1. Public ou privé, quel lycée pour vous ?
Enquête

Public ou privé, quel lycée pour vous ?

Envoyer cet article à un ami
Lycées publics et lycées privés peuvent proposer des cours en petits groupes pour revoir certaines notions. // © Sam Edwards/ Caiaimages/ Plainpicture
Lycées publics et lycées privés peuvent proposer des cours en petits groupes pour revoir certaines notions. // © Sam Edwards/ Caiaimages/ Plainpicture

Lycée privé ou lycée public ? Aujourd’hui, les établissements du secondaire privé (collèges et lycées) accueillent un élève sur cinq. Une proportion non négligeable qui renvoie de plus en plus à la question du choix des familles. Choisir oui, mais comment ?

C’est un débat qui agite souvent les familles à la fin de la classe de troisième : aller dans un lycée public ou dans un lycée privé ? La France compte à peine plus de lycées publics que de lycées privés, tous types d’établissements confondus (généraux, technologiques et professionnels), alors que cet écart est beaucoup plus important, en faveur du public, au niveau élémentaire ou au collège. Même si jusqu’à la troisième, vous avez passé toute votre scolarité dans le public, la question pourra donc se poser pour vous d’intégrer un lycée privé à un moment de votre parcours. Mais comment vous décider ? Au-delà des clichés persistants, qui collent à la peau du public comme du privé, l’Etudiant a recueilli les témoignages de lycéens pour vous aider à choisir. Suivez-le guide.

Lire aussi : Le palmarès des lycées 2017

Parfois, le choix se fait simplement parce que l’établissement est le seul à proposer le cursus de vos rêves, près de chez vous ! "J’ai toujours voulu voyager. Je ne serai jamais allée dans mon lycée actuel s’il n’avait pas proposé ce parcours international", explique Justine 17 ans, lycéenne à Saint-Pierre (privé) à Bourg-en-Bresse (01), après toute une scolarité dans le public, et qui a pu partir un an à l’étranger entre sa seconde et sa première.

Environ 1.100 € pour un an dans le privé

Sur quelles autres bases vous décider ? À côté des spécificités du statut lui-même, qui peuvent être un gage de qualité, le critère financier reste l’un des plus importants, puisque dans un lycée privé, vos parents paient, pour votre scolarité, près de 1.100 € pour une année. Un coût minoré (souvent) si vos frères et vos sœurs sont également scolarisés dans l’institution, ou si vous êtes boursier. Mais le secondaire privé accueille encore peu de familles aux faibles revenus : les élèves boursiers y représentent 11,9 % des effectifs contre 28,7 % dans les établissements publics du secondaire. Pour autant, privé ne signifie pas forcément uniformité. "Il y a différents milieux au sein de mon lycée", estime Blandine, 16 ans, en première S au lycée Saint-Érembert (privé) à Saint-Germain-en-Laye (78).

L’exigence scolaire, critère pour départager les lycées

Alice, en terminale ES au lycée Notre-Dame de Strasbourg (privé), a fait tout son collège dans le public. "J’imaginais qu’un lycée privé était forcément un lycée de riches, mais, c’est davantage le côté élitiste qui m’a marquée en arrivant." De fait, c’est souvent l’exigence scolaire qui est avancée pour départager les lycées, le privé ayant une réputation de niveau plus soutenu. "À la rentrée, j’ai découvert que les élèves étaient tous des bosseurs. Ils avaient l’habitude d’être studieux", commente Julien (1), 17 ans, à propos de son année de seconde passée dans un lycée privé de la région parisienne, "l’établissement mettait en avant un taux de réussite au bac de 100 %".

Lire aussi : Le palmarès des prépas

Il n’y a pas que dans le privé que l’on rencontre un certain élitisme : "En première, c’était presque plus dur qu’en terminale, les professeurs nous parlaient déjà de la PACES [première année commune aux études de santé] ou de la prépa", se souvient Clémentine (1), qui a étudié au lycée Hoche, prestigieux établissement public de Versailles (78).

Dans les lycées élitistes, publics comme privés, un certain écrémage s’opère

En fonction de votre niveau et de votre mental, tel établissement vous conviendra mieux que tel autre. C’est ce que Quitterie a fait : après la seconde, elle a préféré quitter le lycée Saint-Érembert pour un autre lycée privé de sa ville, Saint-Augustin : "Je connaissais des amis de mon frère qui avaient peiné en première et terminale, et le conseil de classe du troisième trimestre m’avait conseillée de bifurquer en STMG. J’ai fait appel et ai eu gain de cause, mais j’ai préféré changer."

Le lycée public Hélène Boucher affiche un taux de réussite au bac de 96 % en 2016. // © Emile LUIDER/ REA
Le lycée public Hélène Boucher affiche un taux de réussite au bac de 96 % en 2016. // © Emile LUIDER/ REA

De fait, dans les lycées élitistes, publics ou privés, un certain écrémage s’opère souvent en fin de seconde. Une réalité qui concerne d’autant plus les lycées privés qu’ils ne sont pas obligés d’accepter les élèves dans leurs murs. "Mon lycée veut être au top par rapport au niveau. Le conseil de classe redirige certains élèves vers STMG, mais je trouve que c’est parfois arbitraire, sans lien avec le niveau réel", raconte Alice. "J’ai un ami qui s’était fait 'descendre' lors d’un conseil de classe ; l’année suivante, il a réussi le concours général", renchérit Sacha, dans le même lycée. Rechercher le "bon" lycée à tout prix peut donc avoir un coût personnel, à vous de trouver votre point d’équilibre.

