1. Des lycéens de Soissons pro-Le Pen : “Pour que mon avenir soit meilleur, il faut tout changer”
Reportage

Des lycéens de Soissons pro-Le Pen : “Pour que mon avenir soit meilleur, il faut tout changer”

Envoyer cet article à un ami
Au lycée Léonard-de-Vinci, à Soissons, beaucoup d’élèves sont pro-Marine Le Pen. // © erwin canard
Au lycée Léonard-de-Vinci, à Soissons, beaucoup d’élèves sont pro-Marine Le Pen. // © erwin canard

À Soissons (02), où Marine Le Pen est arrivée en tête au premier tour de l'élection présidentielle, de nombreux lycéens s'affichent en faveur de la candidate FN. Reportage.

Alors que des lycéens parisiens bloquent leur établissement en signe de protestation contre l'extrême droite, à Soissons (02), l'ambiance est tout autre. Ce mercredi 26 avril 2017, le lycée Léonard-de-Vinci vit une journée comme toutes les autres. Pas de signe d'élection présidentielle à venir, ni de mobilisation contre Marine Le Pen. Le 23 avril, dans cette ville de 30.000 habitants, la candidate du Front national est arrivée en tête, avec 28 % des voix, devant François Fillon et Emmanuel Macron, chacun crédité de 20 %.

Lire aussi : Présidentielle 2017 : à Paris, des lycéens veulent faire bloc contre l'extrême droite

“Le sentiment d’être abandonnés”

Si les élèves de Léonard-de-Vinci n'ont, pour la plupart, pas l'âge de voter, une grande partie d'entre eux choisissent la députée européenne. Tel David, en seconde TCI (technicien en chaudronnerie industrielle), qui se dit "plutôt pour Marine Le Pen". "Elle veut remettre la France en route, notamment en sortant de l'euro. Pour les Français, ce sera mieux", explique-t-il.

Dans cette ville ouvrière qui a connu la désindustrialisation, et ainsi la destruction d'emplois, le chômage pèse lourd. "Nous venons de familles d'ouvriers, et les gens en ont marre, assure Léo, élève en première S, qui a voté Marine Le Pen au premier tour. Pour que mon avenir soit meilleur, il faut un grand revirement. Il faut tout changer d'un coup, se débarrasser des gens au pouvoir."

Pierre est enseignant au lycée depuis sept ans. Le vote Le Pen, à Soissons, il l'a toujours connu. "Les gens ont le sentiment d'être abandonnés depuis la désindustrialisation. Avant, il y avait d'énormes besoins de main-d'œuvre, cela a disparu. Et ce lycée est un lycée technique, pas de centre-ville. Il n'y a pas de filière L, connue pour s'ouvrir sur d'autres idées. Il est au milieu d'une zone de HLM et est plutôt défavorisé. Tout cela fait que certains jeunes soutiennent Le Pen."

Une réaction à l’attentat de “Charlie Hebdo”

Une autre raison de l'adhésion des lycéens soissonnais aux idées FN : le terrorisme. Le lendemain de l'attentat contre “Charlie Hebdo”, en janvier 2015, les auteurs – les frères Kouachi – sont passés à Villers-Cotterêts, une ville située à une vingtaine de kilomètres, durant leur cavale. Ce jour-là, le lycée a été confiné. "Si la question du terrorisme est dans la tête de tout le monde, ici, elle nourrit la peur peut-être davantage qu'ailleurs", souligne Pierre.

Les lycéens évoquent beaucoup la mencae terroriste, notamment en raison du passage à proximité des frères Kouachi pendant leur cavale

Les lycéens pointent ainsi cette menace comme raison de leur assentiment au programme de la candidate Front national. "Marine Le Pen veut virer tous les fichés S, c'est le minimum à faire ! Je ne comprends pas pourquoi ce n'est pas déjà fait", s'emballe Alphonse, en première S. "J'ai voté Le Pen car elle veut combattre le terrorisme quand d'autres disent qu'il faut s'y habituer", raconte Cathy, en première STI2D. Victor, en BTS CRSA (conception et réalisation de systèmes automatiques), lui aussi électeur de Marine Le Pen, ajoute : "Elle veut arrêter les fichés S, bloquer les frontières et insiste sur la sécurité. Ce n'est pas raciste de dire cela, c'est juste qu'on ne peut plus accepter tout le monde."

Pour d’autres, c’est Macron, aucun ou l’indifférence

Mais tous les lycéens de Léonard-de-Vinci ne sont pas pro-Le Pen. "Des discussions que j'entends, je peux dire qu'ils sont partagés : il y a ceux qui votent Le Pen et ceux qui, épris d'un sentiment d'altruisme et de justice, trouvent ses idées scandaleuses", raconte Pierre, l'enseignant. Ainsi, Steeve, en terminale TCI, se place en faveur d'Emmanuel Macron : "Avec lui, je m'inquiète moins qu'avec Le Pen. Elle veut fermer les frontières, sortir de l'Europe, ce n'est pas la solution."

D'autres, en revanche, ne se retrouvent dans aucun des deux candidats. "Je ne voterai ni Macron, qui est le descendant de Hollande, ni Le Pen, qui représente le racisme et l'antisémitisme", avance Lucas, en seconde. Pour Lucie, également en seconde, "Macron ou Le Pen, ce n'est pas génial dans tous les cas. C'est comme choisir entre Charybde et Scylla..."

Lire aussi : Emmanuel Macron vs Marine Le Pen : quels programmes pour les jeunes ?

Plus largement, de nombreux lycéens soissonnais n'ont, finalement, que peu d'espoir en la politique. "Je ne crois pas qu'un de ces deux-là pourra améliorer quoi que ce soit pour mon avenir", poursuit Lucas, qui semble déjà résigné. Pour Alexis, en CAP (certificat d'aptitude professionnelle), c'est clair : "Cela ne changera rien pour moi. Et puis, ils ne tiennent jamais leurs promesses." Même Cathy, pourtant convaincue par Marine Le Pen, ne semble pas se faire d'illusions : "Tous ont de belles paroles mais ils ne font pas grand-chose. Tant pis, je me débrouillerai toute seule."