1. Nicolas Sarkozy, la fascination du pouvoir

Nicolas Sarkozy, la fascination du pouvoir

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Saviez-vous que Ségolène Royal a grandit sous le joug d’un père militaire qu’elle assignera en justice aux côtés de sa mère lorsque celui-ci refusera de divorcer et de leur verser une pension ? Imaginiez-vous que Nicolas Sarkozy était un élève médiocre et dissipé avant de devenir le brillant associé d'un cabinet d'avocats et d'entrer en politique ? A quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, retour sur quelques faits marquants de la jeunesse des deux finalistes.

L’ambition de Nicolas Sarkozy vient de loin. Jeune étudiant, il aimait déjà répéter son projet de devenir Président de la République. Militant de base, collant les affiches dans la rue, il a gravi un à un les échelons du pouvoir. S'il a choisit la politique, c'est pour aller plus haut.

Candidat depuis toujours. Il n’a pas 20 ans quand il choisit la politique. Et, depuis, il ne pense qu’à ça. Etre le premier. Ce que, petit, il n’a pas réussi à être aux yeux de son père, dont il se sentait peu aimé. Celui-ci montre en effet une nette préférence pour ses frères. « Il nous accordait une attention qui variait en fonction des réussites de l’un ou de l’autre. C’était une façon indirecte d’entretenir une forme d’émulation entre nous », confie son frère François à Catherine Nay, dans la biographie qu’elle vient d’écrire sur Nicolas Sarkozy*.

Elève médiocre. Or Nicolas est un élève médiocre et dissipé. Né le 28 janvier 1955, catholique baptisé, il est le second d’une famille de trois garçons. Nicolas à quatre ans quand sa mère, Andrée Mallah, que l’on appelle Dadou, quitte l’appartement conjugal emmenant avec elle ses enfants. Elle ne supporte plus les absences et les infidélités de son mari. Tout ce petit monde se réfugie chez le grand père maternel, un médecin juif séfarade de Salonique, rue Fortuny dans le 17ème arrondissement de Paris. A l’école, les Sarkozy sont les seuls enfants de divorcés. Les trois garçons sont inscrits au cours Saint-Louis de Monceau, un établissement catholique. Nicolas est chahuteur et sèche le catéchisme.Il quitte l’établissement pour un passage éclair au lycée Chaptal d’où il est renvoyé pour absentéisme et désordre. Il doit alors retourner au cours Monceau où il redouble sa sixième.

L’absence du père. Le père, Pal Sarkozy de Nagy Bosca, est un aristocrate hongrois exilé, dessinateur publicitaire talentueux, bel homme et séducteur. Un jeudi sur deux, Pal emmène ses fils déjeuner à la pizzeria de la place Wagram, près de son bureau. Il est toujours vêtu de manière élégante, porte de belles montres et roule dans des voitures de luxe. Ces rencontres sont un calvaire pour Nicolas qui se fait souvent réprimander en raison de ses mauvais résultats. Heureusement, il a son grand père qu’il adore et qui lui transmettra sa passion pour la philatélie… et ses idées gaullistes.

La revanche sociale. Dadou a repris ses études de droit et devient avocate. Pal, qui pourtant roule grand train, est chiche sur la pension alimentaire. Malgré l’aide du grand-père, c’est avec peu de moyens que la famille Sarkozy doit se débrouiller. Des trois garçons, Nicolas est sans doute celui qui souffre le plus socialement et affectivement du divorce de ses parents, même si tous y puiseront le même violent besoin de réussite. Il en tirera toutefois une leçon : « Qui veut arriver ne peut compter que sur soi », dit-il à Catherine Nay.

La révélation. C’est grâce à la politique que le jeune adolescent mal dans sa vie s’épanouit. Cette passion va donner un sens à sa vie, il y mettra toute son énergie. Lui, fainéant jusqu’alors, peu concerné par les études, va révéler une capacité de travail de bûcheron. Le déclic se produit au moment de la campagne présidentielle de 1974, lorsqu’il assiste au meeting de Jacques Chaban Delmas à la patinoire de Boulogne (92). Pour lui, c’est une vraie émotion. Porté par l’ivresse collective, fasciné par le spectacle de la foule - des gens de toutes origines et vibrant du même enthousiasme -, il sait alors où il veut aller. Il adhère à l’UDR, un mouvement pourtant en déclin, délaissé par les jeunes. « J’aimais le coté populaire, tellement français des gaullistes », avoue-t-il. Sa première intervention à la tribune en 1975, fait le reste. Ovationné par la salle ébahie par tant de jeunesse, de fougue et de culot, il est vite repéré par ses paires.

