Manque d’enseignants : quelles matières sont les plus touchées ?

Par Nalini Lepetit-Chella, publié le 31 Août 2022
6 min

INFOGRAPHIE. L’Éducation nationale peine de plus en plus à recruter des professeurs pour les collèges et les lycées. Mais toutes les disciplines ne sont pas concernées avec la même intensité. La situation s’est en particulier aggravée dans certaines langues et sciences.

Les collégiens et lycéens auront-ils des enseignants dans toutes les matières et dans toute la France, le 1er septembre ? La question se pose vivement en cette veille de rentrée, qui se déroule "dans un contexte de tension inédite pour le recrutement des professeurs", selon les propos tenus par le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Pap Ndiaye, lors de sa conférence de presse de rentrée, le 26 août.

Pour ce dernier, le problème vient surtout de l’"attractivité des métiers de l’enseignement". En effet, 17% des postes ouverts pour les collèges et lycées publics n’ont pas été pourvus lors des concours de recrutement 2022, d’après les résultats publiés par le ministère en juillet. C’est près de trois fois plus qu’en 2021 (6%).

Afin de faire face à ce déficit, les listes complémentaires ont été mobilisées et des contractuels engagés. Mais l’effort nécessaire pour compenser le manque d’enseignants varie beaucoup d’une matière et d’une académie à l’autre.

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Allemand, lettres… et anglais : des langues à la peine

Les difficultés pour recruter des professeurs se sont singulièrement aggravées dans certaines langues, d’après les résultats des concours. L’allemand est en tête, n’ayant réussi à remplir que onze postes ouverts sur vingt avant l’appel des listes complémentaires, contre quinze sur vingt en moyenne entre 2019 et 2021.

Les lettres sont elles aussi en difficulté. Du côté des lettres classique, il s’agit d’un problème persistant, avec huit à neuf postes sur vingt qui restaient à pourvoir cette année, comme les années précédentes. Mais concernant les lettres modernes, la situation empire nettement. Près d’un poste sur six a été laissé vacant par les concours, contre un sur cent en moyenne de 2019 à 2021.

Et en anglais, langue jusqu’ici préservée, près d’un recrutement sur dix (9%) n'a pas abouti. À l’inverse, tous les postes de professeur d’espagnol ont, une fois encore, été directement pourvus.

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La concurrence du privé dans les matières scientifiques et techniques

Les tensions se sont également renforcées dans les "disciplines où les gens peuvent aller travailler dans le privé", notamment mathématiques et technologiques, pointe Laure Cathelain-Menny, du syndicat des enseignants SE-Unsa. Environ un tiers des postes ouverts aux concours n’avaient pas été pourvus en mathématiques et en physique-chimie, en juillet 2022. Une part en forte hausse par rapport aux trois années précédentes, où elle était respectivement de 12% et 7%, en moyenne.

"La physique-chimie, la technologie et certaines disciplines des lycées professionnels – celles qui sont les plus en tension avec le marché du travail." Ce sont également les matières dans lesquelles Pap Ndiaye prévoit "des tensions (…) du point de vue des remplacements" en cours d’année, déclarait-il sur RTL le 30 août.

Toutes les régions ne connaissent pas la pénurie

Les territoires non plus ne sont pas égaux face à ces difficultés de recrutement. Car même si les concours sont nationaux, les professeurs de collège et lycée peuvent exprimer des vœux concernant leur affectation, et les contractuels sont recrutés par les rectorats.

Ainsi, les académies de Créteil et Versailles sont "structurellement déficitaires", analyse Élise Capéran, secrétaire nationale formation du SE-Unsa. Et, "depuis quelques années", "Toulouse, Reims, Bordeaux et Grenoble" ont aussi du mal à attirer les enseignants, précise Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat national des enseignants du second degré (Snes-FSU). Au contraire, l’académie de Rennes, "qui n’a pas des besoins d'un nombre de contractuels aussi élevés, a fait des recrutements qui devraient permettre d’assurer la rentrée", estime l’enseignante.

Pour elle, "le salaire est clairement l’élément déterminant dans la crise actuelle de recrutement", mais "les conditions de travail peuvent aussi décourager, notamment le nombre d’élèves par classe".

Malgré tout, Pap Ndiaye affirmait encore le 30 août, sur RTL, qu’il y avait "tout lieu de penser" que cette rentrée se ferait avec "un professeur devant chaque classe – ce qui n’exclut pas au cours de l’année des difficultés dans certaines disciplines".

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