"Ni Le Pen, ni Macron" : des centaines d’étudiants ont bloqué leur établissement

Par Amélie Petitdemange, publié le 15 Avril 2022
6 min

Des étudiants de l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne, de l’université de Saint Denis-Paris 8, de Sciences po Paris et Nancy et de l’ENS-PSL ont bloqué leurs établissements mercredi et jeudi, en réponse au premier tour de l’élection présidentielle.

Des centaines d’étudiants de l’université Paris 1 – Panthéon Sorbonne ont occupé l’établissement de mercredi à jeudi soir. Ils ont été suivis par les étudiants de l’université de Saint Denis – Paris 8, de Sciences Po Paris et Nancy et de l’ENS-PSL. Leur revendication : Ni Le Pen, Ni Macron.

Arthur*, étudiant en L3 de géographie qui a passé la nuit de mercredi dans les locaux de la Sorbonne, raconte : "à l’origine, on devait tenir une assemblée générale mercredi à 13 heures pour s’organiser face à un deuxième tour avec des candidats qui méprisent la jeunesse. Mais les vigiles ne nous ont pas laissés entrer". Les étudiants accèdent alors de force à l’université puis une occupation est votée lors de l’assemblée.

Ils espèrent ainsi faire entendre leur voix. "Une colère gronde parmi la jeunesse. Nous refusons de faire un choix entre le réactionnaire et l’extrême droite, entre la peste et le choléra", explique Lili, étudiante en L1 de biologie également présente le mercredi.

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Des cours passés à distance

Le soir-même, l’université a annoncé le basculement des enseignements en distanciel. "Nous avons pris la décision de passer en distanciel l’ensemble des enseignements prévus jusqu’au samedi 16 avril inclus afin de garantir notamment la continuité pédagogique pour l’ensemble de nos étudiantes et étudiants", a-t-elle précisé dans un mail dont nous avons pris connaissance.

Sciences po Paris a annoncé jeudi que les cours passeraient aussi à distance ce jour-là. "Ils ont peur que notre initiative se propage. Paris 1 a fermé le campus de Tolbiac, à Paris 4, les sites de Clignancourt et de Malesherbes, et les cours sont aussi passés à distance à Paris 3, alors qu’il n’y a pas eu de blocages sur ces sites", témoigne Lili.

Dégradations des bâtiments

Sur les réseaux, des photos de bâtiments dégradés et tagués à l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne circulent depuis mercredi. "Lors du blocage, nous avons eu des débats sur le fait de tagguer ou non. Je ne suis pas pour toutes les dégradations mais beaucoup de personnes utilisent cet argument pour décrédibiliser le mouvement. Pourtant, ça a l’air de plus inquiéter que les suicides d’étudiants", regrette Arthur.

Pour Lili, mettre en avant ces dégradations est "un moyen de diviser étudiants" alors que "les vrais casseurs, c’est le gouvernement".

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"On ne veut pas voter pour le moins pire"

Invité ce vendredi matin sur France Info, Emmanuel Macron a réagi à cette mobilisation. "Si on se met à contester toutes les règles, ça devient l'anarchie. […] Il faut accepter de choisir pour quelque chose qui n'est pas totalement ce qu'on pense mais qui s'en rapproche le plus", a-t-il argumenté. Un non-sens pour Lili. "On ne veut pas voter pour le moins pire", tranche-t-elle.

Interrogé sur sa politique, le candidat-président a ensuite contesté "le fait que l'extrême droite serait la même chose que la politique que nous avons menée ces cinq dernières années. Quand j'entends ce qui a pu être dit par la candidate d'extrême droite sur la manière de réformer la Constitution, sur le retour sur l'abolition de la peine de mort, sur le rapport aux journalistes, je pense que nous sommes en effet dans une autre catégorie".

Un argument balayé par Arthur. "Je suis tout à fait d’accord avec le fait que Macron n’est pas fasciste comme Le Pen. Mais sa politique pour les étudiants et la jeunesse est tout aussi dure".

Montée du fascisme

Marine Le Pen a par la suite réagi sur le plateau de BFMTV/RMC. "Ils ont loupé les cours de démocratie ? Ils étaient en week-end", a lancé la candidate du Rassemblement national, estimant que "ces petits jeunes devraient respecter la démocratie". "Ils feraient mieux de faire des campagnes pour inciter les jeunes à aller voter", a poursuivi Marine Le Pen, jugeant "inquiétant" ces blocages "anti-démocratiques".

Pour Arthur, cette accusation est risible, tant "les militants de Marine Le Pen ne respectent pas la démocratie". Il affirme par ailleurs que l’objectif du blocage n’était pas de remettre en cause le résultat des élections mais de s’opposer à la montée du fascisme dans le pays.

Manifestation contre l'extrême droite

Le mouvement a pris fin jeudi soir, après que la police a encerclé la Sorbonne. "Ils ont coupé la communication avec les gens à l’extérieur. Les personnes dans le bâtiment étaient en autarcie et ne pouvaient plus manger. Petit à petit, nous avons dû sortir", raconte Arthur. Il dénonce l’arrestation arbitraire de jeunes devant la Sorbonne. "La police nous a empêchés de sortir pour arrêter les participants. Ils ont arrêté des gens au hasard devant la Sorbonne", affirme le jeune homme.

Malgré la fin des blocages, les étudiants continuent à se mobiliser. Une assemblée générale est par exemple prévue mercredi à la fac de droit de Strasbourg. Une manifestation contre l'extrême droite est par ailleurs organisée ce samedi dans toute la France, à l'appel des mouvements de jeunesse, de syndicats et d’associations.

*Le prénom a été modifié.

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