1. Marie-Christine, en lycée professionnel des métiers de la mode : "J'apprends un métier, c'est concret"
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Marie-Christine, en lycée professionnel des métiers de la mode : "J'apprends un métier, c'est concret"

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À 17 ans, Marie-Christine est en terminale métiers de la mode au lycée professionnel des métiers de la mode et du vêtement Marie-Laurencin, à Paris, dans le 10e arrondissement. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant
À 17 ans, Marie-Christine est en terminale métiers de la mode au lycée professionnel des métiers de la mode et du vêtement Marie-Laurencin, à Paris, dans le 10e arrondissement. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant

Marie-Christine prépare un bac professionnel dans le secteur de la mode et du vêtement. Sérieuse et assidue, elle est passionnée par cet univers qu’elle découvre également lors de ses stages.

"Au collège, j’étais une élève moyenne avec des difficultés de compréhension. Mais je n’étais pas en échec non plus, je suis sérieuse. J’aimais bien les arts plastiques, je dessinais beaucoup chez moi et en cours aussi. Dans ma famille, il n’y a pas d’artistes, mes parents sont restaurateurs, ils tenaient un restaurant traiteur asiatique.

À l’issue de la troisième, le conseil de classe a décidé que je n’irai pas en seconde générale mais dans un lycée professionnel. Cela m’allait, j’étais d’accord parce que je voulais apprendre un métier sans faire de longues études. Quand il a fallu trouver une idée, j’ai hésité entre la restauration et la mode. Je n’ai pas choisi la restauration parce que c’est un métier que je connaissais déjà un peu. Il m’arrivait d’aider mes parents. Alors que la mode, c’était un tout autre univers, quelque chose de complètement nouveau qui me plaisait et m’attirait."

"Au début, j’étais impressionnée : cela change complètement du collège"

"Les premiers jours au lycée professionnel ont été compliqués. Je préfère le dire. Cela change tellement par rapport au collège ! J’étais perdue. C’était un autre univers, il y a des salles de classe et des ateliers. Mais les professeurs sont attentionnés et nous expliquent tout, simplement, même plusieurs fois s’il le faut.

La semaine est partagée entre des cours en ateliers et des cours généraux de mathématiques, de français, d’histoire, d’économie-gestion, d’anglais et de gymnastique. Il y a autant d’heures d’enseignement général que d’enseignement professionnel. Les matières sont aussi nombreuses qu’en lycée général. La seule différence, c’est l’absence de seconde langue étrangère. L’emploi du temps est chargé.

Deux jours par semaine sont dédiés aux travaux en ateliers de couture. "C'est très intense, prenant et très intéressant", souligne Marie-Christine. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant
Deux jours par semaine sont dédiés aux travaux en ateliers de couture. "C'est très intense, prenant et très intéressant", souligne Marie-Christine. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant

Il ne faudrait pas croire que les études en lycée professionnel sont plus faciles et destinées aux moins intelligents. Nous apprenons autrement, nous étudions des choses différentes mais tout aussi intensément. Nous découvrons des matières comme la gestion et les risques liés au métier. C’est compliqué, avec des dizaines, des centaines de termes à connaître par cœur. Ce qui m’a étonnée au début, c’est la distribution des matières par professeur. La professeure d’histoire enseigne aussi le français."

"En seconde professionnelle, on nous initie aux bases du métier"

"Dès les premières semaines de la seconde, on nous enseigne les bases des métiers de la mode. J’ai appris à coudre, à me servir de la machine à coudre, j’ai étudié le vocabulaire technique. Il y a beaucoup de choses à savoir : comment dessiner un patron, calculer, noter les mesures en fonction des tailles, choisir les matières, connaître les particularités et les modes d’entretien des tissus, marier les couleurs et les matières. C’est assez technique. Je suis quelqu’un de manuel, j’aime bricoler, dessiner. J’ai besoin que ce soit concret. Alors étudier pour apprendre à fabriquer et réaliser des vêtements, cela correspond bien à ce que j’aime !"

"J’apprends un métier de création, c’est super !"

"Comme nous passons la moitié du temps en travaux pratiques, nous avons vraiment l’impression d’apprendre un métier. Chaque année, nous travaillons sur un thème. Cette année, c’est le thème des quatre éléments. Chaque élève doit réfléchir au sujet, effectuer des recherches sur Internet, dans des livres ou lors de visites dans les musées.

Visites d'exposition, de musées, participation à des concours et compétitions… Marie-Christine doit aussi enrichir ses connaissances en dehors du lycée. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant
Visites d'exposition, de musées, participation à des concours et compétitions… Marie-Christine doit aussi enrichir ses connaissances en dehors du lycée. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant

Nous pouvons aussi imaginer à quoi nous font penser l’eau, le feu, l’air et la terre. C’est instructif parce que c’est très varié. Nous ne restons pas assis sur notre chaise en classe à attendre, passivement. Nous sommes actifs et créatifs. Tout est bon pour inventer, pour imaginer. Bien sûr, il faut avoir de l’imagination, mais il faut aussi avoir un cadre, écrire ce qu’on imagine et faire en sorte que le vêtement tienne bien, soit confortable, lavable, portable ! Je m’amuse. Et nous visitons des expositions, nous allons au musée de la Mode, nous regardons des tableaux…"

"Les stages nous plongent dans la vraie vie !"

