Classement des lycées 2021 : l’accompagnement mis à l’honneur

Par Thibaut Cojean, publié le 17 Mars 2021
7 min

Plus encore que les autres années, le classement des lycées généraux et technologiques de l’Etudiant 2021 est placé sous le signe de l’accompagnement des élèves. La raison : un taux de réussite record qui ne peut pas, cette année, constituer un indicateur fiable.

En 2021, le classement des lycées généraux et technologiques de l’Etudiant fait la part belle aux établissements "accompagnateurs". Après un bac 2020 marqué par un taux de réussite record, plus de la moitié des lycées classés (1.458 sur 2.320) obtiennent en effet une note supérieure à 19,5/20 à l’indicateur "taux de réussite", rendant ce critère non déterminant dans le classement final.

Tous les indicateurs ayant le même coefficient dans le palmarès, la balance n’a donc pas pesé du côté de la réussite, mais bien du côté de l’accompagnement. Ainsi, les lycées du top 10 (qui se tiennent dans un mouchoir de poche, de 17,95/20 à 19,12/20) affichent d’excellentes moyennes en indice de stabilité (accompagner les élèves jusqu’au bac – 18,6/20), en valeur ajoutée du taux de réussite (différence entre le taux de réussite effectif et le taux attendu – 18,9/20) et en valeur ajoutée du taux de mentions (19,9/20 !).

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Cette tendance trouve toute sa logique après une année scolaire qui a vu le premier confinement entraîner la fermeture des lycées pendant plusieurs semaines et surtout, l’annulation des épreuves du bac.

Au lycée Germaine Tillion du Bourget (93), quatrième du classement de l’Etudiant (18,51/20) et premier ayant présenté plus de 100 candidats au bac, l’enjeu a donc été de "préparer l’orientation post-bac, gérer les projets de formations motivés sur Parcoursup et travailler pour l’enseignement supérieur tout en impliquant les élèves via les appréciations", explique Aïcha Amghar. La proviseure se souvient pourtant d’un démarrage "un peu brutal", à l’image de ce qu’il s’est passé à l’échelle nationale.

"Personne n’avait anticipé ce type de situation d’un point de vue pédagogique", explique Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du SNPDEN, le principal syndicat des proviseurs. "Au début, les outils du ministère de l’Éducation nationale (l’ENT, NDLR) ont été inopérants pendant presque deux semaines, il a fallu qu’on augmente la taille des serveurs. Très vite, les profs se sont donc tournés vers d’autres solutions."

Coordination et communication

Le lycée du Parc Saint Jean de Toulon (83) a obtenu la meilleure note du palmarès de l'Etudiant.
Le lycée du Parc Saint Jean de Toulon (83) a obtenu la meilleure note du palmarès de l'Etudiant. // © LE lycée du Parc Saint Jean de Toulon

Problème : "La diversité des outils a été un problème pour les parents et les élèves", constate le proviseur. C’est pourquoi le lycée Germaine Tillion a fait le choix de "communiquer uniquement sur Pronote et l’ENT pour ne pas disperser les familles". La même stratégie d’unité a été adoptée par le lycée du Parc Saint Jean de Toulon (83) (photo ci dessus) qui a obtenu la meilleure note du palmarès (19,12). "Dès qu’on a su qu’on allait rester à la maison, j’ai fait une plénière avec les professeurs et on a mis en place un 'fil rouge' pour communiquer", raconte Sylvie Aubrun, la proviseure.

Les mêmes mots d’ordre reviennent : "concertation", "cohésion", ou encore "communication". Les deux proviseures mettent en avant le lien fort qui a existé entre les professeurs et les élèves, mais aussi la créativité et l’investissement des équipes pédagogiques. Au lycée Germaine Tillion, où "tous les profs étaient à l’aise à l’idée de se mettre au service des élèves, mais moins avec les outils numériques", ils ont pris le temps de se former les uns les autres avant de commencer les cours à distance.

Le lycée du Parc Saint Jean, qui compte une série technologique et huit séries professionnelles, a mis en place des courtes vidéos de 5 à 10 minutes pour les enseignements pratiques. Le proviseur adjoint a même créé une chaîne Youtube. "Tous les profs ont intégré différents supports pédagogiques, salue Sylvie Aubrun. Cela ne paraissait rien, mais c’était toujours important."

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Accompagner les familles en détresse

Mais le rôle des établissements a dépassé la pédagogie. Avec le soutien des CPE et des psychologues, le lycée Germain Tillion a réussi à garder le contact avec tous ses élèves. Cet accompagnement a pu être facilité par l’histoire du lycée, qui depuis 2014 est sous contrat d’expérimentation avec le rectorat de Créteil, pour favoriser la cohérence pédagogique et le climat scolaire.

Au lycée du Parc Saint Jean, si les "décrochages habituels" n’ont pas été évités, l’équipe pédagogique a aussi apporté un soutien aux familles en difficulté, notamment par l’achat de matériel informatique.

Un an plus tard, les deux proviseures appuient la nécessité de la concertation, de la préparation et de l’anticipation. Mais retiennent aussi un héritage positif. "J’ai l’impression que cela a lancé un foisonnement d’idées dont les élèves vont être acteurs", se réjouit Sylvie Aubrun. Aïcha Amghar observe par exemple qu’il faudra "réfléchir au parcours des élèves, notamment sur l’autonomie et les compétences de travail."

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Les inégalités noircissent le tableau

Restera toutefois une problématique qui n’a presque jamais été résolue : l’accompagnement des élèves en difficulté. "Le numérique n’est pas la panacée", regrette la proviseure francilienne, qui a observé que, si les lycéens étaient à l’aise sur les réseaux sociaux, ils manquaient fortement de compétences numériques basiques, comme l’envoi d’un mail avec une pièce jointe.

"On n’a pas su mettre en place l’accompagnement des élèves en difficulté", abonde Bruno Bobkiewicz. Le syndicaliste ne pointe pas ici le rôle des lycées, mais du ministère et de l’inspection générale. "Le confinement a creusé les inégalités et institutionnellement, on a fait comme s’il ne s’était rien passé. Ne rien faire, c’est favoriser les favorisés."

C’est pourquoi il trouve que les classements ne sont "pas très significatifs" et prône des "lycées mixtes en matière de population". Comment définir alors un bon lycée en 2021 ? "Un établissement où des profs qui apprennent, créent et découvrent font réussir les élèves", estime Sylvie Aubrun. Pour Aïcha Amghar un "bon lycée" doit pouvoir "faire face à toutes les situations pour mieux accompagner les élèves".

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