Présidentielle 2022. Philippe Poutou : "La meilleure orientation pour les jeunes, c’est celle de la lutte pour un autre monde"

Par Propos recueillis par Dahvia Ouadia, publié le 29 Mars 2022
9 min

Alors que l’élection présidentielle approche à grand pas, l'Etudiant a interrogé les candidats sur leur projet en faveur de la jeunesse et en matière d'éducation s'ils sont élus le 24 avril 2022. Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti anticapitaliste, nous livre ses mesures sur l'orientation, la précarité, l'accès à l'emploi, l'égalité des chances…

Philippe Poutou s’apprête pour la troisième fois à participer à une élection présidentielle sous la bannière du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Crédité d’1% d’intention de vote dans les sondages, le candidat présente à l’Etudiant ses propositions pour les jeunes de 18 à 25 ans.

Les propositions pour la jeunesse du candidat Philippe Poutou

Pour lutter contre une précarité croissante – et aggravée par la pandémie – des jeunes, le candidat du NPA propose l’instauration d’"un présalaire d’autonomie". Il concernerait tous les jeunes de 18 à 25 ans et s’élèverait à 75% du smic revalorisé. Il défend également l’augmentation des salaires de 400 euros.

Dénonçant un système d’orientation effectuant un "tri social", le candidat s’engage à abroger les réformes et promet d’augmenter les moyens dans l’éducation nationale.

Philippe Poutou entend aussi lutter contre le chômage des jeunes en améliorant la répartition du travail et en imposant la prise en charge de la formation professionnelle par les employeurs.

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Quelles mesures précises comptez-vous mettre en place pour lutter contre la précarité étudiante ?

La précarité d’un grand nombre d’étudiants est une des manifestations du dilemme dans lequel cette société place les jeunes d’origine populaire. La poursuite des études semble être la meilleure solution individuelle pour avoir un bon niveau de vie. Mais, sans moyens financiers, pas d’études possibles. Pour un étudiant qui continue après le bac, mais sans recevoir assez de ses parents pour vivre, combien ont dû arrêter leurs études, faute de moyens ?

D’où les "bricolages" pour vivre au jour le jour (petits boulots, choix cornéliens entre l’alimentation, le chauffage, les loisirs…) dont la pandémie a révélé toute la violence : quand les bars et restaurants où travaillent les étudiants sont fermés, quand il n’y a plus de cours particuliers ou de baby-sitting, ce sont les files devant les banques alimentaires qui s’allongent.

Les solutions du type "revenu étudiant" sont limitées, elles s’en prennent à un symptôme et non à la cause. D’ailleurs, aucun "revenu" proposé par les candidats, même de la gauche traditionnelle, ne dépasse le seuil de pauvreté. En réalité, tant que subsiste cette société qui fait dépendre la réussite au plus haut diplôme obtenu, il y aura des étudiants précaires, voire dans une précarité extrême.

Dans l’immédiat, imposer l’augmentation des salaires de 400 euros – pour que tous les salaires soient au-dessus de 1.800 euros – permettrait de desserrer l’étau budgétaire qui étouffe bien des familles, mais à terme, c’est toute cette société inégalitaire qu’il faut renverser !

Nous défendons, pour les étudiants, un présalaire d’autonomie pour toutes et tous, de 18 ans à 25 ans, à hauteur de 75% du SMIC revalorisé.

Entre différentes réformes et la crise sanitaire, les étudiants se retrouvent souvent dans l'impasse face à des choix d'orientation. Si vous êtes élu président, quelles actions prévoyez-vous pour les aider à y voir plus clair ?

L’objectif de fond des réformes menées est de perfectionner la machine du tri social. Pour les enfants de la bourgeoisie, les filières sélectives, les classes prépas, les grandes écoles. Pour les enfants des travailleurs, les filières courtes, chemin le plus rapide vers l’exploitation.

"L’orientation" de chacun au niveau individuel permet de réaliser au niveau de la société ce tri social. Cette injustice est celle de la société capitaliste elle-même, qui reproduit en permanence deux classes sociales : une exploiteuse et une exploitée. Alors la meilleure orientation que nous avons à conseiller à tous les jeunes que cela révolte, c’est celle de la lutte pour un autre monde !

Ces réformes ont pour objectif secondaire de gérer la pénurie de moyens dans le système scolaire, en durcissant les conditions d’accès à l’enseignement supérieur. Il faut les abroger, et augmenter immédiatement les moyens (embauches, locaux) dans l’éducation.

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Près d’un jeune actif sur cinq âgé de 20 à 24 ans est sans emploi. Comment comptez-vous agir pour lutter contre le chômage des jeunes ?

Le chômage des jeunes d’origine populaire a les mêmes racines que la précarité qui touche certains étudiants. Forcés d’arrêter leurs études plus tôt, ils sont moins bien payés et plus exposés au chômage ou aux contrats précaires. Même s’il existe aussi des "diplômés chômeurs".

Les jeunes des classes populaires ont fait les frais de la crise du Covid : les emplois temporaires (CDD, intérim) et informels ont été systématiquement supprimés dans les premiers jours du confinement de mars 2020, frappant ceux et celles qui les occupaient et ceux et celles qui, ayant fini leurs études, s’y destinaient.

Sur les lieux d’étude ou de travail, les jeunes peuvent trouver de la solidarité et engager des luttes. Ils ont démontré en faisant reculer le gouvernement sur le CPE (contrat première embauche), la force des mobilisations de la jeunesse.

Avec les autres salariés et les organisations syndicales, il faut mener les batailles contre les stages et l’alternance sous-payés qui remplacent des vrais emplois. La formation professionnelle doit être prise en charge par les employeurs, dans le cadre d’emplois en CDI rémunérés normalement.

Il faut imposer la répartition du travail entre tous qui permettrait de supprimer le chômage et d'embaucher en CDI tous les contrats précaires, mettre en place d’autres mesures qui concernent tous les travailleurs, à commencer par l’augmentation des salaires de 400 euros ! Une perspective à développer.

Quelles mesures pour favoriser la mixité sociale notamment dans l’enseignement supérieur ? Et spécifiquement dans les filières les plus sélectives ?

Le tri social par l'école, renforcée par les réformes de Macron, est dans la logique même d'une société capitaliste divisée en classes, renforçant par ailleurs les oppressions et discriminations sous toutes leurs formes.

L'école dissimule ces inégalités sociales en les faisant passer pour des inégalités d'intelligence, sanctionnées par des diplômes différents. De pâles expériences de "mixité sociale" ont été menées à Sciences po ou ailleurs.

Rien de bien concluant et pour cause : les quelques miettes de "mixité sociale" distribuées dans le supérieur ou dans quelques filières sélectives, montrées en exemple, visent surtout à faire accepter son sort au plus grand nombre, en agitant sous son nez l'idée que l'on peut s'en sortir, à force de travail et de volonté. Mais ce n’est pas si simple. Si cette école est injuste, et le demeure, c'est parce que la société toute entière, fondée sur la loi du profit accaparé par une minorité, l'est !

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