Marcel et Pousse, les étudiants de retour de la COP26 : "Les engagements pris ne sont pas suffisants"

Par Pauline Bluteau, publié le 12 Novembre 2021
6 min

GÉNÉRATION ENGAGÉE. Pendant une semaine, Marcel et Pousse ont assisté à la COP26 à Glasgow, en Ecosse. Un événement qui leur a tout de même laissé un goût amer : les deux militants écolos dénoncent l’inaction, le manque d’ambition et d’écoute des politiciens vis-à-vis de leur génération.

Il y a tout juste deux semaines, à la veille de leur départ pour Glasgow pour la COP26, l’Etudiant donnait la parole à Marcel* et Pousse*. Les deux étudiants, le premier en licence de sciences politiques à l’université de Lille et la seconde à Sciences po Toulouse, font partie du mouvement Youth for Climate. Cet événement mondial leur permettait surtout de faire entendre leur voix en "mettant la pression aux institutionnels". De retour en France, après avoir passé chacun une semaine en Ecosse, les deux militants font le point.

La COP26, un événement d'ampleur

Lorsqu’on leur demande comment ils vont, les deux étudiants ne cachent pas leur fatigue. Ils semblent tous les deux avoir été surpris par l’ampleur de l’événement. "La COP est vraiment partout à Glasgow, même dans la rue. C’est incroyable, lance Marcel. Parfois, c’est du greenwashing (éco-blanchiment, action visant à se donner une image écologique, NDLR) mais il y a aussi des messages plus forts pour dénoncer."

À l’intérieur des bâtiments hébergeant les négociations, ce sentiment ne fait que se renforcer. "C’est vraiment immense, confirme encore étonnée Pousse. Dans la 'Blue zone', réservée aux institutionnels, la sécurité est partout ! Il y a des salles où sont organisées des conférences ou des réunions plus informelles. Il y a aussi des stands pour les entreprises ou les délégations, des espaces de plénière et de négociation…" Des lieux que Pousse connait désormais sur le bout des doigts ou presque. "On passe du temps à discuter avec des négociateurs, à participer à des conférences, on rencontre d’autres militants, on organise des actions…", résume l’étudiante.

Lire aussi

"C’est une belle blague, ils viennent tous faire du blabla"

Pas le temps de s’ennuyer donc même si la surprise a vite laissé place à la déception. Le 2 novembre, plusieurs accords ont été signés par les 120 dirigeants mondiaux avec des engagements sur la réduction des émissions de méthane de 30% d’ici 2030 ou la fin de la déforestation. "C’est une belle blague cette COP, ils viennent tous faire du blabla… On ne peut pas parler de succès, les engagements pris ne sont pas suffisants ou ne seront pas respectés", s’indigne Marcel.

Même constat de la part de Pousse qui ne s’attendait pas à "tant de condescendance notamment envers les populations indigènes". "J’ai fait une crise de panique, je ne supportais plus ce que je voyais et entendais. Il n’y a pas de volonté d’avancer pour respecter davantage la planète", raconte l’étudiante toulousaine. Dans les allées de la 'Blue zone', les entreprises s’affichent et tiennent des discours "superficiels". "La COP reste très institutionnelle mais c’est justement très ironique."

Les militants se sont rassemblés les 5 et 6 novembre dans les rues de Glasgow pour faire entendre leur voix.
Les militants se sont rassemblés les 5 et 6 novembre dans les rues de Glasgow pour faire entendre leur voix. // © Photo fournie par le témoin
Les militants ont mené des actions dans la "Blue zone", réservée aux institutionnels participant à la COP.
Les militants ont mené des actions dans la "Blue zone", réservée aux institutionnels participant à la COP. // © Photo fourni par le témoin

Rencontrer des militants du monde entier

Les deux militants regrettent le manque d’attention accordée à la société civile et à la jeunesse en particulier. "C’est toute la société qui doit bouger mais les jeunes sont moteurs car ils ont de l’énergie et l'envie de se battre. Si les politiciens écoutaient la jeunesse, on n’en serait pas là", rétorque l’étudiant lillois. "Il y a beaucoup de choses à critiquer sur cette COP, notamment son manque d'inclusivité, assure Pousse. On préfère infantiliser ou décrédibiliser Greta Thunberg parce qu’écouter les jeunes, c’est écouter ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. Je ne sais pas de quoi les politiciens ont peur mais s’ils ont cette crainte, c’est certainement parce qu’on a raison…"

Au-delà du négatif, les deux étudiants retiennent tout de même les rencontres qu’ils ont pu faire. Les 5 et 6 novembre, deux grandes manifestations se sont tenues à Glasgow. Des marches auxquelles ont participé Marcel et Pousse. "C’était une bulle pour se ressourcer. Ça a fait du bien de voir que certains venaient de très loin pour défendre leurs idées. C’était impressionnant tout ce monde réuni. Enrichissant aussi parce que ça nous a permis de faire des rencontres. Le militantisme était bien présent !" concède Pousse. Pendant la semaine, l’étudiante a rencontré d’autres jeunes pour mener différentes actions dans la "Blue zone". La jeune femme se dit très fière de l’impact médiatique.

Marcel a lui aussi participé au blocage d’un diner de PDG : "On est content, on montre qu’on est là !" L’étudiant doit encore profiter de son week-end post-COP en Écosse avant de rentrer et reprendre le chemin de la fac. Pousse, quant à elle, a besoin de repos. "Surtout sur le plan émotionnel. Je suis en pleine remise en question sur le choix de mes études et de mon engagement, il faut que je prenne le temps d’y réfléchir", souffle-t-elle.

*Les prénoms ont été modifiés.

Articles les plus lus

A la Une engagement et vie associative

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !