1. Réussir autrement au lycée pour surdoués Michelet à Nice
Enquête

Réussir autrement au lycée pour surdoués Michelet à Nice

Envoyer cet article à un ami
Les enseignants sont très à l’écoute de ces lycéens, qui peuvent être hypersensibles et qui n’acceptent pas de ne pas avoir de réponses à leurs questions. // © Laurent Carré pour l'Etudiant
Les enseignants sont très à l’écoute de ces lycéens, qui peuvent être hypersensibles et qui n’acceptent pas de ne pas avoir de réponses à leurs questions. // © Laurent Carré pour l'Etudiant

Depuis 1988, cet établissement niçois privé hors contrat accueille essentiellement des enfants intellectuellement précoces. La pédagogie s’inscrit alors entre vitesse et bienveillance.

Au lycée Michelet, tout va plus vite. En février, les élèves de terminale ont fini le programme de l'année de mathématiques, parfois même, dès janvier. Alors, ils étudient celui de maths sup (première année de classe préparatoire scientifique). Pour ceux qui y sont entrés au niveau du collège (il est possible de s'y inscrire dès le CE1), ils ont même fait leur scolarité de la sixième à la troisième en... deux ans, au lieu de quatre. "Un semestre suffit pour enseigner le programme d'une année de collège", explique Pierre Schorter, directeur de l'établissement. Les élèves, ici, sont en effet des jeunes intellectuellement précoces, trivialement appelés "surdoués".

Lire aussi : Ces lycées où vous réussirez autrement

"J'étais victime de harcèlement au collège"

Depuis bientôt trente ans, le lycée Michelet accueille essentiellement ce profil d'élèves. "Les enfants viennent ici pour deux raisons : ils s'ennuient en cours, trouvent que leurs professeurs vont trop lentement ou bien ils sont victimes de moqueries de la part de leurs camarades", indique Pierre Schorter.

C'était le cas de Gilles, 16 ans, en terminale S. Il a rejoint l'établissement privé Michelet en seconde, après une scolarité en collège public. "J'étais victime de harcèlement scolaire, raconte-t-il, la voix hésitante. Ici, il n'y a pas de problème de ce genre ou, quand il y en a, ils sont gérés rapidement du fait de la proximité que l'on a avec les professeurs : l'établissement est de petite taille." En effet, il y a moins de 100 lycéeens. En terminale, ils sont 21 : 18 en S, 2 en ES et 1 en L. Ils ont des cours en commun et sont séparés pour les enseignements de spécialité.

"Ce qui me plaît ici, c'est l'attention que nous portent les enseignants"

Les professeurs sont sélectionnés par la direction. "Tous les enseignants ne peuvent pas venir ici, assure le directeur. Il faut savoir adapter sa pédagogie à ces élèves précoces, les accompagner. Par exemple, les jeunes n'appliquent pas une consigne si on ne leur explique pas quel en est l'objectif. Il faut que les thèmes abordés soient bien présentés, et que l'enseignant ne prenne pas de haut sa classe."

Ces jeunes ont souvent une grande sensibilité, une faible confiance en eux et, parfois, sont même malheureux. "Ils ont horreur de l'injustice. S'ils s'en sentent victimes, ils sont très difficiles à remotiver", relève Vanna Borgo, professeure de mathématiques dans l'établissement Michelet depuis environ trente ans. Selon Pierre Schorter, ne pas répondre à une question d'un élève relève de la "faute professionnelle". "Certains jeunes vivaient très mal, dans les autres établissements, que les professeurs leur répondent sans cesse : 'ce n'est pas au programme de cette année'. "Ce qui me plaît ici, c'est l'attention que nous portent les enseignants. Ils sont vraiment à notre écoute", confirme Louis, 16 ans, en terminale S.

"Souvent, ces élèves estiment qu'ils n'ont pas besoin de travailler"

Louis a obtenu le score de 151 au test Wisc 4 (test international d'évaluation de l'intelligence pour les enfants de 6 à 16 ans ; la moyenne est de 100 et un enfant est qualifié de précoce à partir de 130) et a quitté son précédent lycée pour des raisons scolaires. "J'avais l'impression que ce que j'apprenais là-bas ne serait pas suffisant pour me permettre d'intégrer une classe préparatoire maths-physique."

"Souvent, ces élèves estiment qu'ils n'ont pas besoin de travailler, car ils se disent : 'De toute façon, je comprends', explique Vanna Borgo. C'est logique car, jusque-là, ça marchait bien ainsi. Alors, je pousse le programme très haut." Il s'agit de ne pas "brider " ces jeunes aux capacités supérieures à la moyenne.

En plus des contenus de haut niveau, les enseignants mettent en œuvre une méthodologie utilisée, par exemple, dans les classes préparatoires : chaque semaine, des "colles" (préparation aux oraux des concours) de deux heures et des devoirs surveillés de quatre heures sont proposés. "Nous sortons des modalités uniformes d'enseignement, indique Vanna Borgo. Nous évitons le bachotage, en les encourageant au contraire à démontrer ce que le manuel leur dit d'admettre. Et nous leur donnons des sujets difficiles pour leur montrer que, eux aussi, ont besoin de travailler."

Fiche d'identité

Lycée Michelet
Nice (06). Établissement privé hors contrat. Créé en 1954. Depuis 1988, spécialisé dans l'enseignement pour les élèves intellectuellement précoces.
Coût
En moyenne 10.000 € par an au lycée.
Conditions d'admission
Avoir obtenu un score supérieur à 130 au test Wisc 4. Des tests de troubles d'apprentissage peuvent aussi être réalisés. L'établissement prend des inscriptions toute l'année.
Effectifs
95 élèves au lycée. Français et étrangers francophones.
Taux de réussite au bac 2016
76,5 %.