1. Les secrets des lycées qui font réussir leurs élèves
Enquête

Les secrets des lycées qui font réussir leurs élèves

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Au lycée Galilée de Gennevilliers, l’équipe pédagogique a complètement revu les rythmes de la classe de seconde. // © Isabelle Dautresme
Au lycée Galilée de Gennevilliers, l’équipe pédagogique a complètement revu les rythmes de la classe de seconde. // © Isabelle Dautresme

ls sont peu connus, situés pour la plupart en ZEP (Zone d’éducation prioritaire), et pourtant ils figurent en haut du classement des lycées 2015. Leur mérite ? Afficher un taux de réussite au bac supérieur à celui attendu au vu du niveau et du profil des élèves (la fameuse "valeur ajoutée"). Comment y parviennent-ils ? Pour le savoir l’Etudiant est allé à la rencontre de cinq d’entre eux.

“Je connais des élèves qui ont demandé une dérogation pour être scolarisés ici”, lâche, sourire aux lèvres, Inès, en terminale S au lycée Galilée de Gennevilliers (92). Avec un taux de réussite au bac de 93 % en 2015, soit six points de plus que celui attendu au vu du niveau et du profil des élèves, l’établissement classé en ZEP figure parmi les lycées généraux et technologiques les plus performants en 2014, d’après le ministère de l’Éducation nationale. Et les raisons sont multiples : qualité des locaux, implication des équipes de professeurs, encadrement au plus près des élèves, nombreux projets…

Pour consulter notre tableau des lycées généraux et technologiques qui font le mieux réussir leurs élèves

#1. L’accompagnement comme leitmotiv

Aide aux devoirs après les cours, tutorat, approfondissement… les lycées qui font réussir leurs élèves sont d’abord ceux qui les accompagnent. “Au lycée, il y a toujours quelqu’un pour nous aider si on en a besoin”, explique Moustapha en terminale S sciences de l'ingénieur à Le Corbusier à Aubervilliers (93) (taux de réussite : 90 %, VA : 14). Dans ces établissements, croiser des assistants pédagogiques, voire des étudiants de Polytechnique venus aidés des lycéens [Ces jeunes interviennent dans le cadre de l'association Tremplin, qui composée d'étudiants de grandes écoles et de jeunes actifs, accompagne des jeunes issus de milieux modestes à la poursuite d'études supérieures, NDLR], alors que les cours sont terminés depuis longtemps n’a d’ailleurs, rien d’exceptionnel.

Et cet accompagnement se poursuit généralement le week-end. Le samedi matin, au lycée privé Edgar-Poe, à Paris (taux de réussite : 100 %, VA : 4), un établissement qui accueille de nombreux élèves en échec, les lycéens qui le souhaitent sont pris en charge par d’anciens élèves. À Aubervilliers, le lycée faisant relâche le dimanche, c’est au tour du théâtre de la Commune de prendre la relève et de mettre une salle à la disposition des lycéens. “Il n’est pas rare d’y croiser un prof, à peine réveillé mais avec la ferme intention de nous aider”, s’amuse Andréa en terminale ES.

#2. Entraînement au bac : on ne lâche rien !

La réussite des élèves passe également par un entraînement soutenu et régulier aux épreuves du bac. Ainsi, tous les samedis matins à Galilée et deux samedis sur trois à Alfred Nobel à Clichy-sous-Bois (93) (taux de réussite : 85 % et VA : 15), les élèves de première et de terminale planchent durant trois ou quatre heures sur des devoirs de type bac. “Autant dire que l’on prend vite l’habitude. Ce qui nous semblait insurmontable en début de première devient la routine en terminale”, s’amuse Badis, en terminale S à Galilée.

Le lycée Romain-Rolland de Goussainville (95) (taux de réussite : 91 % et VA :13) a fait, quant à lui, le choix de consacrer la semaine qui précède chaque période de vacances, à un bac blanc. “Ce n’est pas la même chose de ‘gérer’ les révisions d’un DST [devoir sur table] ‘isolé’ et une semaine d’épreuves”, souligne Pascale Rolain, proviseure adjointe du lycée.

Autre objet d’attention : les révisions. Exemple avec le lycée Galilée, où quelques semaines avant le bac, les élèves de terminale et leurs professeurs déposent leurs valises dans un château appartenant à la Ville de Gennevilliers, à Ménilles (27). “Pendant cinq jours nous travaillerons tous ensemble et à notre retour nous aurons un programme de révision individualisé”, se réjouit d’avance Inès.

