1. Bénévolat : les étudiants de l'Efrei Paris partent en maraude dans la capitale
Reportage

Bénévolat : les étudiants de l'Efrei Paris partent en maraude dans la capitale

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Plusieurs fois par semaine, des étudiants de l'Efrei se relaient en soirée pour faire des maraudes dans les rues de Paris. // © Clément Rocher
Plusieurs fois par semaine, des étudiants de l'Efrei se relaient en soirée pour faire des maraudes dans les rues de Paris. // © Clément Rocher

Depuis deux mois, des étudiants de l’école d’ingénieurs Efrei Paris participent à des maraudes dans la capitale. Une expérience riche en rencontres et en échanges.

Munis de gilets blancs et d’un sac à dos, des étudiants de l’Efrei Paris parcourent les rues de la capitale dans le cadre de maraudes portées par l’association Efrei Aides Humanitaires (EAH). Depuis son lancement, le projet rencontre un véritable engouement auprès des étudiants de l’école d’ingénieurs.

Membre de l’association Efrei Aides Humanitaires, Nathan est étudiant en master "business intelligence". Ce jeune homme de 21 ans pilote l’organisation du projet des maraudes, du partage d’informations à la formation des étudiants. La maraude consiste essentiellement à prêter assistance aux sans domicile fixe qui peuvent souffrir de l'exclusion.

Vendredi dernier, il a accompagné ses camarades, Nelson, Sofiane et Thierry pour leur première maraude dans le quartier de Châtelet, situé en partie dans le 1er arrondissement de Paris. Une soirée jalonnée de rencontres marquantes pour l’ensemble des étudiants.

La maraude : faire le premier pas

Au cours de la maraude, les étudiants proposent du thé ou du café aux personnes qu'ils identifient comme étant dans le besoin. "C‘est un moyen facile pour démarrer la conversation. Notre but est d’avoir des échanges constructifs avec les bénéficiaires, d’identifier les besoins de la personne et éventuellement d’y répondre, explique Nathan. Nous avons aussi comme outil le guide de la solidarité à Paris, disponible en ligne, qui nous permet de trouver des adresses à donner aux bénéficiaires si nécessaire."

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La barrière de la langue peut parfois compliquer les échanges, mais ils deviennent très rapidement chaleureux et spontanés. Les étudiants ont découvert qu'il suffit en grande majorité d’une poignée de main et d’un sourire pour établir un contact avec les bénéficiaires.

"J’appréhendais certaines rencontres, mais à partir d’aujourd’hui les maraudes seront plus naturelles", confirme Sofiane en fin de soirée, satisfait de cette première expérience. Avec ces deux autres camarades, ils ont pu échanger directement avec une dizaine de personnes dites "en situation de rue", qu’ils soient d’origine polonaise, roumaine ou bien française.

Nelson reconnaît qu'il est vraiment difficile de se mettre à leur place, mais il était content d’avoir pris du temps pour discuter avec toutes ces personnes. Les étudiants ont tous manifesté leur intérêt pour renouveler l’expérience une nouvelle fois. Pour l'instant, près d’une cinquantaine de jeunes ont exprimé l'envie de participer au projet.

"Une maraude, ce n'est pas seulement donner une couverture…"

Émilien est en dernière année de master "avionique et espace", il a fortement contribué à la construction du projet en apportant sa propre expérience de terrain et en répondant aux interrogations de l’association. "Je fais des maraudes depuis trois ans avec la Croix-Rouge française à Paris. Nous avons discuté et je me suis proposé de travailler avec l’association, ils ont été très réceptifs."

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"Une maraude, ce n’est pas seulement donner une couverture ou donner à manger à quelqu’un, c’est vraiment discuter avec les gens en situation de rue qui en ont besoin. L’isolement peut entraîner beaucoup de choses, poursuit Émilien. Nous faisons quelque chose qui est assez exceptionnel car peu de gens s’arrêtent pour discuter avec ces personnes aujourd’hui en France. À un moment donné, il faut franchir le pas."

L'occasion de réviser ses préjugés

Les membres du projet veillent également à déconstruire les préjugés que peuvent avoir leurs camarades. "Nous avons pu montrer aux étudiants comment les maraudes se déroulaient avec l’EAH, quels étaient les publics qu’ils étaient le plus susceptible de rencontrer et comment répondre à leurs besoins", continue Émilien.

"Nous faisons quelque chose en dehors d’un cadre habituel. On se rend compte qu’on peut avoir des discussions passionnantes avec les personnes rencontrées. Ils ont des choses assez incroyables à nous apprendre. Sur le plan humain, c’est vraiment très constructif."

"Quand on fait plusieurs maraudes, cela apporte une meilleure perception de la rue et nous pouvons ensuite désamorcer certains clichés", ajoute Nathan. Au cours de la maraude, les étudiants se sont rapidement rendu compte de la variété des personnes en situation de rue. Il peut s'agir de gens de tous âges, de toutes origines géographiques ou sociales… "Il faut savoir qu’il n’y a pas un type de public en particulier dans la rue. Nous apprenons à dialoguer avec tout le monde et c’est vraiment enrichissant pour tous les étudiants maraudeurs."

Sofiane, Nathan, Thierry et Nelson se sont engagés avec l'association Efrei Aides Humanitaires.    // © Clément Rocher
Sofiane, Nathan, Thierry et Nelson se sont engagés avec l'association Efrei Aides Humanitaires. // © Clément Rocher

Faire face à toutes les situations

Certaines rencontres peuvent être parfois plus déstabilisantes que d’autres, surtout lors des premières maraudes. "Quelques-uns peuvent être touchés par les personnes qu’ils rencontrent, il faut bien prendre en considération leur état émotionnel pendant et après la maraude, ce point est vraiment important", explique Nathan.

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"Il y a beaucoup d’échanges avec les bénéficiaires, mais aussi au sein du groupe, pour que tout le monde se sente bien lors de la maraude. Je mets en place des debriefs après avoir dialogué avec chaque personne rencontrée. Un temps entre nous, plus ou moins long en fonction de la complexité de l’échange."

Se retrouver face à un étudiant en situation de précarité dans la rue est une problématique déjà rencontrée par les jeunes de l’école d’ingénieurs au cours des maraudes. "Certains bénéficiaires ont eu des réactions différentes, quelques-uns étaient gênés de nous voir du fait que nous ayons le même âge, ils se projettent comme nous pouvons aussi nous projeter. Nous avons rencontré une jeune de 17 ans qui était très contente de nous voir et l’échange était naturel."

Quel avenir pour les maraudes réalisées par les étudiants ?

"La prochaine étape serait d’avoir plusieurs chefs à la tête des maraudes et avec de l’expérience pour encadrer le groupe afin de mettre en confiance les autres étudiants. Cela devrait arriver assez vite le mois prochain. Il y aura des formations pour les nouveaux arrivants", explique Nathan.

"Il faut aussi anticiper l’avenir et être capable de monter un projet qui soit très bien construit afin de le rendre complètement pérenne. J’espère que des étudiants seront là pour prendre la relève", complète Émilien.

Zoom sur Efrei Aides Humanitaires (EAH) avec Damien, président de l'association : "Nous agissons dans l’humanitaire pour réduire les inégalités. Notre action phare ce sont les convois humanitaires, nous partons chaque année dans deux pays, le Cameroun et le Sénégal. Le but c’est d’installer des ordinateurs dans les salles informatiques pour favoriser l’accès à l’éducation et former les jeunes sur les outils de bureautique. Maintenant, on essaye de se diversifier, on se lance davantage dans les actions sociales au travers des maraudes."