1. Prostitution étudiante, oser en parler

Prostitution étudiante, oser en parler

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Le 18 janvier, Canal + diffuse un téléfilm inspiré du livre « Mes chères études »* de Laura D., sur la prostitution étudiante. L’auteur, revient sur l’engrenage qu’elle a vécu et sur ce phénomène inquiétant de la prostitution étudiante « occasionnelle » auquel certaines universités essaient déjà de sensibiliser.

« Prostitution étudiante : osons en parler », tel était le thème du forum/débat organisé par l’université de Poitiers le 20 octobre 2009, à l’initiative de la médecine préventive de l’établissement, du CROUS, de l'ABRI (collectif poitevin d'associations intervenant auprès de personnes se prostituant) et d’étudiants qui ont constitué en mai 2008, un groupe de travail intitulé "SOS Prostitution Etudiante".

prostitution étudianteDes étudiants impliqués
« Le public de cette soirée était assez nombreux (120 personnes environ) de tous âges et d'origines différentes. Les étudiants étaient particulièrement interpellés, voire choqués par ce thème. Beaucoup se sont également impliqués dans le groupe de travail et ont été très fidèles dans la durée malgré le changement d'année universitaire, ce qui est habituellement peu fréquent dans nos actions de prévention. Ils ont participé activement à l'élaboration de la plaquette informatique », explique Marie Pluzanski, médecin dans le service de médecine préventive universitaire et coordinatrice du projet. Et de préciser : « L'université de Montpellier a été associée au travail fait par l'Amicale du Nid (Association d’aide à l’insertion des personnes en danger ou en situation de prostitution) sur ce thème, il y a 2 ans. Nous avons travaillé ensemble pendant tout le projet : leur chargé de mission prévention intervient lors du forum du 25 janvier 2010 ». Des initiatives similaires commencent à se développer dans les universités, à Bordeaux, Tours....

Une prostitution occasionnelle, favorisé par le Web
Aujourd’hui, ce phénomène est difficile à estimer : aucun chiffre n’existe sur la prostitution étudiante, qu'elle soit "subie" ou choisie. L' OVE (Observatoire de la vie étudiante) lui-même n’a jamais publié d’étude à ce sujet. Une chose est sûre : il existe un vrai phénomène de prostitution occasionnelle, favorisé par le Web. Et parmi ces occasionnelles, une part certaine d'étudiantes.

Une étudiante a écrit un essai sur ce sujet
Fin 2007, Eva Clouet, étudiante en master 2, mettait en lumière ce phénomène dans son essai intitulé « La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies de communication », aux éditions Max Milo. La jeune femme se basait ainsi sur des témoignages et des rencontres avec des étudiant(e)s  qui se prostituaient. Ce livre a d’ailleurs été publié en même temps et chez le même éditeur que le témoignage poignant d’une étudiante sur son expérience de prostitution occasionnelle intitulé « Mes chères études » de Laura D. (lire notre interview).

Une solution vue comme "temporaire"
Dans son essai, Eva Clouet constatait que les motivations de ces étudiantes étaient souvent les mêmes : le besoin d’argent pour payer leurs études, leurs loyers ou arrondir leurs fins de mois sachant que l’heure de rencontre peut être tarifée à 200 euros. « Le souci financier est aussi lié au manque de temps. Ces étudiantes ont toutes travaillé (serveuse le soir...) mais ces jobs les ont mis en échec ». La solution de la prostitution est souvent vue de manière temporaire, la durée des études : en moyenne, les rencontres sont de deux par semaine à une tous les deux mois.

« Hommes mûrs cherchent masseuse occasionnelle »
C'est souvent derrière leur écran que les étudiantes trouvent leurs rendez-vous. Les sites d'annonces fourmillent en effet d'hommes qui cherchent tour à tour une « masseuse occasionnelle » ou une jeune fille pour « faire le ménage en tenue sexy ». Quant aux garçons, cette prostitution se rapprocherait de celle de la rue avec plusieurs passes par semaine.

Un phénomène donc plus qu’inquiétant qui met en lumière la précarité de nombreux étudiants : rappelons qu’ils sont 100 000 à vivre en dessous du seuil de pauvreté, 20 % des étudiants cumulent emploi et études et 1,5 % des étudiants sont en situation de pauvreté grave et durable...

Séverine Tavennec
15.01.2010


*Mes chères études, téléfilm d’Emmanuelle Bercot, avec Déborah François, Mathieu Demy, Alain Cauchi. Lundi 18 janvier à 20h50 sur Canal+.
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Laura D., ancienne étudiante prostituée : « La banalité de mon histoire fait peur »