Tanguy Guibert, étudiant et engagé : "Je me suis construit à côté de l'école"

Par Pauline Bluteau, publié le 14 Mars 2022
8 min

C'est un Breton qui revient de loin. En janvier dernier, Tanguy Guibert, 26 ans, a pris la parole devant l'immense Parlement européen pour faire entendre la voix de la jeunesse. Un exploit pour celui qui n'a jamais su trouver sa place à l'école. Aujourd'hui, ce travailleur acharné s'épanouit dans une société pourtant peu encline aux profils "atypiques".

Tanguy Guibert s'est très tôt engagé auprès des autres. Alors à seulement 26 ans, cet étudiant a déjà eu mille vies… Au téléphone, il inspire tout de suite confiance. Et s'il se noie dans quelques détails, c'est surtout sa gentillesse et son envie de partager que l'on retient. Ses 14 années d'engagement ont, semble-t-il, laissé beaucoup de traces.

Il faut dire que le Breton, venant d'un "village de campagne où il n'y avait pas grand-chose à faire" a bien changé. Les livres, l'athlétisme, la biologie puis ses études d'infirmier et maintenant son engagement au sein de la Fage et du CNAJEP (Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire), parle d'emblée de son implication dans mille projets. Des projets dédiés aux autres, ponctués de quelques coups de gueule et de nombreux doutes. Tanguy raconte comment son engagement l'a poussé à se surpasser.

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Un engagement qui commence à l'âge de 12 ans

Renfermé sur lui-même, cible d'un harcèlement scolaire, plutôt solitaire, au collège, Tanguy n'avait pas vraiment vocation à s'engager. Il le dit lui-même : il a préféré se réfugier dans les livres et c'est justement grâce à eux que tout va commencer.

À 12 ans, il devient bénévole dans la bibliothèque de son village en Bretagne. "Je faisais du rangement, l'accueil, je gérais le logiciel de prêt… Ils m'ont laissé une place alors que j'étais très timide", se souvient-il. Le collégien est alors en cinquième. Cette première expérience le pousse ensuite à devenir délégué de sa classe en troisième. "Ça n'a l'air de rien mais pour moi c'était incroyable", s'exclame-t-il.

Toujours au collège, plutôt mal à l'aise avec les cours d'EPS, son professeur l'encourage à essayer l'athlétisme. "J'avais un gros blocage, je faisais tout pour trouver des excuses et louper ces cours, parce que je n'étais pas bon, qu'il y avait de la compétition dans la classe et que je vivais très mal le regard des autres. Ce professeur a réussi à tout changer !"

Au lycée à Rennes, Tanguy s'entraîne "pour canaliser [ses] frustrations" et poursuit son engagement dans son club sportif en s'occupant des poussins (6–10 ans) pendant plusieurs années.

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Une réorientation révélatrice en études de soins infirmiers

Le bac en poche, l'étudiant entre en licence de biologie, sans trop savoir quoi faire, juste parce qu'il "aimai[t] bien la SVT". Tout se complique en deuxième année où le niveau monte d'un cran. "Je pensais travailler dans la botanique mais j'ai vu qu'il n'y avait pas de débouchés, or, pour mes parents, le travail est important. J'ai alors pensé aux études d'infirmier, ça me trottait dans la tête depuis un moment", raconte-t-il. Une formation concrète, utile aux autres, dans le milieu scientifique, parfait ! Le Breton obtient à la fois sa L2 de biologie et son concours pour entrer en IFSI (institut de formation en soins infirmiers).

En septembre 2016, dès la rentrée, Tanguy s'investit dans l'association de son école comme vice-trésorier. Un an plus tard, une grosse blessure l'empêche de continuer l'athlétisme. "Ça a été très dur psychologiquement. J'avais dix heures qui se libéraient d'un coup donc j'ai donné tout ce temps à l'asso", relate-t-il.

