Géographie : "Chaque carte est un point de vue sur le monde"

Par Nalini Lepetit-Chella, publié le 28 Octobre 2022
6 min

INFOGRAPHIES. Éléments-clés des cours d'histoire-géographie, les cartes semblent parfois donner une version absolue et immuable de la réalité. Mais pour les lire, il est important de comprendre qu’elles sont avant tout basées sur des choix de leur auteur.

En France, "nous avons tous été formés à l'école avec un planisphère sur lequel l'Europe se trouve au centre, l'Amérique, à gauche, et l'Asie, à droite". Ce constat, Olivier Godard, enseignant d’histoire-géographie au collège Paul Eluard de Gennes (49), le tire des travaux du géo-historien Christian Grataloup. "Et dès qu'on se met à changer cette représentation du monde, les élèves sont complètement perdus", poursuit le passionné de cartographie.

En regardant une carte, les informations qui sautent aux yeux sont généralement thématiques, qu’il s’agisse de migrations internationales, de diversité des milieux naturels ou encore de lieux de conflits. Mais qui s’interroge sur le fond de carte, la représentation des contours des terres et des océans, leur forme et leur taille ? Quoi de plus naturel qu’un planisphère sur lequel le nord est en haut et l’Europe, au centre ?

Pour vous aider à approfondir vos cours, l’Etudiant vous propose de questionner quelques évidences pour regarder différemment cette matière étudiée au moins jusqu’à la fin du lycée.

"Il n'y a pas de carte de la réalité"

Cette vision "orientée et centrée du monde" n’est pas neutre, explique Claire Cunty, enseignante-chercheuse en géographie à l’université de Lyon 2. "Chaque carte est un point de vue sur le monde, par ce qu’elle choisit de représenter ou non. Elle forme – ou déforme – notre façon de voir le territoire." Ce qui signifie qu’il "n’y a pas de carte de la réalité", dans la mesure où "toute carte est une construction", ajoute Olivier Godard.

Pour s’en rendre compte, rien de tel que de mettre les mains dans le cambouis. "Ces questions, les élèves commencent à se les poser et à se les approprier quand on leur fait faire des cartes. Ils se demandent alors de quelle manière représenter les informations", observe l’enseignant.

Lire aussi

Se désorienter pour mieux s’orienter

Première question : pourquoi le nord serait-il en haut ? La Terre est une sphère qui peut être regardée dans tous les sens. Le mot "orientation", d’ailleurs, vient du terme Orient, car les cartes européennes du Moyen-Âge pointaient généralement vers l’est, dans la direction supposée de Jérusalem, rappellent les deux géographes.

D’autres cartes, notamment en Australie, affichent le sud en haut et donc le nord en bas. Un point de vue renversant, pour nous autres Européens !

La carte définit le centre du monde

Deuxième question : sommes-nous le centre du monde ? Représenter la Terre à plat demande de décider quels territoires seront au centre – du document et donc du regard – et lesquels seront en périphérie, autour. Mais le plus pertinent n'est pas forcément de choisir l'Europe.

Les possibilités sont vastes et doivent dépendre de ce que vous souhaitez montrer et représenter sur la carte. S’il s’agit d’échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique du Sud, il peut être intéressant de placer le focus sur l’océan Indien par exemple. Et si vous vous intéressez à la fonte des glaces, pourquoi pas un pôle ?

Lire aussi

Une carte du monde est toujours une déformation

Troisième question : comment représenter une sphère à plat sans la déformer ? La réponse est simple : c’est impossible. Une telle transformation "comporte forcément des déformations", indique Claire Cunty. Cela s’appelle une projection cartographique et il en existe plusieurs types, qui ont chacune leurs limites : angles, surfaces ou distances, tout ne peut pas être juste.

Une des projections les plus communes dans les manuels scolaires, Mercator, est dite "conforme". Cela signifie qu’elle respecte les angles, donc les formes des pays. Elle est en outre centrée sur l'Europe et orientée vers le nord. Mais attention aux surfaces et aux distances !

"Plus on s’éloigne de l’équateur, plus la taille des territoires est exagérée. De ce fait, l’Europe est un peu hypertrophiée et cela diminue le poids des pays de l'hémisphère sud", explique l’enseignante-chercheuse.

À l'inverse, la projection équirectangulaire respecte les distances le long des méridiens (les lignes verticales qui relient les pôles), mais déforme les angles. Résultat : plus on s'éloigne de l'équateur, plus les pays apparaissent plus larges que dans la réalité. Et l'Antarctique apparaît gigantesque.

Portée géopolitique

La projection stéréographique, ci-dessous, est, elle aussi, conforme, mais centrée sur le pôle Nord. Ce sont donc les territoires les plus éloignés du centre qui sont étirés.

La projection de Mollweide respecte quant à elle les surfaces, au détriment des angles entre les méridiens et les parallèles. Elle est dite "équivalente".

Dans la pratique, beaucoup de projections font un compromis entre ces différentes contraintes. Et "il en existe des milliers", souligne Claire Cunty.

Il ne s’agit là que de quelques-unes des conventions qui peuvent être questionnées. Découpage des continents, frontières des pays, représentation des océans, noms des lieux : tout cela résulte de choix qui ont une portée géopolitique importante. Un monde de cartes qui reste à explorer ! Aussi bien pour nourrir vos recherches personnelles, que pour élargir révisions du bac en histoire-géo, en langues vivantes, en géopolitique ou en SES.

Lire aussi

Articles les plus lus

Contenus supplémentaires

A la Une lycée

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !