1. Ma vie de Lycéen : "Je suis la tête de Turc de ma classe"
Témoignage

Ma vie de Lycéen : "Je suis la tête de Turc de ma classe"

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Moqueries, mises à l’écart, insultes dans la cour de l'école et sur les réseaux sociaux, vidéos et photos humiliantes diffusées au plus grand nombre… la vie du souffre-douleur peut rapidement devenir un cauchemar. Comment mettre fin à cette spirale infernale ?

Le drame de Jonathan Destin a récemment ému la France. Dans son livre, Condamné à me tuer (Editions XO), le jeune homme âgé aujourd'hui de 18 ans, raconte son calvaire. Moqué, insulté par ses camarades, Jonathan choisit à 16 ans de s'immoler par le feu. Plongé dans le coma, brûlé à 70 %, il survit et témoigne dans un livre bouleversant.

Un autre récit a récemment ému le pays. Celui de la maman de Marion, 13 ans, qui a raconté au micro d'Europe 1 le suicide de sa fille, retrouvée pendue en février 2013. Menacée de mort par des camarades de classe, l'adolescente a laissé une lettre pour dénoncer le harcèlement qu'elle subissait au quotidien dans son collège. Aujourd'hui, la maman demande qu'une enquête soit ouverte afin que lumière soit faite sur les circonstances du suicide de sa fille.


"J’ai fait une tentative de suicide en terminale"


Ces drames sont l'occasion d'une prise de conscience collective. Regardons autour de nous : nous  connaissons sûrement un(e) camarade de classe souffre-douleur, comme Marie qui a vécu un calvaire depuis la sixième. Inscrite dans un collège privé de Lille, elle est vite devenue la tête de Turc de sa classe, recevant des coups dans la cour devant les yeux de sa sœur, impuissante.

"J’étais bonne élève, j’avais des lunettes, ils me trouvaient grosse et moche et j’étais nulle en sport"
, explique-t-elle, encore très affectée. Les plaintes de ses parents, la voyant un jour rentrer avec des dessins dégradants sur les bras, n’y ont rien fait. "Un jour, le directeur a dit aux élèves concernés de se calmer, mais ça a duré trois jours", raconte-t-elle.

Après quatre années d’enfer, les harceleurs se sont calmés un peu au lycée, mais la jeune femme en a gardé une grande fragilité. "J’ai fait une tentative de suicide en terminale, alors que j’étais une élève brillante. Aujourd’hui, dit-elle d’une voix mal assurée, je souffre d’un énorme problème de confiance en moi, et même si j’ai un 3e cycle universitaire, j’ai du mal à garder un travail."

Il faut savoir que le harcèlement n’est pas un cas isolé. Ce phénomène concernerait environ 10 % des élèves, et a un impact très important sur la vie et la scolarité d'un jeune. Comme le décrivait déjà le rapport Debarbieux en 2011 à l’occasion des Assises sur le harcèlement à l’école, non seulement les brimades entre élèves fragilisent durablement, mais elles ont des conséquences directes sur la réussite scolaire.

Plus concrètement, ces travaux montrent qu’être exposé de façon régulière à des comportements violents altérerait la mémoire, la concentration, les capacités d’abstraction, et favoriserait le décrochage scolaire.


"Il vaut mieux que ce soit un tiers extérieur qui agisse"
Nicole Catheline, auteur de Harcèlements à l’école, Albin Michel, 14,25 €. "Je conseille aux jeunes qui assistent à des scènes de harcèlement de ne pas intervenir directement dans le conflit. Il est préférable qu’ils parlent à un adulte, aux parents, aux enseignants. Car comme dans tous conflits, il vaut mieux que ce soit un tiers extérieur qui agisse. Ce n’est pas balancer de dire quand ça ne va pas, c’est une démarche citoyenne. Il faut sortir du vieux schéma avec d’un coté les enfants, de l’autre les parents. Il n’a plus court depuis bien longtemps. Elle est loin l’époque où les enfants ne prenaient pas leurs repas avec les adultes. Aujourd’hui, enfants et parents peuvent discuter ensemble.
De leur coté, les enseignants doivent prendre le problème à bras le corps : encourager les travaux en groupe en mettant ensemble le harceleur et le harcelé, demander au fort d’aider le faible, favoriser la solidarité dans la classe. Les expériences à l’étranger montrent que tout fonctionne quand la communauté éducative s’engage."

Sommaire du dossier
Harcèlement à l’école : qui sont les victimes ? Harcèlement à l’école : comment s’en sortir Harcèlement à l’école : "Absolument personne ne peut se défaire seul d’un harceleur" Le harcèlement moral se déplace sur les réseaux sociaux Harcèlement à l’école : Il faut avant tout ne pas rester isolé