Son investissement est remarqué au niveau national, il prend le poste de secrétaire général adjoint à la FNESI (fédération nationale des étudiants en sciences infirmières). Il renouvelle son mandat en 2018 en tant que chargé des affaires internationales. Les opportunités s'enchaînent : il se rend à un sommet international pour la santé au Kazakhstan avec une délégation de jeunes, il part aussi au Liban, en Grèce…

En parallèle, l'étudiant termine sa formation en soins infirmiers. Il obtient finalement son diplôme en décembre 2019 et travaille pendant un an en EHPAD. "C'était ce qui m'avait le plus plu pendant mes stages donc j'étais très content. Mais le Covid est arrivé, la structure a été mise sous cloche, c'était une ambiance très anxiogène", détaille-t-il.

Il prend en parallèle un nouveau poste à la Fage (fédération des associations générales étudiantes) toujours en Bretagne. "En même temps, on recevait tous les jours des témoignages d'étudiants qui nous faisaient part de leur précarité. On a pu en aider 200 pendant le confinement…", lâche-t-il, déçu de ne pas avoir pu faire plus.

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Dépasser ses limites jusqu'au Parlement européen

Depuis 2020, Tanguy est donc toujours à la Fage où il se charge des affaires internationales. C'est aussi à ce titre qu'il est "embarqué" dans l'aventure de la conférence européenne de la jeunesse avec le CNAJEP (Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire).

Le 26 janvier 2022, il prend la parole, un mégaphone à la main, au Parlement européen à Strasbourg, en tant que représentant de la jeunesse. "C'était très impressionnant, vraiment ! Savoir que tellement de gens sont passés par là, c'est l'histoire !", décrit-il, encore abasourdi. "J'ai écrit mon discours la veille au soir, la nuit a été très courte. Je voulais porter ce mégaphone comme un symbole : le symbole de la jeunesse qui veut se faire entendre."

Pour Tanguy, ce discours est lui aussi symbolique, "une énorme fierté", assume-t-il timidement. "Je me rappelle comment j'étais en primaire, je pleurais tout le temps, j'avais peur de tout, prendre la parole était insurmontable. C'est une revanche sur les remises en question : je m'engage pour ça et ça a tout son sens ici", poursuit l'étudiant.

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L'associatif et l'école, deux chemins incompatibles ?

Aujourd'hui, le jeune homme est en année de césure, il entamera un master d'études européennes et internationales à la rentrée 2022 à l'UPEC. "Là, j'adore ce que je fais, si je pouvais, je n'arrêterais jamais mon engagement." Il l'affirme, s'engager l'a changé, "profondément et radicalement". Un gain de confiance en lui, une aisance, une maîtrise de l'anglais, la possibilité de s'affirmer lui et ses idées…

"J'ai bien vu que je dérangeais. Certains amis m'ont tourné le dos quand ils ont su que je m'engageais parce que je ne rentrais pas dans les lignes, précise-t-il. Mais parfois, j'aimerais crier encore plus fort !"

Se faire entendre justement : un souhait qu'il glisse à la jeunesse européenne mais peut-être directement à lui-même. "Je me suis construit à côté de l’école. On dit souvent que j'ai un 'profil atypique', ça me fait rire ! En fait, on ne sait juste pas quoi faire de nous parce qu'on sort des sentiers battus mais justement on en construit de nouveaux. Sauf qu'on est face à des gens qui ne comprennent pas."

Pas étonnant donc pour lui de voir que les jeunes se désintéressent de la politique et de toute forme d'engagement. "J'insiste, on ne doit pas avoir peur de s'engager parce qu'on est jeune. C'est aux politiques de faire leur travail et de nous donner cette reconnaissance."

Et pour Tanguy, le combat continue quoi qu'il arrive. "Il y a une flamme qui me dit que je dois continuer parce que je pourrais toujours apporter ma pierre à l'édifice… L'envie est là !"

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