Pourquoi tous les syndicats contestent la réforme du lycée professionnel

Par Nalini Lepetit-Chella, mis à jour le 21 Octobre 2022
5 min

L'ensemble des syndicats d'enseignants publics et privés des lycées professionnels se mobilisent contre le projet de réforme de la voie professionnelle. Ils se disent inquiets des mesures envisagées.

"Cette réforme est une attaque frontale contre la formation de nos jeunes", estime Sigrid Gérardin, du syndicat de l'enseignement professionnel public (Snuep) de la FSU. Comme tous les syndicats d'enseignants de lycées professionnels, ce dernier se mobilise ce mardi 18 octobre, contre le nouveau projet du gouvernement. Selon le ministère de l'Éducation nationale, 9,57% des enseignants du second degré sont en grève, dont 22,94% dans les lycées professionnels.

Cette réforme du lycée professionnel vise à en faire "une filière d'excellence et plus un choix par défaut", affirmait le ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, Pap Ndiaye, en août, reprenant une position du président Emmanuel Macron. Mais "le peu que nous en savons nous inquiète déjà", déclare Jérôme Fournier, du syndicat des enseignants, l'Unsa.

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Des mesures "non négociables" ?

Une concertation doit être lancée vendredi 21 octobre sur le sujet. Toutefois, les représentants des enseignants indiquent que certaines mesures ont été présentées comme étant "non négociables". Sigrid Gérardin liste ainsi "quatre éléments socles donnés par Carole Grandjean", ministre déléguée chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels :

  • la hausse de 50% des périodes de stage, appelées PFMP (périodes de formation en milieu professionnel) ;
  • la révision des filières proposées dans les lycées en fonction des besoins locaux des entreprises ;
  • la décision en partie au niveau local du nombre d'heures de cours par discipline ;
  • la création d'une demi-journée hebdomadaire "Avenir", en cinquième, pour "découvrir des entreprises de proximité".

Le ministère assure au contraire que "la réforme n'est pas du tout écrite à l'avance, nous allons la faire avec toutes les parties prenantes". Les mesures citées sont "des outils qui vont peut-être se mettre en place", en fonction des résultats de la concertation, attendus fin février ou début mars 2023, ajoute-t-il. Concernant les PFMP, elle confirme qu'"il y aura une augmentation", mais dont l'importance reste à déterminer.

Baisse des heures de cours redoutée

L'alerte des enseignants porte surtout sur le fond des mesures envisagées. Cette réforme s'appuie "clairement sur le modèle de l'apprentissage", analyse Théo Roumier, du syndicat Sud Education, qui estime que le but est à terme de "fusionner les deux".

Augmenter de 50% les périodes de stage revient à faire des bacheliers pros "de la main d'œuvre immédiatement employable" plutôt que "des citoyens éclairés et en capacité de se réorienter", dans un contexte où les attentes des entreprises évoluent, estime Jean-Rémi Girard, du syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur, Snalc.

En particulier parce que cela impliquerait une diminution des heures de cours, selon les syndicats. Si cela affecte la formation générale, "les élèves pourront plus difficilement poursuivre leurs études", commente Jérôme Fournier. "Et les enseignements professionnels ouvrent des champs beaucoup plus importants aux lycéens que les temps en entreprise", poursuit-il.

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Difficultés à trouver des stages

Jean-Rémi Girard cite ainsi le cas des stages de coiffure, où "les élèves passent la majorité du temps à balayer des cheveux et mettre des shampoings dans les présentoirs". "C'est au lycée qu'ils apprennent à faire des coupes", affirme-t-il.

Et une telle mesure poserait aussi une difficulté pratique, selon Jérôme Fournier : "Beaucoup d'élèves ont déjà du mal à trouver des entreprises pour faire leur stage. Augmenter la durée de PFMP implique de trouver plus d'entreprises volontaires, ou de faire en sorte que les entreprises déjà volontaires soient plus disponibles".

Application locale : une "rupture d'égalité"

Quant à la possibilité de décider des volumes horaires de certaines disciplines par établissement, c'est "une ligne rouge, car il y a rupture d'égalité", pour Sigrid Gérardin. "On n'aura plus le même bac pro à l'échelle nationale", complète Théo Roumier.

Le ministère affirme pour sa part qu'il "veillera au caractère national du diplôme". Il s'agirait selon lui de "donner plus de marge de manœuvre aux établissements, notamment sur l'organisation."

Avec la grève, Jean-Rémi Girard espère que "le gouvernement prenne conscience qu'il n'est pas parti dans la bonne direction ni de la bonne manière, au vu de l'unanimité qui existe". Il souhaite aussi que cette nouvelle réforme ne soit pas mise en place dès 2023, afin de faire avant un bilan plus précis de la précédente, mise en place en 2019.

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