#3. Entrée au lycée : même plus peur !

Outre le fait d’accompagner leurs élèves pendant les trois années que dure la scolarité au lycée, “les lycées performants” se distinguent aussi par le soin particulier qu’ils portent à la préparation à l’entrée au lycée. À Romain-Rolland, par exemple, les élèves de troisième des collèges du secteur sont invités à récupérer leur bulletin du deuxième trimestre au lycée lors de la journée portes ouvertes. “C’est l’occasion pour eux et leur famille de rencontrer des élèves, des professeurs et surtout de goûter l’ambiance, de voir ce que l’on y fait et donc de se préparer”, explique Pascale Rolain.

À Galilée, l’équipe pédagogique jugeant la marche entre collège et lycée beaucoup trop haute pour un nombre significatif d’élèves, a revu complètement les rythmes de la classe de seconde. “De façon à les adapter au mieux aux profils des élèves”, précise le proviseur. Au programme : deux professeurs principaux par classe, de nombreuses sorties culturelles, la réalisation de projets ambitieux, des cours de deux heures, pas plus de trois matières par jour….

#4. Orientation postbac : osez !

Amener les élèves à réfléchir à leur orientation, les aider à se projeter, à anticiper l’avenir… leur réussite passe aussi par là. Les “lycées performants” ont, pour la plupart, développé des partenariats avec des établissements d’enseignement supérieur : visite de classes préparatoires prestigieuses, de grandes écoles, rencontre avec des professionnels… Partout la même volonté d’aider les jeunes à se construire un projet et “de leur faire prendre conscience que ce n’est parce qu’ils viennent de milieux défavorisés et qu’ils ont été scolarisés en ZEP, qu’ils ne peuvent pas être ambitieux”, observe Marie-Noëlle Bracq, proviseure adjointe du lycée Galilée. Pour les en convaincre, rien de tel que les témoignages des anciens : “Je me souviens de celui particulièrement émouvant d’une ancienne élève, admise à Normal sup sur titre. Cela a eu un impact considérable sur les autres élèves”, témoigne Christian Clinet, proviseur adjoint du lycée Edgar-Poe.

#5. Effectifs allégés : pour une pédagogie adaptée

La taille des classes influe également sur la réussite des élèves. “Depuis cinq ans, les effectifs de seconde ne dépassent pas la barre des 20 élèves par classe et la quasi-totalité des premières et des terminales ne comptabilisent pas plus de 25 élèves. Sur cette même période, les résultats au bac sont passés de 66 % à 91 %”, martèle Didier Georges, le proviseur du lycée Le Corbusier refusant de voir là une simple coïncidence. Même constat aux lycées Alfred-Nobel et Romain-Rolland où les classes sont en moyenne de 30 élèves, contre 35 précédemment.

Et Pascale Rolain, proviseure adjointe de Romain-Rolland d’avancer une explication : “Les équipes éducatives sont plus réactives. Les professeurs peuvent mettre en place une véritable pédagogie individualisée avec des contrôles et un travail personnel adapté au profil de chacun.”

Côté élèves aussi, on dit apprécier ces effectifs allégés. “C’est beaucoup plus facile de suivre en classe, il y a moins de bruits et les profs sont plus à l’écoute”, glisse Andréa en terminale ES à Le Corbusier. “On ose poser des questions, dire quand on a pas compris”, renchérit de son côté Salem son camarade de terminale SSI.

#6. La culture : indispensable !

Autre point commun entre les lycées qui font réussir leurs élèves : l’importance accordée à la culture. Pour permettre à leurs élèves d’acquérir la culture générale qui leur fait souvent défaut, ils ne lésinent pas sur les moyens. Outre, les très nombreuses sorties scolaires dans des musées ou au théâtre, ils sont nombreux à organiser des conférences. Le récent passage du sociologue Christian Baudelot à Aubervilliers n’a d’ailleurs pas laissé indifférent. “Quand quelqu’un d’aussi compétent et connu que lui fait le déplacement jusque dans notre lycée pour nous parler, cela veut dire que l’on ne compte pas pour rien. C’est très motivant”, s’enthousiasme Bunyamin, en terminale SSI.

