1. Lycéenne en Maison familiale rurale : "ici, c'est comme une famille"
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Lycéenne en Maison familiale rurale : "ici, c'est comme une famille"

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Coline, 19 ans, en terminale professionnelle à la Maison familiale rurale de Monteux (84). // © Corine Brisbois/Divergence pour l'Etudiant
Coline, 19 ans, en terminale professionnelle à la Maison familiale rurale de Monteux (84). // © Corine Brisbois/Divergence pour l'Etudiant

Depuis deux ans, Coline suit une formation en alternance de laborantine dans une Maison familiale rurale. Après avoir tenté un CAP petite enfance, qui ne lui convenait pas, elle a finalement trouvé sa voie.

"Mon parcours scolaire a été très chaotique. Seules les classes de 6e et de 5e ont été tranquilles. Dès le début de la 4e, j’ai décroché. Je ne suis allée en cours que quelques jours, ensuite pffffftt ! Je me suis volatilisée ! J’ai tout arrêté.

Ma vie familiale était un désastre. Mes parents, divorcés à l’époque – depuis, mon papa est décédé –, ne s’occupaient pas de moi. Ils n’ont jamais su que je séchais. Cette année-là, j’ai fait toutes les bêtises possibles. J’allais mal. Je plongeais dans une grosse et grave crise d’adolescence. Je décrochais. Et puis, ce qui devait arriver, arriva : à la fin de l’année, mes parents ont découvert le pot-aux-roses. Ma mère m’a envoyée en foyer pour jeunes en difficulté : interdiction de sortir, obligation d’aller au collège.

Voyant ma situation, le principal a conclu un accord avec moi : j’étais obligé d’aller en classe deux jours par semaine. En échange, je devais effectuer un maximum de stages pour trouver ma voie. C’est ainsi que j’ai testé le toilettage pour chiens, la restauration, la fabrication de chocolats, la crèche, l’école maternelle… C’est la petite enfance que j’ai choisie. L’année suivante, j’ai passé un CAP [certificat d’aptitude professionnelle] de cette spécialité. Mais, le diplôme en poche, j’avais déjà changé d’avis."

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"Le côté protecteur de l’équipe m’a séduite"

"J’ai cherché une autre piste, et ma mère, ayant suivi une filière scientifique, m’a parlé de ses études. En feuilletant des documents sur l’orientation, je suis tombée sur la présentation du métier et de la formation de laborantine. J’aime bien le contact avec les gens et je suis minutieuse, deux qualités essentielles pour travailler dans un laboratoire d’analyses médicales.

Ce bac professionnel était proposé dans la Maison familiale rurale La Denoves de Monteux [dans le Vaucluse]. C’est un peu loin de chez moi : je mets une heure pour y aller, mais ça va. Je partage les frais de covoiturage avec une copine…

J’avais 17 ans quand j’ai découvert cet endroit magnifique lors des journées portes ouvertes du lycée. Les gens m’ont paru super accueillants et chaleureux. Le côté protecteur de l’équipe m’a séduite ; l’idée d’être cadrée, entourée, surveillée… Oui, cela peut sembler étrange, mais c’est la réalité. Comme je n’avais pas été assez entourée dans mon enfance et mon adolescence, j’en avais cruellement besoin. Je manquais de limites."

"Je n’ai jamais eu de problème de discipline"

"Mes parents ne se sont jamais inquiétés de savoir où j’allais, si je me rendais en cours, si j’ouvrais mes cahiers le soir. À la Maison familiale, les adultes s’occupent de nous : ils veulent savoir comment on va, si on étudie, si on comprend les cours. Au moindre problème, ils sont là, attentifs et aux petits soins.

Mais ce n’est pas l’anarchie ! Au contraire, les règles sont strictes. Il faut suivre le règlement, ne pas faire n’importe quoi. Si vous avez trois retards en classe, vous avez un rappel à l’ordre, et après trois rappels à l'ordre, vous êtes exclu de l’école durant trois jours. Je n’ai jamais eu de problème de discipline. C’est une chance d’étudier ici. Je ne veux pas gâcher ce bonheur."

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"Nous sommes 150 : tout le monde se connaît et on s’entend bien"

"Je suis ma formation en alternance : je passe deux semaines dans un laboratoire à Aix-en-Provence [13] et deux semaines à la MFR. Ce rythme me convient. Et puis j’ai besoin d’argent pour payer l’école, qui coûte 2.000 € par an, et mes frais de covoiturage.

Il y a des différences avec un lycée classique, à commencer par les professeurs. Ce sont des formateurs et ils ne s’adressent pas à nous comme si nous étions des bébés ou un troupeau de moutons. Je sens qu’ils s’intéressent à chacun d’entre nous.

Ils ne veulent pas qu’on lâche nos études. De toute façon, ça ne risque pas. C’est une petite structure, environ 150 élèves : tout le monde se connaît et on s’entend bien. Dans ma classe, six d’entre nous suivent les matières professionnelles et, en cours magistral, nous sommes 25, avec les élèves du bac professionnel animalerie."

