Étudiant engagé : Gautier Arnaud-Melchiorre défend les droits des enfants placés

Par Etienne Gless, publié le 10 Janvier 2022

VIDÉO - GÉNÉRATION ENGAGÉE. Ancien enfant placé et étudiant en droit de la santé à Nancy, Gautier a recueilli durant six mois la parole des enfants pris en charge par l’aide sociale à l’enfance. Le jeune homme de 26 ans a rendu un rapport au gouvernement pour améliorer leur situation au quotidien.

"Nul n’est à l’abri de ces drames qui peuvent conduire à une mesure de protection de l’enfance", constate Gautier Arnaud-Melchiorre, 26 ans. Etudiant en master 2 de droit de la santé à l’université de Nancy, le jeune homme s’est vu confier en 2021 une mission par Adrien Taquet, le secrétaire d’État chargé de l’enfance et des familles.

Objectif ? Faire connaitre le regard que portent les enfants et les jeunes sur leur parcours et leur accompagnement. Quelque 300.000 mineurs en France ne peuvent être maintenus dans leur famille et sont alors placés dans une famille d’accueil agréée ou dans un établissement spécialisé.

Gautier est allé à leur rencontre et a rédigé un rapport "La Parole aux enfants", remis symboliquement le 20 novembre 2021 à l'occasion de la journée internationale des droits de l'enfant.

Une cause qui lui tient intimement à coeur

"Je n’avais pas de bureau au ministère. Mon bureau c’était la France entière !" De mars à septembre 2021 , Gautier a sillonné l'hexagone en train pour recueillir la parole de centaines d’enfants et d'adolescents directement sur leur lieu de vie.

Ils sont nombreux à avoir accepté de lui partager leur histoire. "Si cette cause me tient tellement à cœur c’est que j’ai moi-même été pris en charge par l’aide sociale à l’enfance durant 18 années. De 0 à 18 ans, j’ai vécu dans 15 lieux différents.", se souvient Gautier. Mais ses engagements associatifs (dans un mouvement de scoutisme notamment, ndlr), son goût pour les autres et son envie de faire bouger les choses ont aussi pesé dans son choix de réaliser cette mission.

Car tout est loin d'être parfait dans la mise en œuvre de l’aide sociale à l’enfance : "C'est une politique publique mise en œuvre de manière trop disparate selon les territoires et c'est injuste", déplore-t-il.

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Diversité des situations, même besoin de se sentir aimé et en sécurité

De nombreux enfants rencontrés par Gautier ont été confrontés à des situations de danger : décès brutal de la maman qui engendre un alcoolisme chez le papa ; incarcération d'un des deux parents ; échec d'un projet d'adoption ; maltraitances… Toutes situations qui engendrent de la souffrance visible ou non. S'y ajoute le cas des mineurs non accompagnés : "Confrontés pour la plupart à des drames familiaux, à la mort, et à de graves négligences et violences, ils ont aussi vécu le parcours de l'exil", explique Gautier.

Mais quelle que soit la diversité des épreuves traversées, tous éprouvent les mêmes besoins que n'importe quel enfant : être aimé, respecté et écouté et sentir en sécurité.

Quand la protection de l'enfant conduit à sa stigmatisation

"Ces enfants ne veulent pas être montrés du doigt. Ils veulent se sentir des enfants comme les autres. Ce n’est pas parce que l’on est en foyer que l’on fait des bêtises ou que l’on est violent et délinquant", relève le jeune homme.

"La mesure de protection confère un statut méconnu, poursuit l'étudiant, parfois incompris par la société et source de préjugés. Il faut favoriser l’émergence d’une image positive des enfants protégés qui sont d’abord des enfants. Leurs aspirations ressemblent à celles qu'émettent la plupart des enfants".

Or certaines mesures de protection ne permettent pas à l’enfant de se sentir comme les autres. Ainsi, pour aller à l’école certains vivent mal d’arriver en camionnette avec le logo bien visible de l’établissement social ou de l’association. Ou encore de voir apposer le tampon de l’établissement sur leur carnet de correspondance.

Gautier propose la suppression des logos sur les véhicules qui les transportent et du tampon sur le carnet de correspondance. De même il plaide pour que soit mieux prise en compte la parole des enfants lors des visites aux parents : "Certains les redoutent quand d’autres les réclament", constate-t-il.

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Des jeunes dissuadés de faire des études longues

Autre injustice pointée par Gautier, le manque d'ambition pour les enfants. Alors que 90% d'une génération obtient désormais son baccalauréat, très peu des enfants ayant bénéficié d'une mesure de protection arrive au niveau du bac.

Au sortir de l'aide sociale à l'enfance à 18 ans, la plupart se retrouvent isolés. "Les enfants protégés sont souvent dissuadés d’effectuer des études longues. Beaucoup apprennent un métier technique très tôt après la classe de 3e pour pouvoir subvenir à leurs besoins à leur majorité", explique Gautier. "Les professionnels ne devraient pourtant pas écarter des filières d'études post-bac les enfants qui témoignent d’une appétence à apprendre et d’une curiosité intellectuelle évidente".

Il estime dans son rapport que la loi devrait favoriser l’accompagnement de tout jeune majeur par le département [qui est en charge de l'aide sociale à l'enfance] jusqu'à ses 21 ans". Pour que les jeunes ne soient plus abandonnés du jour au lendemain par l'institution lorsqu'ils deviennent majeurs et continuent d'être accompagnés.

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Enfants placés : un projet de loi en discussion

Mais Gautier peut déjà être satisfait de ce travail qui l'a occupé six mois à temps plein : le projet de loi sur la protection des enfants, actuellement en cours de discussion au Parlement, prévoit de mettre fin aux "sorties sèches" de l'aide sociale à l'enfance. Une solution d'accompagnement sera systématiquement proposé aux jeunes à leurs 18 ans. Grâce à lui la cause des enfants avance !

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