Les jeunes contre la réforme des retraites : comment des élèves s’organisent pour bloquer leur lycée

publié le 21 May 2007
6 min

Au lendemain de la manifestation contre la réforme des retraites du 12 octobre 2010, 135 lycées étaient encore perturbés, dont 29 bloqués, selon le ministère de l’Education nationale. Petit tour du côté d’Avranches, en Basse-Normandie, où l’entrée du lycée Emile Littré est cadenassée depuis lundi. Deux versions : celle du proviseur et celle des lycéens. Crédit photos : Jim

Lundi 11 octobre 2010, 5h du matin. Des parents déposent leurs ados devant le lycée. Ils ont apporté avec eux des chaînes et des palettes. «Alerté par un veilleur de nuit, je suis arrivé une heure plus tard pour assister au blocage de l’entrée », déclare Christian Le Goff, proviseur du l’établissement. Vers 6h, les lycéens sont une petite centaine à s’agiter devant les portes. « Pour ne pas provoquer d’affrontement, nous n’avons pas tenté de déblocage », poursuit le chef d'établissement.

Tout s’est décidé en une journée

« C’est parti des 2ndes et des 1ères qui mettaient sur Facebook des pseudos du type ‘on bloque le lycée’ », raconte Clément*, élève en terminale STG et bloqueur. « Il manquait un leader et c’est Thomas*, un de mes copains, qui a décidé de prendre la parole devant les autres », continue-t-il. Tout va très vite. Le « leader » organise une AG (assemblée générale) dans la cour du lycée, en présence du proviseur, pour annoncer un vote qui a lieu plus tard dans la journée. Avec 450 « pour » et 110 « contre», le rendez-vous blocus est pris. En prévision, le proviseur décide de fermer l’internat.

De son côté, Claire*, en terminale économique et sociale et contre la fermeture du lycée, refuse de sécher les cours ou de sauter sa pause déjeuner pour aller voter. Mais entre le vendredi et le dimanche soir, elle reçoit plusieurs SMS « d’amis d’amis » l’incitant à participer au blocage. « Dans ces chaînes, on ne sait jamais vraiment qui est à l’origine du 1ere message », raconte la lycéenne. Le SMS du dimanche, 22h est très clair : « Pour les demi-pensionnaires ou les externes, demain matin entre 5h et 6h pour le blocus, bloquez toutes les entrées des lycées, les internes vous rejoindront à 7h, l’heure à laquelle ils peuvent sortir de l’internat ».

Des bloqueurs motivés et engagés

Pour le proviseur âgé de 63 ans, cette situation est « surréaliste ». Selon lui, quelques uns ont un discours qui se tient sur la retraite « mais aucun n’avance de proposition sérieuse concernant le financement ».

« Il y a des lycéens qui veulent bien faire le blocus mais après qui restent chez eux. Moi, je manifeste, » rétorque Clément. Le bloqueur est motivé. Et il a un argument de taille : « Compte tenu du fort taux de chômage et si on allonge le temps de travail, ça risque d’être encore plus difficile pour nous de trouver un emploi ». Les parents de Clément sont très engagés. Son père a fait de la politique à Avranches (50) et lui a transmis le virus. Aujourd’hui, il le soutient à 100% dans sa démarche.

Quelle sanction pour les bloqueurs ?

A ce stade, le proviseur ne sait pas encore quel type de mesure il va prendre. « Il est formellement interdit de bloquer l’entrée d’un lycée, et je reçois les appels de parents mécontents. » D’un autre côté, il voit certains parents suivre leurs enfants dans l’aventure. « Nous sommes dans une situation compliquée », soupire-t-il. Clément est convaincu qu’il n’y aura pas de sanction car il n’y a pas eu de casse. « Mais on sera vu comme des bloqueurs par les profs jusqu’à la fin de l’année… » C’est la rançon du blocage.

Une date de fin encore indécise

Pour Claire, il est grand temps que les cours reprennent. « J’ai le bac à la fin de l’année et on prend du retard », s’exclame-t-elle. Certains professeurs envoient les cours par Internet mais il est difficile de se concentrer dans ces conditions. Le blocus est prévu jusqu’à vendredi. Un vote sera organisé alors pour décider de la poursuite ou non du blocus. « Je pense que je vais voter contre », lâche Clément, inquiet pour la préparation du baccalauréat, surtout pour ses copains en terminale scientifique. En outre, il estime que le proviseur a été « cool » cette semaine mais qu’il risque de débloquer l’entrée pendant le week-end. Quant à Claire, elle est persuadée que lycée restera encore fermé jusqu’aux vacances.

Marie-Anne Nourry
13 octobre 2010


Blocus, mode d’emploi

« Le point de départ, c’est le bouche à oreille, explique Thomas, bloqueur assidu. On se sert des assemblées générales pour faire passer le message et expliquer calmement les raisons de ce blocage ». Une fois le message passé, les lycéens sont invités à voter « à bulletin secret » pour préserver l’anonymat des élèves et réduire les tensions avec la direction. Et pour les éternels absents aux assemblées générales, les SMS et les réseaux sociaux prennent le relais. « On se sert beaucoup de Facebook et de Twitter pour informer les gens sur le blocus ». Puis vient le temps de bloquer « pour de vrai ». « On arrive au lycée à 5h du matin et le principe est simple : bloquer les entrées avec des bancs trouvés à l’extérieur », raconte le bloqueur. Et pas question de toucher au matériel du lycée. «On cherche vraiment à éviter toute confrontation avec l’administration ». Et Clément d’ajouter : « On est habitué aux blocus car il y en a déjà eu un il y a deux ans, pour la réforme du lycée ». D’après lui, ce 1er blocus avait duré 2 semaines et demie.

Daisy Le Corre

* Les prénoms des lycéens ont été modifiés afin de préserver leur anonymat.





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