièges. Elle passe ainsi devant la coalition de la majorité présidentielle, Ensemble, qui a obtenu 163 sièges. Le parti d'extrême droite Rassemblement national et ses alliés ont quant à eux décroché 143 sièges.

Ces résultats vont influer sur la composition de l'Assemblée nationale, mais aussi sur celle du Gouvernement. Le Premier ministre est en effet traditionnellement issu du parti arrivé en tête aux législatives.

Mais quels sont les scénarios possibles dans ce contexte ? Julien Robin, doctorant en sciences politiques et spécialiste de la vie parlementaire, et Dorian Dreuil, politologue et expert-associé à la Fondation Jean Jaurès, apportent des éléments de réponses.

Un nouveau Premier ministre pour la France

A la suite des résultats, le Premier ministre, Gabriel Attal, a remis sa démission ce lundi 8 juillet. Démission qui a été refusée par Emmanuel Macron : le président de la République lui demandant de rester en poste "pour le moment" afin d'"assurer la stabilité du pays".

Cette situation transitoire ne devrait cependant pas durer. Le chef de l'Etat devrait nommer un nouveau Premier ministre d'ici quelques semaines, afin de constituer un gouvernement plus en phase avec la nouvelle Assemblée nationale.

"Le président a la prérogative de nommer le Premier ministre, il pourrait donc nommer la personne de son choix. Mais historiquement, le Premier ministre a toujours été issu du parti majoritaire à l'Assemblée nationale. Donc a priori, si une candidature se dégage au sein du NFP, le président devrait suivre ce choix", explique Julien Robin, doctorant en sciences politiques et spécialiste de la vie parlementaire.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a annoncé que la gauche présenterait "dans la semaine" un candidat au poste de Premier ministre. "Le Front Populaire va devoir trouver un consensus pour faire dégager une candidature. Cela se joue entre le Parti socialiste (PS) et La France insoumise (LFI)", estime Julien Robin. Ce sont en effet les deux partis de l'alliance NFP ayant récolté le plus de voix.

A l'Assemblée, s'allier pour gouverner

Pour les députés, l'autre enjeu est de nouer des alliances à l'Assemblée nationale. Bien qu'arrivé en tête en nombre d'élus, le Nouveau Front Populaire est en effet loin de la majorité absolue, fixée à 289 sièges. Les députés entrent donc dans une phase de négociations, afin de former des coalitions. Car sans majorité absolue à l'Assemblée, il est difficile de faire passer des lois.

"C'est une situation assez inédite sous la Ve République. Nous sommes dans une configuration où aucune majorité ne se dégage, avec des groupes minoritaires qui vont devoir trouver une façon de gouverner. Cela peut prendre plusieurs jours comme plusieurs semaines. En Allemagne, cela a pris plusieurs mois de négociations", explique Dorian Dreuil, politologue et expert-associé à la Fondation Jean Jaurès.

Plusieurs scénarios de coalition

Plusieurs scénarios de coalition sont possibles. Selon Julien Robin, le plus probable serait une alliance entre le NFP et quelques députés du camp présidentiel, qui se sont déjà éloignés d'Emmanuel Macron.

Une autre possibilité serait l'alliance des partis du NFP, sauf LFI, avec certains députés du groupe présidentiel Ensemble : ceux des partis Renaissance, du Modem, voire d'Horizons. Une autre configuration assez proche serait l'alliance de tous les partis du Nouveau Front Populaire avec certains députés du groupe présidentiel, comme précédemment, mais cette fois-ci sans le parti Horizons, trop opposé à la France insoumise.

Enfin, une alliance entre le PS, le camp présidentiel et quelques députés Les Républicains (LR) est également imaginable, pronostique Julien Robin.

Gouverner sans majorité, une autre possibilité

Si aucune coalition ne se dessine, les députés pourront tout de même gouverner. Ils devront alors obtenir la majorité des votes des députés, texte de loi par texte de loi. "C'est d'ailleurs la situation dans laquelle était la majorité présidentielle, qui était en majorité relative", pointe Dorian Dreuil.

Une autre solution serait de gouverner uniquement par décrets, sans passer par des textes de lois. "Il s'agira alors de textes consensuels, sur des sujets peu clivants et peu structurants", prévient cela dit Julien Robin.

Eviter la motion de censure

Le plus grand enjeu du futur gouvernement sera d'éviter la motion de censure. En effet, si la majorité des députés, soit 289, s'allient pour voter une motion de censure, cela entraînera la démission du gouvernement.

"C'est un scénario possible, et même probable, car nous avons trois grands blocs qui font presque jeu égal. Il suffit donc que les deux tiers se mettent contre l'autre tiers pour le renverser", explique Julien Robin.

Un renforcement de la démocratie

Cette scission de l'Assemblée en trois grands blocs (NFP, Ensemble et RN), a finalement une conséquence sur notre démocratie. "L'épicentre du pouvoir se déplace du Président vers les députés", souligne Dorian Dreuil.

Dans cette configuration, le vote de chaque député compte. Ils ont ainsi plus d'impact sur le passage ou le blocage d'un texte. L'Assemblée a bien plus de pouvoir que lorsque le Président gouverne avec des députés et des ministres de son bord politique.

"Nous allons devoir apprendre à vivre dans un fonctionnement de démocratie parlementaire", affirme Dorian Dreuil.

Selon lui, "il faut laisser l'Assemblée nationale rythmer la vie démocratique. Ce sera une réponse aux nouvelles exigences démocratiques de la société mais aussi à la montée de la polarisation".

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