Classement 2021 des lycées professionnels : le décrochage redouté n’a pas eu lieu

Par Thibaut Cojean, publié le 24 Mars 2021
6 min

Un an après le début de la crise sanitaire, les lycées professionnels tentent d’apprendre de cette expérience. Malgré les difficultés de tenir les enseignements professionnels à distance, ils partagent un grand soulagement : les élèves décrocheurs sont massivement revenus en septembre.

Le classement 2021 des lycées professionnels de l’Etudiant vient de paraître après une année particulière, marquée par la fermeture des établissements au printemps 2020, l’enseignement à distance et l’annulation des épreuves du bac ayant mené à des taux de réussite records (90,4% de réussite nationale au bac pro).

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La bonne surprise de la rentrée

Ce contexte exceptionnel exige une importante mise en perspective des résultats de notre classement. D’autant plus que les effets à long terme de cet éloignement des établissements sont loin de ceux pouvant être craints. "On a eu une chute du décrochage scolaire, constate Pascal Vivier, professeur en lycée professionnel et secrétaire général du Snetaa-FO. C’est une très, très belle surprise, à laquelle personne ne s’attendait."

Avec le recul, il estime que les élèves "se sont rendu compte de l’utilité de l’école quand ils étaient seuls à la maison, et ont pris conscience de l’importance du diplôme dans leur insertion". Selon lui, il y aurait même moins de décrocheurs aujourd’hui qu’en temps normal. Son syndicat n’est pas le seul à observer ces phénomène. Franck Ferras, secrétaire national du Snep-FSU, observe également "moins de décrochage pendant les vacances scolaires".

Fort décrochage pendant le confinement

Tout laissait pourtant présager le contraire. Pendant le confinement du printemps 2020, "les taux de décrochage ont été relativement importants, en moyenne autour de 30%", relate Franck Feras. Une situation qui s’explique, entre autres, par la difficulté de tenir des enseignements pratiques à distance.

"Cela a été très difficile dans les matières dites professionnelles, confirme Pascal Vivier. Quand vous êtes chauffeur routier, chaudronnier ou meuleur sur bois, c’est compliqué." Et la bonne tenue des enseignements généraux n’a pas suffi à limiter la tendance, car "l’appétence des élèves de la voie professionnelle pour l’aspect théorique est relative", explique Franck Ferras.

L’enseignement à distance a aussi été plus ou moins facile selon les domaines d’enseignement. Le lycée privé Saint-François de Gien (45), premier lycée professionnel du classement de l’Etudiant avec 19,72/20, est "un lycée tertiaire", explique Jean-Jacques Soula, son directeur. "C’est beaucoup plus facile de tenir les enseignements professionnels à distance que dans l’industrie", admet-il.

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Accompagnement et proximité, le duo gagnant

Mais ce ne sont pas les seules raisons de son excellente note. Dans le classement de cette année, les deux tiers des lycées ont plus de 18/20 au critère "taux de réussite", minorant son impact. Ce sont donc les critères d’accompagnement qui ont été déterminants : capacité à accompagner les élèves jusqu’au bac et à les faire progresser.

Jean-Jacques Soula explique justement la réussite de son lycée par la capacité à suivre ses élèves. Il met plusieurs "atouts" en avant : l’appartenance du lycée professionnel à une cité scolaire qui suit les élèves de la maternelle jusqu’au post-bac, la petite taille du lycée pro ("pas plus de 19 élèves par classe") et la taille de la ville (13.000 habitants).

Cela a notamment permis aux élèves du lycée de reprendre les cours en juin 2020. Et, au-delà de la proximité entre l’équipe pédagogique et les familles, c’est aussi bénéfique pour les périodes de formation en milieu professionnel (PFMP) : "Les maîtres de stage sont des habitués, qui nous confient même parfois leurs enfants. Ils connaissent les jeunes et les familles. En cas de souci sur un stage, la réactivité est immédiate."

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Les enjeux de l’après crise

Le chef d’établissement salue aussi sa classe de seconde professionnelle "passerelle", où les équipes mettent un œuvre "un travail d’accompagnement et de remobilisation des élèves". Les élèves de seconde constituent justement l’une des problématiques du lycée professionnel peut-être accentuée par la crise sanitaire, observe Pascal Vivier. "Ils ont réellement manqué d’accompagnement en troisième, souffle-t-il. Aujourd’hui, ce sont des élèves mal orientés qui s’ennuient."

Un an après le premier confinement, les lycées professionnels tentent d’apprendre de cette période. Jean-Jacques Soula considère ainsi que l’application des demi-jauges est aujourd’hui facilitée par "le retour d’expérience sur les choix numériques et techniques, sur la gestion de groupe, sur la pédagogie, mais aussi sur les attentes des parents et le matériel à la maison".

Pour autant, "aucun moyen spécial n’est dégagé pour rattraper le temps perdu", regrette Franck Ferras, qui dénonce également le manque de visibilité dans le temps : "On ne peut pas tout réorganiser pour trois semaines seulement." Le syndicaliste craint le manque d’anticipation et d’apprentissage : "Si cette situation se reproduisait, on en serait au même stade."

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