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Laura D., ancienne étudiante prostituée : « La banalité de mon histoire fait peur »

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Le 18 janvier, Canal + diffuse un téléfilm inspiré du livre « Mes chères études »* de Laura D., sur la prostitution étudiante. L’auteur, revient sur l’engrenage qu’elle a vécu et sur ce phénomène inquiétant de la prostitution étudiante « occasionnelle » auquel certaines universités essaient déjà de sensibiliser.

La publication du témoignage de Laura D., "Mes chères études", début 2008 aux éditions Max Milo avait relancé la polémique sur la prostitution étudiante. A 21 ans, Laura a exorcisé ses souvenirs douloureux et dénonce les tentatives de marginalisation de cette réalité.

Le film d’Emmanuelle Bercot est-il fidèle à votre histoire ?
« Le réalisme du film m’a bouleversée. Alain Cauchy, qui interprète Joe, un des mes anciens clients réguliers, est horriblement juste dans les moindres détails et attitudes. La difficulté était de ne pas tomber dans le cliché de la vulgarité de la prostitution, alors que je suis très naturelle et pleine de vie. Lorsque j’ai vu le film, la violence psychologique était à la limite du supportable. Même si je suis ravie du résultat, c’est une plongée douloureuse dans mon passé, sorte de concentré en 1h40 de plusieurs mois de ma vie que j’ai dépassé depuis longtemps. Cependant, tout l’aspect de mes relations sociales avec ma famille et mes amis a été coupé au montage, faute de temps. J’apparais très isolée, ce qui n’était pas mon cas, j’avais une vie « normale » d’étudiante. C’était aussi le parti-pris d’Emmanuelle Bercot de mettre en images la violence et la rencontre de deux misères. »

Que retirez-vous de la publication de votre livre ?
« Ce livre m’a permis de tourner la page ! Une fois arrivée à Paris, je n’ai pas décroché tout de suite. J’ai eu encore deux RDV tarifés. Je n’avais plus le courage de me priver et de ne pas pouvoir manger à ma faim. C’était terrible, parce que j’avais changé de ville pour sortir de ce cercle vicieux, mais je ne parvenais plus à me passer de ce confort vital. Je suis partie au milieu du deuxième RDV. Il était impensable de me résigner et de m’installer durablement dans ce type de pratiques. J’ai voulu comprendre le mécanisme de cette dépendance. Il est évidemment très difficile d’en parler ou de demander de l’aide mais j’imaginais bien que je n’étais pas un cas unique. J’ai d’abord eu un échange avec une journaliste qui préparait un article sur le sujet, via un forum de discussions sur Internet. Les éditions Max Milo nous ont proposé de publier un livre sur ce sujet. L’écriture m’a permis de faire un travail psychologique et de ne plus jamais retomber dans l’engrenage de la prostitution. Evidemment, ce passage de ma vie reste ancré dans ma mémoire et je dois me construire avec ces souvenirs. Mais j’avance».

Quel regard portez-vous sur le traitement médiatique de la prostitution étudiante ?
« Il ne faut pas céder à la tentation de marginalisation du problème. La banalité de ma situation fait peur. Je ne suis ni une droguée, ni une idiote, ni une nymphomane et je n’ai pas de problème avec mon père, comme je l’ai souvent entendu. J’étais une étudiante ordinaire, sortie du cocon familial à 19 ans. Je crois que mon histoire a profondément heurté et choqué les gens et qu’il est plus rassurant de dire que ces situations sont impossibles. Dans mon entourage qui ne connaît pas cette partie de mon passé, j’ai entendu le commentaire suivant : « La nana elle l’a bien cherché. Elle aimait juste le cul. » La question n’est pas là, c’est comme dire « si les SDF se retroussaient un peu les manches, ils ne seraient pas dans la rue ». Après avoir essuyé les refus d’aides du CROUS et des APL, les étudiants sont trop affaiblis pour se battre et tenter des recours. Je sais aujourd’hui qu’il existait d’autres solutions, mais personne n’a su m’orienter. »

Que faites-vous aujourd’hui ?
« Je vais très bien ! J’ai 21 ans, je poursuis mes études sur Paris, je vis en colocation et je travaille ponctuellement en extras. Mes droits d’auteur m’ont donné un peu de répit pendant un an, mais je dois retrouver un job pour cette année. Je fonce ».

Propos recueillis par Julia Zimmerlich
15.01.2010

*Mes chères études, téléfilm d’Emmanuelle Bercot, avec Déborah François, Mathieu Demy, Alain Cauchi. Lundi 18 janvier à 20h50 sur Canal+.
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