Le suivi individuel dépend des établissements

Autre idée souvent mise en avant, le fait que les lycées privés, parce qu’ils ont plus de moyens financiers, proposent un suivi des élèves plus intense, ou à tout le moins personnalisé. Mais là encore, cela n’est pas si évident ! Les classes, dans le public comme dans le privé, comptent en moyenne un peu plus d’une trentaine d’élèves. Et selon les derniers chiffres du ministère de l’Éducation nationale, les cours en petits groupes sont plus nombreux dans les lycées généraux et techniques publics (54,6 %) que dans les lycées privés (43,3 %). Quant au suivi individuel, cela dépend aussi des établissements. "Si la classe a du mal sur un point, les professeurs proposeront des cours en plus, mais pour tout le monde, commente Alice. Il arrive que certains enseignants ne me répondent pas quand je pose une question."

Autre commentaire de Justine, qui est donc partie un an en immersion aux États-Unis entre sa seconde et sa première, grâce à un partenariat entre son lycée privé et l’association AFS Vivre sans frontières, qui développe aussi de tels partenariats avec des lycées publics : "Le lycée m’a beaucoup accompagnée avant mon départ ; les professeurs veillaient à ma motivation." En lycée public, Fantin, 16 ans, en terminale S au lycée René-Char, à Avignon (26), partage cet enthousiasme : "Les professeurs sont hypermotivés pour nous faire réussir. Ils nous préparent au concours Sciences po. Ils sont très à l’écoute."

Lire aussi : Sciences po : les concours des IEP décryptés

En effet, depuis trois ans au moins, le lycée de Fantin propose d’ailleurs aux élèves de terminale une préparation gratuite au concours de Sciences po, moyennant deux heures hebdomadaires assurées par des enseignants. "Je ne sais pas si j’aurai le concours, mais je me sens plus serein, explique Fantin qui suit ce cours. Les professeurs nous envoient par mail de quoi poursuivre chez nous la préparation, cela fonctionne bien !"

Quid du rythme de travail

Dans les faits, les lycéens du privé soulignent pour beaucoup d’entre eux le nombre important de DST (devoirs sur table). "Tous les samedis matin, nous en avons un ! C’est assez intense", témoigne Blandine. "Il y en a un toutes les deux semaines, et ce dès la seconde", ajoute Sacha. "J’ai comparé mon emploi du temps avec celui de copines qui sont dans le public, explique pour sa part Alice, le mien tourne autour de 38 à 39 heures par semaine, contre 35 heures pour elles. J’ai l’impression qu’on nous met des heures qui ne servent pas à grand-chose pour remplir les trous."

Autre différence notoire, d’après vos témoignages, la façon dont se déroule les fins de trimestre : vous avez, semble-t-il, plus de chance de passer devant vos enseignants, avant ou pendant le conseil de classe, quand vous êtes dans le privé que dans le public, où cette pratique est plus rare. En outre, dans le privé, les entrevues entre vos parents et les enseignants se font souvent à l’initiative des enseignants, et de façon plus systématique que dans le public.

Privilégier le cadre ou l’ambiance ?

Mais ce n’est pas seulement la vie scolaire qui modèlera vos années lycée, le cadre et l’atmosphère de l’établissement joueront également un rôle important ! Ils varient d’un lycée à l’autre, sans que le statut de l’établissement y soit forcément pour quelque chose. Il s’agit parfois d’une question d’échelle… "Je préfère l’ambiance de Saint-Augustin à celle de Saint-Érembert, il y a plus d’entraide entre nous, les élèves sont moins jugeants", souligne Quitterie, qui apprécie son lycée pour sa taille modeste. Le mode de financement des lycées privés permet en outre à certains de développer des infrastructures plus poussées pour leurs élèves : "Dans mon lycée, nous avons des iPad pour la spécialité musique et le matériel dans les disciplines scientifiques est top !", témoigne Sacha. J’ai l’occasion aussi de faire des sports originaux, comme le kayak ou l’escalade."

Au lycée privé Sainte-Geneviève à Versailles, les élèves se retrouvent pour réviser ensemble. // © Laurent Hazgui/Divergence pour l’Etudiant
Au lycée privé Sainte-Geneviève à Versailles, les élèves se retrouvent pour réviser ensemble. // © Laurent Hazgui/Divergence pour l’Etudiant

Autre élément à surveiller, les règles de vie. Tout établissement, public comme privé, possède un règlement intérieur, qui parfois implique le respect de certains interdits vestimentaires. "Ici, il ne faut pas avoir de tatouages apparents, pas de piercings, pas de bretelles visibles, pas de pantalons troués. Une fois, on m’a renvoyée à la maison parce que j’avais troué mon jean, témoigne Justine, qui s’en est accommodée. Finalement, je trouve cela pas si mal, cela nous prépare au monde du travail !" "Dans le lycée privé où j’ai fait ma première seconde, les joggings étaient interdits, mais on ne nous embêtait pas trop quand on en mettait ", explique Julien.