#7. “Ma classe, mon lycée”

L’implication des lycéens dans la vie de l’établissement n’est pas non plus totalement étrangère à leur réussite. À Galilée, cet investissement passe surtout par la participation à des clubs : théâtre, cinéma, boxe… À Romain-Rolland, c’est le CVL (Conseil de vie lycéenne) qui est en première ligne. À son actif : opérations caritatives, semaine interculturelle et autre événements festifs qui sont autant d’occasion “de créer du lien et de développer un véritable sentiment d’appartenance”, explique très sérieusement Yahya, vice-président du CVL.

Quant aux locaux, ils ont aussi leur importance. “Vous avez vu notre lycée ? Il est beau spacieux et lumineux. On s’y sent bien”, souligne Inés en terminale ES à Le Corbusier. Conséquence ? Depuis qu’il a été rénové, il n’y a plus de dégradation et le comportement des élèves s’est sensiblement amélioré. “Ils respectent les choses belles”, relève son proviseur qui se félicite de n’avoir réuni qu’une seule fois le conseil de discipline cette année.

# 8. “Mon prof, ce héros”

Équipes de direction, parents, élèves tous s’accordent sur le fait que si leur lycée a pu se hisser aux premières places, c’est d’abord et surtout grâce aux professeurs. Marie-Noëlle Bracq, parle “d’une équipe exceptionnelle, qui ne ménage pas sa peine ni ses heures”. Un élève d’Edgar-Po, d’évoquer “la pointure de ses enseignants”. Même son de cloche à Romain-Rolland où les “profs sont non seulement patients, pédagogues et de qualité, mais en plus, accessibles. La preuve : ils n’hésitent pas à donner leur numéro de téléphone portable”, fait valoir Badis en terminale S à Galilée.

Yahya insiste quant à lui sur leur vigilance : “Au moindre fléchissement des résultats, ils viennent nous voir pour que l’on réfléchisse ensemble à la meilleure manière d’y remédier.” Et ça marche !


Les lycées généraux et technologiques qui font le mieux réussir leurs élèves


Lycées
Ville/
Académie
Statut Réussite bac 2014 (%)
Valeur ajoutée réussite bac 2014 (1)
Valeur ajoutée sur capacité à garder ses élèves (2)
Lycée Alfred-Nobel (général et techno.) Clichy-sous-Bois/
Créteil
Public 85 15 10
Lycée Le Corbusier Aubervilliers/
Créteil
Public 90 14 11
Lycée Maurice-Utrillo (général et techno.) Stains/
Créteil
Public 87 14 6
Lycée Romain-Rolland (général et techno.) Goussainville/
Versailles
Public 91 13 12
Lycée Voillaume Aulnay-sous-Bois/
Créteil
Public 86 11 8
Lycée du Fium'orbu (général et techno.) Prunelli-di-Fiumorbo/
Corse
Public 99 10 6
Lycée Adventiste-Rama (général et techno.) Sainte-Luce/
Martinique
Privé 97 8 6
Lycée Jean-Moulin (général et techno.) Roubaix/
Lille
Public 80 7 3
Lycée Paul-Éluard Saint-Denis/
Créteil
Public 88 6 9
Lycée Galilée (général et techno.) Gennevilliers/
Versailles
Public 93 6 8
Lycée Saint-Jean-de-Garguier Gémenos/
Aix-Marseille
Privé 100 5 4
Lycée Jean-Renoir Bondy/
Créteil
Public 85 4 6
Lycée Saint-Joseph Thônes/
Grenoble
Privé 98 4 7
Lycée Edgar-Poe Paris 10/
Paris
Privé 100 4 6
Lycée Sainte-Cécile Albi/
Toulouse
Privé 100 4 4
Lycée ORT (général et techno.) Villiers-le-Bel/
Versailles
Privé 100 4 6
Lycée Saint-Dominique Pau/
Bordeaux
Privé 98 3 8
Lycée Godefroy-de-Bouillon Clermont-Ferrand/
Clermont-Ferrand
Privé 96 3 7
Lycée Ambroise-Croizat Moutiers/
Grenoble
Public 97 3 4

(1) Valeur ajoutée sur les taux de réussite au bac 2014.
(2) Valeur ajoutée sur la capacité du lycée à garder ses élèves de la première au bac 2014.