"Les enseignants estiment que tout le monde peut réussir"

"Étudier ici, c’est extra ! Les enseignants prennent du temps avec nous, nous posent des questions. De notre côté, dès que ça ne va pas, on peut les interroger. Pour les notes, c’est pareil. Personne ne nous casse avec des mauvaises notes. Si quelqu’un rend une copie blanche parce qu’il n’a pas compris, on ne lui mettra pas de zéro : on lui laissera une seconde chance. Pourquoi ? Parce que les enseignants estiment que tout le monde peut réussir et que donner des mauvaises notes ne sert à rien, au contraire ! Ils nous encouragent à comprendre et à recommencer plusieurs fois un exercice pour y parvenir.

Madame Bourgeat, l’une de nos formatrices, nous répète que nous allons obtenir notre bac. Elle nous donne des exemples de sujets des annales et nous pousse à apprendre des choses précises. Franche­ment, c’est une super méthode. Vous vous dites : 'Eh bien ! oui, c’est vrai, ce n’est pas si difficile ! Je vais y arriver !'

"Nous faisons le bilan régulièrement avec notre formateur référent"

"Chaque élève est encadré par un formateur référent. C’est avec lui que nous faisons le bilan régulièrement. On expose nos problèmes. On raconte notre vie s’il le faut. L’année dernière, j’ai eu un problème de santé. C’est à ma référente que j’en ai parlé, pas à ma mère…

Cette personne sait aussi comment on travaille en entreprise : elle nous rend visite sur place. De la même façon, tous les vendredis après-midi, nous faisons le point : 'Avons-nous eu des difficultés ? Tel cours nous semblait-il compliqué ?'

Toutes les facettes de la vie en collectivité sont abordées, à l’internat par exemple. C’est aussi ce jour-là que nous passons la serpillère. J’ai oublié de vous dire que nous avons des tâches quotidiennes de ménage. Mais le vendredi, on met les chaises sur les tables et zou ! On laisse la maison jusqu’au lundi matin !"

"C’est comme dans une famille, sauf que celle-là on l’a choisie"

"Les journées de cours passent vite. Nous avons des séquences de travail de cinquante minutes, suivies de cinq minutes de pause. Pendant ce laps de temps, nous pouvons nous détendre, marcher, discuter. Les pauses sont nombreuses mais courtes. Cela aide à la concentration.

La vie quotidienne est aussi marquée par les activités. La majorité d’entre nous sommes internes ou demi-pensionnaires. Deux jours par semaine, nous avons des veillées : nous nous retrouvons au foyer, après le dîner, avec un formateur. Nous faisons du sport, regardons un film ou jouons à des jeux de société.

Le mercredi soir, les élèves majeurs de l’internat, dont je fais partie, ont le droit de dîner à l’extérieur, mais il est impératif de rentrer dormir ici. À 21 h 30, nous devons être dans nos chambres et le surveillant passe faire l’appel. C’est comme dans une famille, à la différence que celle-là nous l’avons choisie. Nous nous soutenons, nous nous encourageons. Nous sommes à égalité.

Ce qui m’intéresse surtout, ce sont les activités à l’extérieur. L’année dernière, nous sommes partis à l’étranger avec le dispositif Erasmus. J’avais choisi Amsterdam. C’était génial ! Nous y avons passé trois semaines.

Chacun avait un petit travail et nous étions autonomes : nous logions dans un appartement et nous organisions notre emploi du temps, nos repas. J’ai réappris à faire du vélo ! Avec mes problèmes personnels, je n’y arrivais plus. Un formateur a pris le temps de me réapprendre. À la fin du séjour, je pouvais lâcher le guidon. C’est comme si j’avais repris totalement confiance en moi."

Étudier dans une MFR

Au nombre de 430, les maisons familiales rurales forment, chaque année, près de 100.000 jeunes, de la quatrième à la licence professionnelle (bac + 3).

Depuis leur création, il y a quatre-vingts ans, celles-ci pratiquent une pédagogie de l’alternance avec des semaines en entreprise entrecoupées d’autres à l’école. Une MFR compte en moyenne 150 élèves, qui sont la plupart du temps internes. Tous les élèves participent à la vie de l’établissement, à des projets collectifs et citoyens. Ils sont en majorité inscrits dans des classes sous statut scolaire dépendant du ministère de l’Agriculture.

Pour postuler dans une filière professionnelle, au sein d’un tel lycée, il faut prendre contact directement avec la direction de l’établissement ou se rendre à ses journées portes ouvertes.

L’inscription, en fin de troisième, passe par la procédure Affelnet.

Au préalable, renseignez-vous auprès de la direction de la MFR pour connaître le nombre de places disponibles et votre motivation. "Il est important d’adhérer au projet éducatif", indique Mireille Mus, directrice de la MFR de Monteux, où étudie Coline notre témoin.