Précarité étudiante : "On n’a jamais connu une telle situation"

Par Oriane Raffin, publié le 14 Octobre 2020
5 min

Organisations étudiantes et associations caritatives tirent la sonnette d’alarme : les étudiants sont de plus en plus nombreux à connaître des difficultés financières significatives.

"Au niveau du réseau de la FAGE (fédération des associations générales étudiantes), on n’a jamais connu une telle situation, alerte Paul Mayaux, président de l’organisation étudiante. On note trois points très critiques : la santé, le logement et l’alimentation". Ainsi, sur ce dernier point, le réseau des Agoraé (épiceries solidaires), 24 dans toute la France, a connu en quelques mois des chiffres équivalents à ceux recensés depuis la création du dispositif, il y a dix ans. "Rien que sur la période mars-août, près de 30.000 paniers ont été distribués", précise Paul Mayaux. Avec plus de 12.000 bénéficiaires désormais enregistrés.

Alors qu’avant même la crise du Covid-19, on estimait que 20% des 2,7 millions d’étudiants de France vivaient en dessous du seuil de pauvreté, la situation a explosé ces derniers mois. La FAGE s’appuie sur une enquête commanditée auprès d’Ipsos, à l’issue du confinement et selon laquelle 74% des jeunes interrogés ont estimé avoir rencontré des difficultés financières. Un tiers d’entre eux auraient même dû renoncer à des soins pour cette raison.

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Peu de jobs étudiants disponibles

La rentrée universitaire 2020 se révèle tout aussi critique pour certains étudiants, qui capitalisent en général sur leurs jobs d’été. Or, cet été, les emplois dans le tourisme ou le commerce ont été peu nombreux, et beaucoup débutent l’année avec peu de ressources. À cela s’ajoutent deux phénomènes : le premier, "une perte de ressources", avec moins de jobs étudiants à l’année. "La semaine dernière, un étudiant m’a dit qu’habituellement, il donne des cours particuliers à cinq enfants, ce qui lui permet de gagner 1.000 euros par mois. Cette année, il n’en a qu’un seul. Une fois le loyer payé, il démarre le mois à –100 euros…", déplore Philippe Portmann, secrétaire général de la fédération 93 du Secours populaire.

Autre problème : les parents ou les foyers fiscaux accompagnant habituellement ces jeunes ont subi une perte de ressources, ne leur permettant plus de les aider financièrement. Le Secours populaire a des antennes sur deux campus de Seine-Saint-Denis : Paris 8-St-Denis et Paris 13-Bobigny. L’association a constaté l’explosion des demandes, notamment lors des distributions alimentaires. Les étudiants étrangers sont parmi les plus touchés. Mais pas seulement.

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Des dispositifs en place

Depuis la rentrée, les étudiants boursiers peuvent bénéficier d’un repas à 1 euro dans les restaurants universitaires du CROUS. Des mutuelles mènent des actions en distribuant, par exemple, des masques gratuits. Mais les associations réclament davantage. Du côté de la FAGE, on demande une refonte du système des bourses pour permettre une linéarisation et une revalorisation. Notamment pour mieux englober les classes moyennes. En attendant, Paul Mayaux conseille aux étudiants en grande précarité de ne pas hésiter à solliciter les ASAP (aides spécifiques allocations ponctuelles) auprès des CROUS ou à faire appel aux Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes (FSDIE) des universités. "Certaines procédures ont été simplifiées pour permettre un déblocage rapide des aides", précise le président de l’organisation.

Philippe Portmann promet lui que le Secours populaire "ne lâchera pas". Grâce à des dons privés ou de fondations, il a pu fournir près de 200 ordinateurs à des étudiants sans ressources, qui ne pouvaient plus aller travailler dans les bibliothèques, fermées.

Le Secours populaire travaille en réseau avec les associations étudiantes, les enseignants et certains présidents d’université. "La situation, inédite, va s’inscrire dans la durée. Ce qui est assez compliqué à gérer, s’inquiète Philippe Portmann. On sollicite les collectivités territoriales, l’État, les fondations". Certaines répondent déjà présentes depuis le confinement. Tout comme les particuliers, très solidaires. Mais Philippe Portmann reste préoccupé : "Tout n’est pas visible. Certains n’osent pas montrer qu’ils crèvent la dalle, pour ne pas être stigmatisés".

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