1. Concours général : les bonnes raisons de le tenter
Témoignage

Concours général : les bonnes raisons de le tenter

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Le lycéen le plus primé de la session 2014, Simon Poggioli, reçoit ses récompenses avec les félicitations de l'invité d'honneur, l'écrivain Marek Halter. // © MEN // © Ministère de l'Éducation nationale
Le lycéen le plus primé de la session 2014, Simon Poggioli, reçoit ses récompenses avec les félicitations de l'invité d'honneur, l'écrivain Marek Halter. // © MEN // © Ministère de l'Éducation nationale

Tous les ans, les meilleurs lycéens de première et de terminale, toutes filières confondues, voient leur travail récompensé par cette épreuve mythique. Des lauréats racontent.

Quel est le point commun entre Jean Jaurès, Georges Pompidou, Charles Baudelaire, Victor Hugo, Pasteur et Éric-Emmanuel Schmitt ? Tous ont été lauréats du concours général, institué en 1744 par l'université de Paris, à l'initiative de l'abbé Legendre, afin de recenser la jeune élite de la nation. La première distribution des prix a eu lieu en 1747.

À l'origine, ce concours ne récompensait que les garçons des lycées parisiens. En 1924, il s'est ouvert aux autres élèves – et aux filles – puis, en 1981, aux disciplines technologiques et, en 1995, aux lycéens et apprentis des lycées professionnels. Son succès ne s'est jamais démenti. Entre 2012 et 2014, la participation a connu une hausse de près de 10 %.

Cette année, 17.140 lycéens dont 1.291 issus de lycées français de l'étranger ont concouru dans 48 disciplines (des mathématiques aux arts plastiques, en passant par la fonderie ou la vente...). Parmi eux, 126 ont reçu un premier, un deuxième ou un troisième prix, 123, des accessits et 90, des mentions. Les premiers lauréats (les trois premiers prix) ont été récompensés, le 11 juillet, avec une cérémonie à la Sorbonne animée par Michel Field, agrégé de philosophie, qui s'était présenté au concours général dans ses années lycée.

Le concours général en pratique

Envie de tenter votre chance ? Voici ce qu'il faut savoir avant de concourir. Si vous êtes lycéens ou apprentis de premières et de terminales générales, technologiques, professionnelles, vous pouvez participer.

Pour vous inscrire, vous devez faire la demande auprès du professeur de la matière dans laquelle vous souhaitez concourir, ou passer par le secrétariat du proviseur. Ce sont vos enseignants qui vous diront si vous avez le niveau pour participer et, s'ils le souhaitent, qui vous entraîneront aux épreuves. Les inscriptions débutent en novembre et sont closes à la mi-décembre.

Les disciplines concernées sont au nombre de 30 pour le concours général des lycées et 18 pour le concours général des métiers. Les sujets sont plus complexes que pour les épreuves du bac (pas de documents, un seul sujet proposé). Surtout, les épreuves sont plus longues : six heures en philosophie au lieu de quatre, par exemple.

Les épreuves s'échelonnent entre la mi-mars et le début du mois d'avril. Les résultats sont communiqués autour du 10 juillet.

Et si vous gagnez ? Vous recevrez un ordinateur portable Acer, une médaille, un diplôme (et la gloire).

Un seul sujet et aucun document !

Pour décrocher une des récompenses, les candidats passent des épreuves écrites ou pratiques selon la ou les spécialités dans laquelle (ou lesquelles) ils concourent. Deux particularités : contrairement au bac, il n'y a qu'un seul sujet et... pas le moindre document.

Troisième prix de philosophie 2014, Roberto André Paiva, élève de terminale L au lycée Henri-IV, à Paris, a disserté pendant six heures sur le thème  : "L'ordre des choses". "J'ai cité Hegel. J'avais lu 'la Préface à la Phénoménologie de l'esprit', mais, à ce niveau-là, il faut essayer de se lâcher au maximum et de s'affranchir un peu des auteurs", conseille-t-il. Au lycée, Roberto avait bénéficié de deux fois deux heures de préparation avec son professeur de philosophie. Tout le monde n'a pas cette possibilité, tout dépend de la disponibilité, de la bonne volonté des enseignants.

