INFOGRAPHIES. Comment la réforme du lycée pénalise les filles

Par Nalini Lepetit-Chella, mis à jour le 14 Octobre 2022
7 min

Trois ans après la mise en place de la réforme du lycée, les statistiques de l'Éducation nationale montrent un net recul de la parité dans les matières scientifiques, surtout les maths. Des répercussions sur les études supérieures sont redoutées.

Alors que le monde éducatif et universitaire fête les sciences du 7 au 17 octobre 2022, les effets de la dernière réforme du lycée sur les parcours scientifiques commencent à être quantifiés. Le constat est alarmant : en remplaçant les séries S (scientifique), L (littéraire) et ES (économique et social) par des enseignements de spécialités (EDS), le nouveau lycée a fortement éloigné les filles des études scientifiques, alors même que la parité était presque atteinte.

"Le fait que cette réforme pénalise les filles en particulier est prouvé", affirme Mélanie Guenais. Cela "risque d'affecter leurs études supérieures en raison de leur désaffection massive et accrue pour les sciences et les maths", observe la coordinatrice du collectif Maths-sciences.

Nette régression de la parité en maths

La baisse du nombre de filles étudiant les sciences au lycée général est particulièrement visible en mathématiques, selon les données de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). En 2021–2022, 55.000 jeunes femmes de terminale faisaient six heures ou plus de maths par semaine, via l'EDS, soit 42% de moins que deux ans plus tôt, via la terminale S.

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Tous les lycéens sont touchés par cette désaffection, mais elle est bien plus marquée pour les filles. Sur la même période, les effectifs de garçons ont diminué de 22%, passant de 105.000 à 82.000.

Pourtant, l'enseignement approfondi des mathématiques en terminale tendait vers la parité depuis plusieurs décennies. La tendance s'est inversée en 2020, année d'application de la réforme en terminale. Alors que les filles étaient majoritaires en terminale générale (56%) en 2021–2022, la spécialité maths n'en comptait que 40%, soit 7,5 points de moins que la série S deux ans auparavant. Ce taux de féminisation n'avait pas été aussi bas depuis 1994–1995.

L'influence du milieu social

L'écart de genre est plus marqué encore pour l'option mathématiques expertes, qui porte les maths à neuf heures hebdomadaires. Les filles y représentent moins d'un tiers des effectifs en 2021 (31%). C'est 11 points de moins qu'en 2018 dans la classe équivalente d'avant la réforme, la terminale S spécialité maths.

L'origine sociale des élèves constitue un autre facteur important. Les filles issues de milieux défavorisés sont trois fois moins représentées dans cette option que dans le tronc commun. Au contraire, les garçons de milieu très favorisé le sont deux fois plus.

Un manque de confiance en soi

Cette aggravation des inégalités vient notamment du "choix très tôt des spécialités, qui a amplifié l'autocensure", analyse Claire Piolti-Lamorthe, présidente de l'Association des professeurs de mathématiques de l'enseignement public (APMEP). La spécialité mathématiques semble "trop difficile" à beaucoup de jeunes femmes, qui ont "une image dégradée d'elles-mêmes en maths."

En effet, "quel que soit leur niveau de maîtrise, notamment en mathématiques, [les filles] se déclarent moins confiantes que les garçons dans leurs performances aux évaluations", indiquait la Depp en juin 2022.

La jeunesse des élèves les rend "plus réceptifs aux messages des adultes et de leur environnement, qui masculinise les sciences et féminise les lettres", ajoute Mélanie Guenais. En particulier parce qu'ils n'ont "pas encore la maturité suffisante pour savoir exactement ce qu'ils veulent faire". Et se réorienter est difficile au lycée.

Un nombre de spécialités "handicapant"

La coordinatrice pointe également le nombre de spécialités : n'avoir que trois EDS en première est "handicapant pour l'ouverture", lorsqu'on souhaite faire des sciences et autre chose. D'autant qu'il faut abandonner une spécialité en terminale.

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"Le contexte fait qu'en sciences, les filles s'orientent majoritairement vers la santé et la biologie, où il y a besoin de maths, de physique et de SVT [sciences de la vie et de la Terre]", souligne Mélanie Guenais. Une possibilité est donc de conserver la SVT et la physique-chimie comme EDS et de remplacer la spécialité maths, de six heures, par l'option maths complémentaires, de trois heures. "C'est le mieux qui puisse se passer", estime-t-elle, mais cela "les met en difficulté" pour la suite.

Des difficultés dans l'enseignement supérieur

Ainsi, en 2021–2022, les classes préparatoires BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre) "ont eu énormément de démissions en milieu de première année, avec des élèves en détresse, particulièrement des filles et des élèves de milieux modestes qui avaient abandonné les maths", rapporte la coordinatrice du collectif Maths-sciences.

L'arrêt des mathématiques "ferme la porte à toutes les filières scientifiques, car elles permettent de comprendre les sciences, dès qu'on veut quantifier un peu", poursuit-elle. Et de souligner que "les solutions aux problèmes de climat, d'énergie ou de ressources passent par la maîtrise des sciences".

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