Un animal politique. En quête de reconnaissance sociale, la politique lui permet de se distinguer. Orateur énergique, homme de terrain dynamique, culotté, ayant de l’aplomb, du franc-parler, un égo surdimensionné et une détermination à toute épreuve, le jeune Nicolas Sarkozy possède toutes les caractéristiques requises pour le métier. Son premier professeur en politique et en audace s’appelle Jacques Chirac. Il admire la façon dont il arrache la mairie de Paris en 1977. En 1980, il est président du comité de soutien des jeunes à sa candidature. Ses autres mentors seront Achille Peretti, maire de Neuilly, Charles Pasqua et Edouard Balladur.

L’installation à Neuilly. Son grand-père meurt en 1973. C’est un énorme chagrin pour Nicolas. Le propriétaire de la rue Fortuny veut vendre et il faut déménager. La famille s’installe à Neuilly. Nicolas vient de réussir son bac B (économie) et s’inscrit en droit à Nanterre, comme maman. Pal ne paie plus la pension, il s’est arrangé pour être insolvable. Pour payer ses études et aider sa mère, le jeune homme multiplie les petits boulots. « La peur du lendemain, sauf quand elle paralyse, pousse à travailler plus que les autres. (…) Pour s’en tirer, il faut balayer les obstacles, s’acharner », explique Nicolas à sa biographe.

Des goûts populaires. Ses frères écoutent les Beatles et les Rolling Stones, admirent Kennedy, aiment le rugby, le tennis et les rallyes. Lui ne partage aucun de leurs goûts. Cheveux longs, cultivait un style soixante-huitard, il préfère le vélo, le foot, de Gaulle, Johnny Haliday, France Gall, Serge Lama... Ses amis ne sont autres que le serveur de la pizzeria Cosa Nostra ou Ali le patron de la supérette à Neuilly. Selon lui, « Si l’on n’aime pas les gens, on ne les comprend pas ». La tchatche et l’audace, il ne les a pas qu’en politique. Cela lui vaut aussi un certain succès auprès des filles. Tout comme sa ténacité ! Tomber instantanément amoureux de Cécilia le jour du mariage de celle-ci avec Jacques Martin alors que, maire de Neuilly, il recueille les consentements des époux, il n’aura de cesse de la séduire. Il l’épousera en 1986, après un divorce difficile avec Marie-Dominique dont il a deux fils.

Un étudiant militant. Il sait que, là où il veut aller, les diplômes l’aideront à monter plus vite. Motivé, il termine sa licence de droit, enchaîne avec une maîtrise de science politique, puis entre en deuxième année à Sciences Po. Bien qu’il décroche les meilleures notes, il n’obtient pas son diplôme n’ayant pas la moyenne en anglais. C’est éliminatoire. Après avoir longtemps hésité à devenir journaliste, très dépité, il passe le CAPA (certificat d’aptitude à la profession d’avocat). En septembre 1981, il prête serment et démarre sa carrière d’avocat dans le cabinet de maître Danet, un ami de sa mère. Talentueux et bosseur, il est promu associé alors qu’il n’a que 27 ans !

La victoire de Neuilly. En 1983, le brillant avocat, conseiller municipal depuis plus cinq ans déjà, emporte la mairie de Neuilly en bravant tout l’establishment du mouvement. A 28 ans, il devient le plus jeune maire d’une ville de plus de 50 000 habitants. Dix ans plus tard, alors député de Neuilly, Balladur lui offre le ministère du budget. En 2002, Jacques Chirac le nomme ministre de l’intérieur. Numéro deux du gouvernement, il impose un style musclé, avant d’accepter le portefeuille de l’Economie, des finances et de l’industrie en 2004. Elu à la tête de l’UMP (Union pour un mouvement populaire) avec plus de 85 % des voix, il déclare ouvertement son intention de présenter sa candidature à l’élection présidentielle de 2007 et doit démissionner du gouvernement. En 2005, sans pour autant quitter son poste de chef du parti, le postulant à l’Elysée retrouve le ministère de l’Intérieur en attendant l’heure de vérité.

* Un pouvoir nommé désir, éditions Grasset
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