1. Enquête : les secrets des petits lycées privés
Enquête

Enquête : les secrets des petits lycées privés

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Petits mais costauds. Chaque année, avec moins de 70 candidats au bac, des petits lycées d’enseignement général privés sous contrat se classent parmi les meilleurs dans les palmarès. Ont-ils trouvé la recette miracle pour faire réussir leurs élèves ? La sélectivité est loin de tout expliquer, le succès de ces établissements tient à beaucoup plus d'ingrédients… La preuve aux  lycées Saint-Joseph à Nay et Henri-Matisse à Montreuil.

Être accueilli dans un petit lycée avec 3 classes de terminales générales peut faire rêver. À Saint-Joseph à Nay (64) comme à Henri-Matisse à Montreuil (93), on mise sur la bonne connaissance des élèves accueillis depuis la 6e, voire le cours préparatoire, la disponibilité des adultes et la discipline.

Qu'ils baignent dans la verdure ou au cœur d'une cité, chaque année, des petits lycées privés sous contrat se distinguent pour avoir permis à tous leurs élèves – une centaine à peine – de décrocher le bac. Ils peuvent également se prévaloir d'un bon "indice de stabilité" de la 1re à la terminale et d'une "valeur ajoutée positive", amenant davantage d'élèves au bac que les statistiques (1) ne le prévoient.

cours d'espagnol en 2nde à Henri-Matisse, Montreuil (93)Cours de Physique-Chimie en terminale S au lycée Saint-Joseph à Nay (64)

Ambiance studieuse en cours de physique-chimie en terminale S au lycée Saint-Joseph à Nay (64), et en cours d'espagnol en 2de à Henri-Matisse à Montreuil (93) // © Isabelle Maradan.

Ont-ils figuré au tableau d'honneur parce qu'ils ne sont pas soumis à la carte scolaire et ne choisissent que de bons élèves ? Pas si simple. D'ailleurs, un même établissement, tel le lycée Saint-Joseph à Nay-Bourdettes (64), peut être porté aux nues sur la base des indicateurs de la session 2011 et chuter dans les palmarès établis à partir des indicateurs de 2012, sans avoir fondamentalement modifié sa politique, son équipe ou ses priorités (lire l'encadré sur Educpros "Palmarès 2013 : les raisons de la chute du lycée Saint-Joseph"). Alors que le lycée Henri-Matisse à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, conforte sa position de bon élève depuis plusieurs années.


Un lycée général uniquement
 

Avec 3 classes par niveau de la 2de à la terminale, ces petits lycées généraux offrent une ambiance que parents, élèves et professeurs qualifient souvent de "familiale". À tel point que les adultes qui y travaillent sont nombreux à y scolariser leurs enfants.

Mais cette atmosphère peut finir par peser. "Une partie des collégiens nous quittent en cours ou en fin de collège pour respirer un autre air, surtout quand ils sont là depuis le cours préparatoire", confirme Pierrick Madinier, chef d'établissement et coordinateur de l'école-collège-lycée Henri-Matisse. "D'autres partent en cours de cursus pour rejoindre la voie technologique ou professionnelle, puisque nous ne préparons qu'aux bacs généraux", poursuit-il.

À Montreuil, parmi les 105 élèves de 2de, 85 étaient déjà là au collège. À Nay, parmi les 80 élèves de 3e, 50 sont passés en 2de dans l'établissement. Excepté ces élèves, les deux lycées gardent donc tous les élèves de 3e pour qui le passage en 2de générale est validé. "Sauf problème de comportement", tempère Yves Ginesta, directeur de St-Joseph, qui reconnaît n'accueillir et ne garder que "des élèves sages". En banlieue parisienne, Pierrick Madinier n'a pas cette exigence. Il croit en la capacité de son équipe à "canaliser des élèves que l'on dit agités".


Un suivi des élèves sur le long terme
 

La bonne connaissance de chaque élève est un atout important, aussi bien pour le lycée des Pyrénées-Atlantiques que pour celui en banlieue parisienne, situé en zone urbaine sensible, au milieu de petits immeubles de la cité des Morillons. Les deux établissements ont aussi en commun d'avoir du temps pour amener les élèves jusqu'au bac. Le Montreuillois les accueille dès le cours préparatoire, puis en 6e. Le collège-lycée Saint-Joseph a au moins 7 ans pour faire réussir ses élèves.

Et, dans les deux collèges, les journées avec 3 heures de cours et du temps pour traîner n'existent pas. Dès le collège, les emplois du temps sont étudiés de manière à prendre en charge les élèves de 8 h ou 9 h le matin jusqu'à 17 h le soir, et même 24 heures sur 24 pour les internes de Saint-Joseph. Le rythme de travail est soutenu et impose une grande régularité.


Des parents investis
 

Tous deux privés sous contrat, ces lycées ont en commun de n'accueillir que des élèves que leurs parents ont souhaité y inscrire. "Beaucoup de parents modestes n'ayant pas fait d'études viennent nous voir pour donner cette chance à leur enfant", observe Pierrick Madinier. Pour l'ensemble des enseignants rencontrés dans ces établissements, cette démarche volontaire révèle un investissement et un souci des parents à l'égard du travail scolaire et de l'éducation de leur enfant. Une implication dont on sait qu'elle pèse lourd et parvient même à faire mentir les déterminismes sociaux.

(1) Ces statistiques sont établies à partir de leur origine sociale et de leurs résultats au brevet, notamment.

"Saint-Jo" a-t-il l'exclusion facile ?
"Souvent, la principale clé de ces établissements, c'est de virer les élèves un peu rebelles ou pas assez assidus dans le travail", avance Michel Hervieu, président de l'association de parents d'élèves FCPE 93. Du côté de Saint-Joseph, 5 élèves de 1re, qui devaient passer leur bac en 2012, ont quitté l'établissement avant. Mais Yves Ginesta, le chef d'établissement n'a prononcé qu'un seul renvoi pour "insulte à professeur". Reste que ces départs expliquent en grande partie que Saint-Joseph ne se trouve plus en haut des palmarès établis par les médias à partir des indicateurs des lycées publiés par le ministère de l'Éducation nationale en mars 2013.


Une pratique religieuse facultative et très discrète
Aucun obligation de pratique religieuse n'est imposée dans ces établissements pourtant catholiques. Dans les Pyrénées-Atlantiques, un enseignement religieux est proposé et des messes sont célébrées à l'occasion des fêtes religieuses. "C'est messe ou récré", résume Yves Ginesta, le directeur. Ces cérémonies accueillent environ 80 volontaires sur les 615 élèves que compte l'établissement. En Seine-Saint-Denis, l'échange religieux est également facultatif et une réflexion autour des valeurs et des relations humaines est proposée aux élèves qui n'y participent pas. Seul obligation : la tolérance à l'égard des croyances religieuses des élèves inscrits dans cet établissement. "La discrimination par rapport à la religion est sanctionnée très sévèrement, comme l'insulte à la religion", précise Pierrick Madinier, chef de l'établissement montreuillois.

Sommaire du dossier
Au lycée Saint-Joseph (64), le sport et la discipline comme leitmotiv Au lycée Henri-Matisse (93), la bienveillance comme clé de la réussite