Présidentielle : des étudiants manifestent contre l’extrême droite avant le second tour

Par Amélie Petitdemange, publié le 22 Avril 2022
5 min

Des centaines d’étudiants se sont rassemblés ce jeudi place du Panthéon à Paris. Inquiets d'une possible victoire de Marine Le Pen, ils appellent à lui faire barrage dans les urnes ce dimanche.

Quelques centaines d’étudiants ont manifesté contre l’extrême droite, jeudi 21 avril devant le Panthéon à Paris. Une date symbolique, 20 ans jour pour jour après l’accession au second tour du Front national pour la première fois. À trois jours du second tour de l’élection présidentielle, les syndicats étudiants UNEF et FAGE ainsi que l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) et SOS Racisme appellent à l’unisson à faire barrage à Marine Le Pen.

Brandissant leurs pancartes, les étudiants scandent la chanson "Marine" de Diam’s : "Moi j'emmerde, j'emmerde… j'emmerde qui ? Le Front national !"

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"Pas un parti comme les autres"

Les étudiants présents ce jeudi ne votent pas de gaieté de cœur pour Emmanuel Macron. Mais pour eux, hors de question de laisser l’extrême droite accéder au pouvoir. Anna, en deuxième année à Dauphine-PSL, rappelle que le Rassemblement national "n’est pas un parti comme les autres". Pour elle, l’abstention est un choix égoïste que seuls les jeunes privilégiés peuvent se permettre. "Je fais barrage à Marine Le Pen pour moi, mais aussi pour les gens dont la vie serait très impactée par son élection, comme les étrangers".

Elle pense aussi à l’importance de l’écologie, un thème oublié par la candidate. "En sociologie, on observe bien que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir banalise le racisme et les violences policières", ajoute l’étudiante.

"Un programme raciste et islamophobe"

Une heure après le début du rassemblement, les organisateurs prennent la parole à tour de rôle. Paul Mayaux, président de la Fage, se saisit d’un micro. "Nous sommes contre l’obscurantisme et pour l’éducation, contre le repli sur soi et pour la solidarité, contre l’atteinte de nos droits fondamentaux et pour la liberté et la démocratie", lance-t-il sous des applaudissements.

Cannelle, en première année de master histoire des arts à la Sorbonne, acquiesce. La jeune femme est venue au rassemblement avec SOS Racisme, dont elle fait partie depuis quelques mois. "Je suis inquiète de l’aspect raciste et islamophobe de son programme. Je le trouve aussi dangereux en tant que personne LGBT", explique-t-elle.

Pour Cannelle (à gauche), c'est le rôle de la jeunesse de se mobiliser contre Marine Le Pen.
Pour Cannelle (à gauche), c'est le rôle de la jeunesse de se mobiliser contre Marine Le Pen. // © Amélie Petitdemange

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"Fin des droits sociaux"

Alors que des étudiants à Paris et à Nancy ont bloqué leur établissement en scandant "Ni Le Pen, Ni Macron", les jeunes présents jeudi pointent les différences entre les deux candidats. "Je comprends leur position, car nous avons connu cinq années mortifères. Mais avec Le Pen, c’est la fin de droits sociaux comme l’avortement ou le mariage pour tous, C’est aussi une menace pour nos libertés, notamment la liberté d’expression. On le voit bien en Hongrie ou au Brésil", explique Imane Ouelhadj, présidente de l’Unef.

Pour Nicolas, étudiant en master de droit à Aix-en-Provence (13), le programme de Marine Le Pen est vecteur de discriminations. "100.000 étudiants seront menacés d’expulsion de leur logement universitaire en raison de la préférence nationale. Son interdiction du port du voile est aussi très problématique. Elle pourrait aussi revenir sur des acquis comme la distribution gratuite de protections périodiques", explique-t-il.

Alexandre et Nicolas sont président et vice-président de l'ARES (associations représentatives des étudiants en sciences sociales)
Alexandre et Nicolas sont président et vice-président de l'ARES (associations représentatives des étudiants en sciences sociales) // © Amélie Petitdemange

Collage d’affiches dans les campus

A côté de lui, Alexandre, étudiant en licence d’administration économique et sociale (AES) à Valenciennes, brandit une pancarte "Ni 2002, ni 2022. 20 ans après, même combat". Selon lui, si le combat est le même, les mobilisations sont plus diverses. Si la manifestation de ce jeudi ne rassemble que quelques centaines d’étudiants, la mobilisation se fait aussi sur les réseaux sociaux et dans les campus. Une campagne de collage d’affiches contre l’extrême droite a par exemple été menée dans des universités à Paris, Saint-Denis, Nanterre, Malakoff, Aubervilliers, Tours et Clermont-Ferrand.

Pour l’instant, aucune mobilisation n’est prévue après le scrutin de ce dimanche. "On espère du plus profond de notre être qu’elle ne sera pas élue", explique Nicolas. Anna, étudiante de Dauphine-PSL, se rend à l’évidence avec résignation : "Si elle est élue, je sais que c’est démocratique, je ne pourrai pas remettre les résultats en question. Il faudra alors voter en masse aux législatives de juin".

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