1. Expulsions de jeunes sans papiers : des lycéens toujours mobilisés
Reportage

Expulsions de jeunes sans papiers : des lycéens toujours mobilisés

Envoyer cet article à un ami
Manifestation de lycéens contre l'expulsion d'élèves sans papiers à Paris le 5 novembre 2013 // © Etienne Gless
Manifestation de lycéens contre l'expulsion d'élèves sans papiers à Paris le 5 novembre 2013 // © Etienne Gless

Les vacances de la Toussaint passées, les lycéens étaient moins nombreux à manifester pour récla­mer l'arrêt des expul­sions de jeunes sco­la­ri­sés ce mardi 5 novembre 2013. Mais ceux qui étaient présents place de la République, à Paris, ont fait savoir qu’ils n'oubliaient pas Leonarda et Khatchick. Reportage au coeur de la manifestation parisienne, alors qu'une vingtaine de lycées parisiens étaient bloqués.

"Non à l’expulsion, oui à l’éducation !" Passées la Toussaint et ses vacances,  la mobilisation lycéenne n'est pas défunte. Ils sont encore plusieurs centaines de jeunes Parisiens à battre le pavé sous la pluie et dans le frais, mardi 5 novembre 2013, au départ de la place de la République. Objectif : montrer qu'ils n’ont pas oublié l’expulsion d’élèves étrangers sans papiers. Et que leur capacité d’indignation demeure intacte. 


"Il y a moins de monde", regrette néanmoins Ariane, en classe de première au lycée Maurice-Ravel (Paris XXe), venue avec ses copines Lucie et Jeanne. Petit regret devant la relative faiblesse numérique des troupes, mais indulgence et compréhension envers les absents. "C’est normal : les terminales veulent retourner  en cours parce qu’il y a le bac. Nous, on a plus de temps pour le bac de français."

La lycéenne reste indignée. "Khatchik [l’étudiant de 19 ans en CAP au lycée professionnel Camille Jenatzy à Paris XVIIIe a été expulsé en Arménie le 12 octobre 2013, NDLR]  et mon copain se connaissaient de vue. Cela pourrait très bien être nos amis qui sont expulsés, ça nous fait peur", estime-t-elle.

 
Manifestation et blocages
   

"Il y avait énormément de gens la première fois", soupire aussi Teo, élève en seconde au lycée Gabriel-Fauré (Paris XIIIe). Le lycéen se console en énumérant la vingtaine de lycées bloqués ce mardi. Il explique d’ailleurs volontiers qu’il a participé au blocus du sien avant de venir manifester. "Après avoir laissé entrer les collégiens, on ferme toutes les sorties possibles en empilant les poubelles, les cageots et on reste devant." Le lycéen a pris conseil auprès d’étudiants pour organiser ce barrage. "Pour l’instant, on n’est pas assez autonome", estime-t-il.

 
Leonarda et Khatchik, absents aux cours

 

"On revient manifester après les vacances pour dire qu’on n’a pas oublié", témoigne Laszlo.  Calme, presque sage, cet élève en seconde au lycée Claude-Monet (Paris XIIIe) n’en affiche pas moins une colère sourde en brandissant sa pancarte sur laquelle on peut lire une parodie des propos de François Hollande, alors candidat à l'élection présidentielle de 2012 : "Moi président de la République, j’expulserai des jeunes scolarisés."

Laszlo explique ce qui le révolte, lui et ses potes. "On ne voit pas revenir Leonarda et Khatchik en cours. On ne voit pas venir la régularisation des familles des élèves scolarisés. Par contre, on voit monter une xénophobie et un racisme dans ce pays."

Manifestation lycéenne Päris - 5 novembre 2013 // © Etienne Gless
© Étienne Gless.


Et de rappeler que des récents sondages établissent que deux tiers des Français sont d’accord avec les expulsions des jeunes étudiants. "72 % des Français sont pour une réforme du droit du sol. On est là en tant que résistants, et nous sommes les seuls face à ce racisme qui monte", s’indigne Laszlo.

 
Le poids des réseaux sociaux

 

"Même s’il y a eu un appel des syndicats, on s’est mobilisé de façon très indépendante grâce aux réseaux sociaux, aux SMS", assure Teo. Bien sûr, il y a eu les tracts des organisations de lycéens (la Fidl) des syndicats étudiants (l'Unef) ou d’enseignants (le SNU), voire ceux des partis politiques (Front de gauche, Mouvement des jeunes communistes…). Mais beaucoup de jeunes l’assurent : "Le mercredi avant les vacances, on était peu nombreux à manifester, car les copains et copines n’étaient pas au courant, se rappelle Ariane. Mais dès le lendemain, il y avait des groupes sur Facebook, des messages, et du coup, beaucoup plus de monde les jeudi et vendredi."


© Étienne Gless.


Élèves en seconde au lycée Turgot (Paris IIIe), Louise, Abouchka, Ester, Alexandra et Victoria se sont elles aussi mobilisées via un groupe Facebook qui compte plus de 200 membres : Turgot-Blocus-Manifestation. "Chaque personne qui a reçu un appel à manifester l'a fait tourner auprès des membres de sa classe ou de ses amis", explique le quintette de copines, qui protestent dans la bonne humeur. "On n'a pas eu ce qu'on attendait ! On manifeste pour que tous les élèves, sans papiers ou pas, immigrés ou pas, puissent étudier."


Manifester : pas une première fois

 

"Ce n’est pas notre première manif !" Lucie, du lycée Maurice-Ravel, confie avoir déjà défilé avec le Front de gauche, sa copine Ariane avec des collectifs de sans-papiers. Toutes deux et leurs copines ont aussi arpenté le bitume à l’occasion du Mariage pour tous. Elles s’offusquent qu’on puisse les soupçonner de sécher les cours. "On a beaucoup de copains qui 'manifestent' au chaud en restant chez eux. Nous, on est là dans le froid, proteste Ariane. En ce moment, les jeunes vont à la manif le matin et en cours l’après-midi. Moi, après la manifestation, je retourne en cours !"

De leur côté, Laszlo et ses camarades des lycées Claude-Monet et Gabriel-Fauré confient eux aussi avoir déjà manifesté au moins une fois avant l’affaire Leonarda. Mais c’était pour accompagner leurs parents. "Il y a dix ans, j’avais déjà défilé en faveur des immigrés… en poussette !", s’amuse ainsi Téo.