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Témoignage

Ana, élève dans une école de la deuxième chance : "Chacun avance à son rythme"

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Ana, 22 ans, est élève à l’E2C, l’école de la deuxième chance à Clichy (92). // © Florence Levillain pour L'Étudiant
Ana, 22 ans, est élève à l’E2C, l’école de la deuxième chance à Clichy (92). // © Florence Levillain pour L'Étudiant

Comme 15.000 jeunes répartis sur les 110 sites de l’école de la deuxième chance, Ana y entreprend une formation en alternance lui garantissant une remise à niveau scolaire, en vue de préparer un CAP de pâtisserie. Son rêve !

"Je viens de Roumanie, de la ville de Iasi. Je suis allée au lycée et j’ai obtenu mon bac. J’étais assez bonne élève. Pourtant, les conditions d’études n’étaient pas idéales chez nous : j’ai deux petites sœurs à la maison et je ne pouvais pas continuer à étudier aussi par manque de moyens. Je me suis mariée en Roumanie et j’ai décidé de rejoindre mon mari en France, il y a deux ans. Je parlais peu le français et je ne pouvais pas reprendre des études tout de suite : je devais travailler. J’ai gardé des enfants roumains pendant un an. Mais baby-sitter n’est pas un métier. C’est pour ça que j’ai postulé à l’école de la deuxième chance, à Clichy [92]."

"D’abord, nous sommes à l’essai pendant cinq semaines"

"Pour entrer dans cette école, il faut avoir interrompu sa scolarité au moins pendant un an, et surtout il faut être vraiment très motivé. J’ai passé un entretien de quarante-cinq minutes avec plusieurs personnes dont le directeur. Ils m’ont demandé ce que je savais de l’école et ils m’ont posé des questions sur mon parcours et mes projets. Puis ils m’ont laissée dans une salle avec du papier et un crayon et je devais écrire quelles étaient mes motivations. Et, ce n’est pas terminé. Nous sommes à l’essai pendant cinq semaines : d’abord trois semaines en cours puis deux semaines en stage dans une entreprise. Pendant cette période, l’école évalue notre engagement.

Ana fait le point régulièrement avec Marie Dumas, sa formatrice référente.  // © Florence Levillain pour L'Étudiant
Ana fait le point régulièrement avec Marie Dumas, sa formatrice référente. // © Florence Levillain pour L'Étudiant

Et à la fin de l’essai, on nous dit si on nous garde ou pas. Ils vérifient que nous sommes ponctuels, sérieux, appliqués, à l’écoute en classe. Cela s’est bien passé pour moi. Pour mon premier stage, je suis allée dans une boulangerie-pâtisserie à Courbevoie. J’ai appris plein de choses, à faire des tartes, des mille-feuilles, des fraisiers, des éclairs… J’adore. Je ne vous ai pas tout dit ! Je veux être pâtissière ! Depuis toute petite, j’aime confectionner des gâteaux. C’est un métier qui demande d’être méticuleuse, attentive. J’aime faire les choses doucement, dans les détails. Mon rêve va enfin devenir réalité."

"Chacun avance à son rythme et en fonction de son niveau"

"L’école ne ressemble pas au lycée. Nous avons des cours de remise à niveau, en mathématiques, en français, en informatique. Mais ce n’est pas du tout comme dans une école classique. Chacun avance à son rythme et en fonction de son niveau. Il n’y a pas de contrôles, de tests, d’examens. Je trouve ça très bien qu’il n’y ait pas de notes par exemple parce qu’on travaille pour soi, pour réussir, pour progresser, être à un bon niveau en fonction de ses possibilités. Je m’applique à bien faire. Je sais que je suis là pour y arriver, pas pour obtenir telle ou telle note. Non, ce qui est important, ce sont les efforts fournis.

Tous les élèves passent au moins 40 % de leur temps en alternance, dans différentes entreprises.  // © Florence Levillain pour L'Étudiant
Tous les élèves passent au moins 40 % de leur temps en alternance, dans différentes entreprises. // © Florence Levillain pour L'Étudiant

Je peux essayer par moi-même, petit à petit, sans avoir le stress des examens. On rate souvent la première fois, et quand on recommence, en général on y arrive. Les professeurs sont bienveillants avec nous. Si nous ne comprenons pas, ils prennent le temps de répéter. Je ne me décourage jamais… même si parfois c’est difficile, surtout en français. Chaque stagiaire est suivi par un formateur référent. Je fais le point avec ma formatrice référente une fois par semaine. On discute de mes difficultés… Je me sens soutenue, encouragée. Elle se rend aussi dans les entreprises pour savoir comment se déroulent mes stages."

