1. Lycéenne et militante : "La politique fait partie de ma vie"
Témoignage

Lycéenne et militante : "La politique fait partie de ma vie"

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Anthenaïs, 17 ans, membre du MJS (Mouvement des jeunes socialistes), est en terminale S au lycée Jeanne-d’Albret, à Saint-Germain-Laye (78). // © Florence Levillain pour L'Étudiant
Anthenaïs, 17 ans, membre du MJS (Mouvement des jeunes socialistes), est en terminale S au lycée Jeanne-d’Albret, à Saint-Germain-Laye (78). // © Florence Levillain pour L'Étudiant

Anthenaïs s’est lancée en politique à 15 ans, à son entrée au lycée. Un engagement qui lui apporte beaucoup. Son objectif : convaincre d’autres jeunes de se mobiliser pour défendre des valeurs qui lui tiennent à cœur.

"Les débats politiques ont bercé mon en­fance. Pas un repas familial sans que la conversation ne s'enflamme. J'ai très vite su que les problèmes de société m'intéressaient. J'ai attendu d'avoir 15 ans pour rejoindre un parti. Les bougies de mon gâteau d'anniversaire fumaient encore que je prenais contact avec les membres du MJS (Mouvement des jeunes socialistes) de ma section (une section correspond à une ville), alors que l'on me disait trop jeune et que je serais fatalement manipulée. J'y suis allée et je ne le regrette pas."

"C'est assez facile de trouver les bons arguments"

"Ma vie en politique a réellement commencé avec la rencontre du responsable fédéral de mon secteur (la fédération est un regroupement de sections au niveau départemental). Il m'a expliqué le fonctionnement du MJS et pourquoi il était important de s'engager jeune. Son discours a fini de me convaincre. À l'issue de notre entretien, je signais ma carte. J'allais enfin pouvoir agir !"

"Ma première action a consisté à 'differ', c'est-à-dire distribuer des tracts devant les lycées et les universités. Dans le cadre d'une campagne à propos du conflit israélo-palestinien, je n'osais pas aller vers les autres, cela m'intimidait. Mais j'ai vite pris l'habitude. Finalement, c'est assez facile de trouver les bons arguments quand on défend des valeurs auxquelles on croit et que l'on juge importantes. Le but de ces opérations est double. Il s'agit de trouver de nouveaux adhérents mais aussi de sensibiliser les jeunes à des problèmes de société."

"Le lycée doit être un lieu de débats"

"Au lycée, certains de mes amis ne comprennent pas pourquoi je suis engagée dans un parti politique. Je crois qu'ils ne me prennent pas vraiment au sérieux. Comme si à 17 ou 18 ans, on ne pouvait pas se forger sa propre opinion. La plupart ne se sentent pas concernés par ce qui se passe autour d'eux. Ils vivent dans une bulle. Il n'y a qu'à voir au moment de l'affaire Léonarda (nom d'une jeune fille kosovare interpellée lors d'une sortie scolaire puis expulsée avec sa famille), alors que les lycéens parisiens étaient nombreux à bloquer l'accès à leur établissement, ici, à Saint-Germain-en-Laye, presque personne n'a bougé."

"J'aimerais développer la conscience politique de mes camarades. Qu'ils arrêtent de croire que je suis utopiste ou idéologue. Le lycée doit être un lieu de débats où chacun peut s'exprimer sous 'le contrôle' des enseignants. Je ne comprends vraiment pas pourquoi il est interdit d'y parler de politique."

"Même jeune, on peut agir"

"Une fois par mois, je retrouve les membres de la section de Saint-Germain-en-Laye. Chacun vient en ayant préparé une petite intervention, sur un point d'actualité, comme les élections de Syriza en Grèce. Ce peut être aussi l'occasion d'un petit rappel sur l'histoire du syndicalisme ou des acquis sociaux."

"S'en suit un débat souvent très animé. Il ne faut pas croire, ce n'est pas parce que nous sommes dans le même parti, que nous pensons tous la même chose. Au contraire ! Ces débats sont toujours très enrichissants sur le fond comme sur la forme. Pour être entendu, mieux vaut en effet avoir un argumentaire bien affûté, ce qui suppose de maîtriser son sujet et de savoir écouter."

"Je me souviens de ma première intervention. J'étais stressée. J'avais 15 ans. Les personnes autour de moi en avaient au moins cinq de plus. Je ne me sentais pas très légitime pour prendre la parole. Au final, je ne m'en suis pas trop mal sortie. Depuis, j'ai pris de l'assurance ! Il ne faut pas tout attendre des autres. Même jeune, on peut agir. Moi, j'ai le sentiment de me battre pour une société plus juste. C'est très satisfaisant !"

"J'ai besoin de la politique"

"Comme j'étais très engagée et que je participais à de nombreuses opérations, le secrétaire de section m'a demandé de rejoindre le bureau de groupe. Ce que je me suis empressée de faire. Aujourd'hui, ma mission consiste à organiser les diffs (diffusions), les porte-à-porte, mais aussi faire le rappel. Chaque membre du bureau a entre 15 et 50 cartes de membres qu'il doit relancer régulièrement pour les motiver à participer aux différentes opérations.

Évidemment, tout cela prend beaucoup de temps. Je dois faire attention à ce que cela ne nuise pas à mes résultats scolaires. La solution : bien s'organiser et accepter d'avoir peu de moments libres. Entre les opérations pour le MJS, les réunions et les cours de danse, je suis occupée tous les soirs. Excepté le samedi, jour de sortie !"

"Même si j'ai parfois l'impression de courir après le temps, il n'empêche que je n'imagine pas arrêter de militer. À un moment, j'ai pensé faire médecine, mais j'ai vite renoncé à ce projet. Ces études exigent un investissement guère compatible avec le MJS. Or, j'ai besoin de la politique. Elle fait partie de ma vie. Pas question pour autant d'en faire mon métier. On peut faire avancer ses idées autrement qu'en étant un professionnel de la politique. Cela ne veut pas dire que je renonce à tout mandat. Il serait plutôt local, dans ce cas-là !"

Lycéens : où s’engager ?
Dans le cadre des instances du lycée, comme le CVL (conseil délégué pour la vie lycéenne) ou la MDL (maison des lycéens).

Dans un syndicat lycéen.

Dans une instance politique, comme le conseil municipal des jeunes ou le conseil régional des jeunes.