"Les immersions dans les entreprises permettent de comprendre et de voir concrètement ce qu’on fera plus tard. Les stages sont nombreux, plusieurs en trois ans. Je trouve ça bien de voir de nos propres yeux quel peut être notre métier. Nous pouvons aussi découvrir ce que nous n’avons pas envie de faire dans la profession. Ce n’est pas comme si quelqu’un nous le racontait.

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En seconde, j’ai fait deux stages dans des ateliers de couture à la chaîne à Pantin et à Aubervilliers, en banlieue parisienne. C’était long, il fallait travailler vite, couper des fils, mettre des étiquettes. J’avais un peu mal au dos à force de rester assise pendant des heures. Les entreprises m’ont dit que je réussissais bien et que j’étais rapide. J’étais contente.

Comme tout allait bien, j’ai eu un peu de temps libre et j’ai pu confectionner des vêtements. J’ai cousu un short, des jupes et des débardeurs. C’est génial de porter ou d’offrir des habits que j’ai fabriqués ! Lors du deuxième stage, j’ai encore progressé en vitesse. Même si j’y arrive bien, je ne crois pas que je pourrais travailler à la chaîne toute ma vie.

Outre les enseignements techniques, Marie-Christine apprend aussi à monter un dossier technique avec mesures, matières, tissus et dimensions. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant
Outre les enseignements techniques, Marie-Christine apprend aussi à monter un dossier technique avec mesures, matières, tissus et dimensions. // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant

Le stage que j’ai préféré, c’est celui que j’ai effectué en classe de première. Je l’ai fait chez une couturière qui confectionne des costumes. C’était génial ! Elle fabrique des costumes pour les carnavals et les fêtes. Elle travaille pour des particuliers. Ce sont des pièces uniques sur mesure. Le client demande ce qu’il veut, il apporte parfois un dessin et la couturière explique ce qui est possible. J’ai énormément appris. J’ai par exemple participé à la création d’un costume de Louis XIV avec le gilet, la veste et le pantalon."

"Pour réussir, il faut être imaginatif et travailleur"

"Les enseignants nous poussent à progresser, à inventer, à être assidus en cours et responsables. La présence compte énormément. C’est comme quand on est en stage, il faut arriver à l’heure. Je ne rate pas trop de cours. Je veux y arriver. Les professeurs nous encouragent à aller plus loin, à être ambitieux. Et c’est plus détendu qu’au collège.

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Avant j’étais très timide, je n’osais pas poser de questions quand je ne comprenais pas. Maintenant j’ose demander et je comprends mieux. Il faut dire que nous ne sommes pas nombreuses en classe, une quinzaine seulement. Nous nous connaissons bien, tout le monde s’entend avec tout le monde et il n’y a pas de problèmes. Nous n’avons pas trop de pression.

Ce que j’apprécie, c’est que les notes soient données au fur et à mesure, en contrôle continu. Nous n’aurons pas de grosse surprise au bac. Nous savons où nous en sommes. Si on travaille régulièrement, il est possible de réussir. Nous pourrons continuer en études supérieures, d’ailleurs c'est le cas de la majorité des bacheliers.

J’ai plein de projets. Je veux découvrir un autre pays, voyager. Ou alors j’essaierais de rentrer dans une école d’art ou de management. Je veux créer mes propres lignes de vêtements et les commercialiser. Pour cela, il faut que j’apprenne à être une femme d’affaires."

Voie professionnelle, mode d’emploi

Elle concerne 665.000 élèves, soit un tiers des lycéens. Jusqu’à maintenant, lorsque les élèves de troisième s’orientaient en lycée professionnel, ils choisissaient leur spécialité parmi une centaine de métiers. À partir de septembre 2019, ils sélectionneront une "famille de métiers". Le but est de se spécialiser plus progressivement, en fin de seconde. Ces "familles" regroupent plusieurs spécialités dont les compétences professionnelles sont communes ou proches. Les lycéens auront le choix entre une quinzaine d’entre elles, qui seront entre autres : métiers de l’aéronautique ; métiers de la réalisation de produits mécaniques ; métiers du numérique et de la transition énergétique ; métiers de la maintenance des équipements industriels et des véhicules ; métiers du pilotage d’installations automatisées ; métiers des industries graphiques et de la communication ; métiers du bois ; métiers de l’hôtellerie-restauration, du tourisme… Certaines spécialités, très spécifiques, garderont leur cursus à part.
Un test en seconde. Les élèves passeront un "test de positionnement" en français et en mathématiques. Il n’est pas destiné à sélectionner mais à évaluer le niveau des élèves afin que les professeurs adaptent les enseignements.
La suite des études. Après un bac professionnel, les diplômés peuvent travailler ou poursuivre des études, en section de technicien supérieur, via un BTS par exemple.