"On nous apprend à trouver une attitude positive"

"Ici, les programmes changent régulièrement, je ne m’ennuie pas. En plus des cours de matières générales, nous en avons un de culture générale. Les professeurs parlent de l’actualité, du monde contemporain, des problèmes de société. Nous lisons les journaux. Nous regardons les cartes du monde. Nous travaillons en ateliers et par petits groupes. Ce que je trouve vraiment bien, c’est que nous ne restons pas à l’école toute la semaine. Un jour, nous sommes allés visiter le musée de l’Homme. C’était très intéressant. Une autre fois, nous avons eu une initiation à l’équitation et au squash. Le but de cet enseignement est de nous mener vers d’autres études ou une insertion dans le monde du travail.

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C’est pour cela qu’on nous apprend aussi à trouver une bonne posture, une attitude positive. C’est le cours de technique de recherche d’emploi. Concrètement dans ces ateliers qui durent quatre ou cinq heures, on travaille sur la tenue, la manière de parler, la façon de se comporter en entretien : vouvoyer, se tenir droite, regarder dans les yeux, ne pas trop bouger les mains et rester concentrée. Cela peut sembler facile, mais ce n’est pas évident quand on ne l’a jamais fait ! Et puis, il faut apprendre à se mettre en valeur et à parler de ses atouts et de ses compétences. Pareil pour le téléphone. Je paniquais avant de passer des coups de fil pour demander un stage. Je me suis beaucoup entraînée : nous faisions semblant avec des exercices et des mises en situation. C’est sûr, je suis toujours assez timide, mais à force de répéter, ça va mieux !"

"Le jeudi, nous nous retrouvons tous à l’école au conseil"

"La journée de jeudi est particulière. Le matin, nous nous retrouvons tous à l’école pour le conseil. C’est une grande réunion durant laquelle les élèves peuvent et doivent poser des questions sur l’enseignement, les séances de sport, les problèmes éventuels. Cela permet de créer des liens, d’être au courant de ce qui se passe, de s’améliorer à l’oral, de savoir prendre la parole avec calme et assurance, de donner un point de vue, de formuler ses idées. C’est très instructif. Et puis, lors de chaque réunion, sont nommés un président de séance et un secrétaire. La semaine dernière, j’étais secrétaire. La prochaine fois, je devrai être présidente. Il faudra que je distribue la parole. Je suis timide, cela me stresse un peu mais je vais y arriver !

Français, mathématiques, connaissance du monde contemporain, bureautique : les stagiaires travaillent par modules, selon leur rythme et en autonomie. // © Florence Levillain pour L'Étudiant
Français, mathématiques, connaissance du monde contemporain, bureautique : les stagiaires travaillent par modules, selon leur rythme et en autonomie. // © Florence Levillain pour L'Étudiant

L’après-midi du jeudi, nous sommes en complète autonomie pour rechercher des stages. Comme l’école fonctionne sur un rythme de trois semaines de cours suivies de trois semaines en milieu professionnel, il y a pas mal d’entreprises à trouver. C’est à ce moment-là que je passe les coups de fil ou que je me déplace. Jusqu’à présent, j’arrive à trouver des stages dans mon domaine."

"À la rentrée prochaine, je m’inscrirai en CAP pâtisserie"

"Mon bac roumain n’est pas un diplôme reconnu en France. J’ai dû le faire traduire pour avoir une équivalence. Et ça y est, c’est bon, je l’ai. Cela me permettra de m’inscrire en CAP [certificat d’aptitude professionnelle] pâtisserie à la rentrée prochaine. Avec mon bac, je suivrai une année au lieu de deux. J’ai déjà trouvé la pâtisserie pour le contrat d’alternance. Je suis contente. Je ne sais pas encore dans quel centre de formation j’irai. Mais cela ne devrait pas poser de problèmes. Je suis de nature optimiste. L’esprit de groupe est fort, nous nous entraidons énormément. Quand quelqu’un a besoin d’un coup de pouce, nous sommes solidaires. C’est normal, nous sommes tous motivés car nous voulons nous en sortir. Nous ne sommes pas en compétition. Cette école est une chance."