Pour Sacha, la différence entre ses années en collège public et son lycée privé s’est ressentie sur le relationnel : "J’avais plus de liberté au collège, nous étions moins sanctionnés quand nous avions du répondant face aux professeurs ou aux surveillants. Dans mon lycée, parfois je me sens infantilisé, on ne nous laisse pas sortir de l’établissement quand on a une heure de libre", regrette-t-il. Un témoignage à l’inverse de celui de Justine, en lycée privé également : "Ici, on me prend vraiment pour une personne, on me valorise comme futur adulte !"

Lire aussi : Jogging or not jogging ? Point de droit sur ce que vous pouvez porter au lycée

Déterminant dans l’atmosphère générale, le climat en classe peut aussi être un critère différenciant. Selon les témoignages de lycéens ayant fréquenté les deux types d’établissements, celui-ci serait souvent plus studieux dans le privé que dans le public. "Pour moi, le lycée privé convient à ceux qui ont toujours été sérieux, qui sont fatigués par le chahut", estime Julien. "Dans mon lycée, public, il n’y a pas spécialement de bazar, j’adore l’ambiance", nuance Fantin.

Un dynamisme propre à chaque établissement

Côté cadre de travail et animation de la vie scolaire, tout dépendra du dynamisme de votre établissement. Celui de Fantin, public, est assez évident : "Il y a souvent des sorties culturelles, des visites et animations. Chaque année, le lycée organise le carnaval. Et l’année dernière, j’ai pu passer mon brevet de secouriste au sein du lycée !" Depuis sa seconde, Fantin est également parti trois fois à l’étranger. "On essaie d’organiser un bal de promo, mais c’est un peu à nous de tout faire ! témoigne a contrario Alice. À part la kermesse pour les enfants et les collégiens, il n’y a pas beaucoup d’animations…"

Sachez que de nombreux établissements privés proposent aux élèves de s’engager dans des actions de solidarité. "À Saint-Pierre, c’est recommandé de prêter main-forte à l’une des associations présentes au forum du lycée", explique Justine. Idem à Saint-Erembert, pour Blandine : "Nous sommes obligés de nous inscrire au moins à une activité proposée par l’aumônerie. L’année dernière, je me suis investie dans une association d’aide aux migrants ; cette année, j’ai choisi de faire le catéchisme aux cinquième et sixième."

Participant également du cadre, l’aspect confessionnel. Tout ce qui touche à la religion ne concerne évidemment que les lycées privés, et reste basé sur le volontariat dans les établissements sous contrat. "Je suis totalement athée. Dans mon lycée, il y a une messe le vendredi et des cours de catéchisme, mais rien n’est obligatoire", explique Justine. "J’ai dû me faire au début aux croix au-dessus des portes, mais rien dans l’ambiance ni dans les discours ne nous ramène à la religion. Je ne suis pas catholique pour ma part" raconte Alice.

Quelles que soient vos valeurs et envies, sachez en tout cas qu’il est toujours possible d’échanger avec la direction de l’établissement en amont de votre inscription pour vous faire une meilleure idée de ce qui vous attend… il y a forcément un lycée pour vous !

(1) Les prénoms ont été modifiés.

Attention au statut !

Dans l’enseignement privé, deux statuts d’établissement coexistent : les établissements liés à l’État par un contrat (ce qui est possible moyennant au moins cinq ans d’existence), dits "établissements sous contrat", et les établissements "hors contrat". Les premiers, majoritaires, bénéficient d’un contrôle accru de l’État, et sont tenus d’accueillir les élèves sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyance. Leurs enseignants sont rémunérés par l’État, leur fonctionnement est financé en partie par les collectivités publiques. Le contenu des cours est soumis aux mêmes règles et programmes que ceux du public. Les établissements hors contrat sont, eux, contrôlés par l’État uniquement via une inspection administrative et pédagogique, leur fonctionnement et le contenu des cours sont beaucoup plus libres. L’équivalence en termes de niveau n’est donc pas garantie, par exemple.

Quelles modalités d’inscription ?

La majorité des lycées sont présents sur Affelnet, le portail informatique d’inscription en seconde, sauf certains lycées privés, vérifiez bien auprès de l’établissement souhaité. Si les établissements publics sont tenus d’accueillir tous les élèves, sans sélection, qu’ils viennent du public ou du privé, les établissements privés sont libres de leurs modalités d’inscription, à condition, s’ils sont sous contrat, de ne pas baser la sélection sur l’origine, l’opinion ou la croyance des élèves. La plupart des établissements privés disposent de sites Web précisant les tarifs et le calendrier d’inscription. L’inscription se fait généralement sur dossier, suivi par un bref entretien avec l’équipe de direction, souvent en présence des parents. Attention, si vous passez d’un lycée hors contrat à un lycée public, un examen pour vérifier votre niveau vous sera demandé.