1. Présidentielle américaine : la jeunesse s'est mobilisée !

Présidentielle américaine : la jeunesse s'est mobilisée !

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Pendant un mois et jusqu'au scrutin fatidique du 4 novembre, notre journaliste, Guillaume Cauchois, s’est immergé pour vous dans la société américaine. Basé à Boston, il est parti à la rencontre des jeunes et étudiants pour vous faire partager leur vision des deux candidats à la Maison Blanche, et a pris chaque jour le pouls de leur place dans la campagne.



Depuis mardi soir, l'Amérique assimile doucement l'élection de Barack Obama. Le temps s'est un peu arrêté. Malgré l'urgence économique et l'excitation de l'ouverture de la nouvelle saison du championnat de basket, la NBA (les Boston Celtics sont les champions en titre). Le pays est entré dans une phase de transition. Après des semaines d'engagement et de tension, les étudiants ont repris le chemin des cours, complètement déboussolés. La fin de la campagne électorale a créé un vide. Ils ne s'étaient jamais aussi investis. Selon le Circle (Center for information & research on civic learning and engagement), 52 % des moins de 30 ans (23 millions) sont allés voter le 4 novembre, soit 3,4 millions de plus qu'en 2004. Deux jeunes sur trois ont adhéré au changement prôné par le candidat démocrate. Leurs attentes s'avèrent colossales (démesurées ?). De vieilles connaissances (Sam Novey et Maggie Cassidy) et d'autres pensionnaires des universités de Boston ou de Cambridge livrent leur sentiment sur la prochaine présidence. Et son nouveau visage.

Un gigantesque pas en avant
Complètement absorbé par une discussion engagée avec une amie, Maurice Greer gesticule et oublie de fumer sa cigarette. Depuis l'élection du 44ème président des Etats-Unis, ce pianiste de 23 ans, inscrit au Berklee College of Music de Boston, est en transe. "Jamais je n'aurais imaginé voir un Afro-Américain s'emparer de la Maison-Blanche. C'est inouï. J'ai immédiatement pensé à mon père de 63 ans qui a connu la ségrégation dans les établissements scolaires de Géorgie. Je suis très fier du chemin accompli par mon pays. Barack Obama a accéléré l'Histoire. Il va provoquer un déclic et libérer la communauté noire. Mais il ne faut pas résumer ce plébiscite à la seule couleur de sa peau. Il a été désigné parce qu'il a des compétences et qu'il incarne le changement après huit ans horribles." Le regard brûlant, le jazzman conclut par un message unanimiste : "Nous sommes tous des Américains et nous devons reconstruire le pays ensemble."

Besoin d'un nouveau leadership
Sam Novey n'est pas bien réveillé ce samedi matin. Il est midi et l'étudiant en sociologie d'Harvard réalise à peine que son candidat, soutenu pendant des mois ("une éternité"), a gagné. Pour atterrir tranquillement, rien de mieux qu'un petit déjeuner gargantuesque à la cantine de sa résidence, l'Adams House. « Je suis tellement soulagé. Nous avions besoin d'un nouveau leadership. Après le 11 septembre 2001, toute une génération voulait s'impliquer et George W. Bush lui a dit d'aller faire du shopping ! Maintenant que Barack Obama a été élu, il va falloir l'aider à surmonter de nombreux défis. Il a vraiment hérité d'une situation dramatique : la crise financière, deux guerres, un système de santé déficient et les troubles climatiques. En tant que jeunes américains, nous devons prendre nos responsabilités et nous engager sur tous les fronts, militaire, politique et social. Je suis très confiant puisque notre nouveau président sait parfaitement fédérer les forces et va nous donner la bonne direction à suivre. »

De la transparence et de l'ouverture !
Assis dans un couloir, recouvert de graffitis et baptisé "The Business Suburban Rebels", de l'intrigante Senior House du MIT, Danny Bankman milite pour une profonde réforme des institutions. En première année de son Master d'ingénierie électrique, il espère que la future administration va faire preuve d'une plus grande transparence que la précédente. "Je veux savoir ce qui se passe. Ces dernières années, les citoyens ont été tenus à l'écart des grandes décisions politiques. Je crois aux bienfaits de la démocratie participative. Barack Obama répète souvent qu'il va écouter les Américains. J'aimerais que ce ne soient pas des paroles en l'air. Enfin, je désire consulter le maximum d'informations sur les différents sites Internet du gouvernement. Pour que rien ne m'échappe." Pour l'une de ses voisines, Kate Thomas, 21 ans, "c'est l'image de l'Amérique à l'étranger qui compte le plus. Beaucoup de pays nous ont tourné le dos à cause de Bush et de la guerre en Irak. Il faut renouer le dialogue avec les principaux chefs d'Etat et s'ouvrir au monde."

Un étudiant indifférent
Croisé dans un salon du même dortoir, Erik Fogg, qui achève son Master de science politique, n'a pas célébré l'élection de Barack Obama. Il avait une seule exigence. Elle ne sera pas exaucée. "Les deux principaux partis sont éloignés de mes revendications. J'ambitionne de payer le moins d'impôts possible. Je déteste ce principe. Au fonds de mon cœur, je suis à jamais libéral. J'ai d'ailleurs voté pour Bob Barr, le candidat du Parti libertarien."

"Sans presse libre, personne ne gagne"
Maggie Cassidy n'en revient toujours pas. Mardi soir, elle n'a pas reconnu sa ville. "Boston est devenue folle. Les gens se jetaient dans les fontaines et couraient dans tous les sens. Comme quand les équipes de football américain (les New England Patriots) ou de baseball (les Red Sox) remportent des finales." Journaliste avant tout, elle s'inquiète du manque de caractère des médias américains. "Sans presse libre, personne ne gagne. Je suis curieuse de savoir si les journaux vont sortir des affaires qui auraient pu être divulguées avant l'élection de Barack Obama ou vont-ils continuer leur croisière d'amour avec lui ? Et il n'y a plus de Dark Vador (John McCain) sur qui se focaliser… Pourvu qu'ils assument leur rôle fondamental de contre-pouvoir dans la démocratie !"

Le spectre d'un assassinat resurgit
Plusieurs étudiants ont spontanément abordé leur crainte d'un meurtre de Barack Obama (souvent à la fin des entretiens). "Il déchaîne les passions. Son destin ressemble tellement à ceux de Martin Luther King, à l'origine du mouvement pour les droits civiques, et à Robert F. Kennedy qui a inspiré les étudiants des années 1960 (plus que son frère John). Ils ont tous les deux été assassinés en 1968. Toutefois, c'est difficile d'atteindre le président et il y a autant de gens qui haïssent George W Bush !", analyse Sam Novey. La simple évocation de ce scénario catastrophe montre à quel point la jeunesse américaine est viscéralement attachée à son nouveau président. Selon elle, il détient la clé de la renaissance des Etats-Unis.



L'investitude en janvier 2009
Barack Obama sera investi le 20 janvier prochain (20ème amendement). Avant de prononcer un discours sur les lignes directrices de son projet, il devra solennellement jurer de "préserver, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis d'Amérique."


Guillaume Cauchois
12.11.2008
Sommaire du dossier
4 novembre 2008 : le sacre d’Obama vécu avec les étudiants américains Témoins d'une génération engagée "In Equality we trust" Dur dur d’être socialiste aux Etats-Unis Entre les murs d'une école primaire Campagne politique dans le New Hampshire Dans la famille McCain, je voudrais la fille L’engouement électoral à Cambridge Rencontre avec un militant démocrate, élève à Harvard Immersion dans les campus du Massachusetts Sélection de sites et blogs sur le match Mc Cain-Obama