Les ES et S n'ont pas eu un sujet de philosophie plus facile avec : "Faut-il toujours saisir l'occasion ?" Le sujet de français était tout aussi ardu : "L'idéal n'est fécond que lorsqu'on y fait tout rentrer. C'est un travail d'amour et non d'exclusion." Sixtine Peyrard, 15 ans, deuxième prix de composition française et benjamine des lauréats du concours 2014, se rappelle : "J'ai parlé de beaucoup de livres que j'avais lus, mais pas de Flaubert alors que la citation était de lui !" Sa professeure de français, au lycée privé Notre-Dame-de-Bury à Margency (95), avoue ne pas l'y avoir vraiment préparée. Elle et Sixtine, qui passera le bac S en juin prochain, sont fières d'avoir rivalisé avec des élèves des grands lycées parisiens, qui arrivent chaque année en tête.

En 2014, Henri-IV accumule 28 récompenses, Louis-le-Grand, 24, et le lycée international de Saint-Germain-en-Laye (78), 11. Les académies les plus primées cette année sont Paris : 80 lauréats ; Versailles (78) : 33 ; Lyon (69) : 11 ; et Nantes (44) : 8, au concours général des métiers.

Au-delà des prix, un réseau

Mais à quoi sert de réussir ce concours ? "C'est d'abord une immense fierté, une grande joie", témoigne Louise Caquelin, deuxième prix de physique de laboratoire en 2011, alors qu'elle était en terminale STL au lycée Jean-Rostand de Strasbourg (67). "Être première au lycée, c'est une chose, mais, là, on change d'échelle, c'est un concours sur toute la France", note-t-elle.

En 2014, comme tous les lauréats, Roberto André Paiva a reçu un diplôme, une médaille et un ordinateur. "J'aurais préféré des livres : un ordinateur, ça se casse, un livre, ça se garde", regrette le jeune homme. Il faut dire qu'il n'en est pas à son premier prix. En 2013, en effet, il avait gagné un deuxième prix en géographie et un troisième accessit en composition française (alors que le français n'est pas sa langue maternelle !).

Cela dit, dans les années 1960, l'État était plus généreux. Anne Lewis-Loubignac, premier prix de philosophie en 1963 et actuelle présidente de l'Association des anciens lauréats du concours général, raconte : "J'avais gagné un voyage au Japon pour assister aux Jeux olympiques de Tokyo [prix aujourd'hui supprimé, NDLR]." Membre de cette association, Louise Caquelin a participé à des rencontres dans sa région avec d'anciens lauréats. "Remporter ce concours donne accès à un fabuleux réseau professionnel", assure l'ex-lycéenne aujourd'hui étudiante à Centrale Lille (59).

Une bourse pour suivre ses études

Une bourse de 7.600 € par an pendant deux ans est aussi accordée, en fonction des revenus des parents, aux lauréats ayant des difficultés financières. Le donateur n'est autre que Jean-Charles Naouri, P-DG du groupe Casino et ancien lauréat.

Baptiste Rossi, primé en composition française, sciences économiques et sociales et en philosophie, en a été le bénéficiaire en 2011. Depuis, ce surdoué est entré à Sciences po Paris et a publié, chez Grasset, à 19 ans, son premier roman, "la Vraie Vie de Kevin". Aujourd'hui, il se prépare à passer un an à l'université Columbia (New York) et à publier un autre roman. "Ces prix m'ont redonné confiance en moi et ont impressionné le jury lors de mon intégration à Sciences po", raconte le jeune écrivain. Comme l'a écrit Maurice Druon, de l'Académie française, le concours général est "le premier témoignage public d'une prédestination".

Simon Poggioli, 17 ans, trois prix au concours général 2014
"Avant, j'étais surtout champion de jeux vidéo !"

Un cumulard, c'est ainsi que l'a présenté Michel Field. Un premier prix en version grecque, un autre en thème latin, un deuxième prix en histoire et un troisième accessit en version latine : Simon est le lycéen le plus primé au concours général de 2014.

Cet élève du lycée privé Stanislas, à Paris, a commencé ses études en Suisse, où il excellait surtout en hockey sur glace et en... jeux vidéo. Après sa seconde, ses parents l'envoient à Stanislas, seul établissement de la capitale qui dispose d'un internat. Mais son niveau est si faible qu'il doit redoubler. "La meilleure chose qu'il me soit arrivé", reconnaît-il. Obligé de se mettre au travail, Simon a mis le même acharnement dans ses études que celui déployé pour jouer à Battlefield.

"Pour le grec, par exemple, comme je n'ai commencé qu'en première, j'ai dû travailler durant les vacances pour rattraper mon retard. J'apprenais un peu de vocabulaire chaque jour", raconte-t-il. Tous deux physiciens, ses parents sont évidemment très fiers de la réussite de leur fils, même s'ils sont un peu étonnés des disciplines qu'il a choisies !