1. Au lycée Henri-Matisse (93), la bienveillance comme clé de la réussite
Reportage

Au lycée Henri-Matisse (93), la bienveillance comme clé de la réussite

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Le lycée privé Henri-Matisse se situe dans la cité des Morillons à Montreuil (93), dans un tout petit bâtiment blanc et bleu aux allures de très grande maiso,n abritant aussi une école et un collège. Avec 3 classes de 2des, une 1re et une terminale pour chaque série du bac général, ce lycée à taille humaine organise la mixité pour mener, depuis plusieurs années, l'ensemble de ces élèves au succès à l'examen.

“Mes parents m'ont mis là parce qu'ils en avaient marre que je me la pète et que je demande des tee-shirts à 70 €”, confie Cindy, élève de première ES, arrivée en seconde à Henri-Matisse à Montreuil (93), après avoir été au collège privé de Saint-Gervais (93), qu'elle définit comme “bourgeois”. “J'ai commencé ici à réfléchir à la société dans laquelle je vivais en cotôyant des jeunes sympas, issus de milieux beaucoup moins favorisés”, ajoute-t-elle.

À l'image de la Seine-Saint-Denis, dans lequel il est implanté, le collège-lycée Henri-Matisse, au cœur de la cité des Morillons, accueille une population "black, blanc, beur" issus de milieux sociaux et culturels très variés. Une volonté de Pierrick Madinier, chef d'établissement : "Là où certains établissements sont dans la conservation sociale, nous nous sommes dans la transformation sociale". Lorsqu'il examine les candidatures – 6 candidats pour 1 place en 6e –, il s'emploie à "organiser la mixité sociale et l'hétérogénéité des niveaux scolaires des élèves, afin de donner un capital scolaire à des enfants n'ayant pas le même capital de départ".

Venir de la zone urbaine sensible où se situe l'établissement, ou d'un quartier proche, est un indice positif pour une inscription en CP, en 6e ou en 2nde. C'est aussi pour cela que ce lycée général brille, cette année encore, par sa capacité à faire réussir ses élèves au-delà de ce que le niveau scolaire et l'origine sociale de ses élèves permettraient d'en attendre.

En 2012, alors que le taux de réussite attendu était de 95%, 100% des candidats au bac l'ont décroché. Il en est ainsi depuis 2010, et le taux le plus faible enregistré depuis 2007 est de 98%.

Ecole-Collège-Lycée Henri-Matisse à Montreuil (93)

L'école-collège-lycée Henri-Matisse à Montreuil (93) est localisé au cœur d'une zone urbaine sensible // © Isabelle Maradan.

Les pratiques artistiques à l'honneur


Comme son nom l'indique, le lycée Henri-Matisse, fait la part belle aux enseignements artistiques. Pour soutenir leur épanouissement et leur implication, les élèves sont incités à pratiquer le théâtre, la danse, la musique et les arts plastiques. "Parce que l'on ne réussit pas son bac en ne se consacrant à l'étude que dans une visée utilitariste", défend le chef d'établissement. Au final, ces options sont souvent payantes, à en croire les mentions décrochées par 55 des 63 candidats bacheliers de la session 2012, tous diplômés sans passer l'oral de rattrapage.


Ni élitisme ni d'entre-soi

Tous deux médecins, les parents de Louise, qui a quitté Henri-Matisse avec un bac ES mention bien l'an dernier, se souviennent avoir été a priori opposé à l'idée de mettre leurs enfants dans le privé. "Je pensais que c'était forcément élitiste et je ne voulais pas que mon enfant se retrouve dans un cocon avec des "bourges", n'hésite pas à dire Anne. C'était avant que sa fille, alors en 4e dans son collège de secteur, ne soit en souffrance et ne sèche les cours. Sa rencontre avec Pierrick Madinier a été déterminante. "Louise avait 9 ou 10/20 de moyenne, n'était pas du tout scolaire, mais le directeur nous a dit qu'il était là pour accueillir des enfants qu'il pensait pouvoir aider et accompagner, et Louise a été prise", témoigne Anne.


Une ambiance studieuse en classe

 

Dans la classe de Cindy, les discussions entre élèves cessent sans rappel dès que le cours de mathématiques d'Emmanuel Deloges commence. Ils sont pourtant 40 dans la salle. 7 élèves de la 1re L ayant pris l'enseignement de spécialité maths suivent le cours avec les 33 élèves de la classe de 1re ES.

Cours de mathématiques des 1ères ES et L au Lycée Henri-Matisse à Montreuil (93)

Pendant un cours de mathématiques des 1res ES et L au Lycée Henri-Matisse à Montreuil (93) // © Isabelle Maradan.


Pourtant le chef d'établissement du lycée montreuillois ne sélectionne pas uniquement des élèves "sages" comme son homologue du lycée Saint-Joseph à Nay dans les Pyrénées-Atlantiques reconnaît le faire. Il estime plutôt qu'"un élève agité est un élève vivant qu'il nous appartient de canaliser", et il se fait un devoir de laisser sa chance à certains d'entre eux, même après une exclusion d'un autre établissement, comme Anthony, mis à la porte de son internat et déscolarisé pendant deux mois, qui a été admis en 1re ES en octobre dernier. "M. Madinier m'a dit que tout le monde pouvait changer, et qu'au fond de moi il y avait un bon garçon", se souvient précisément le jeune homme. Une chance qu'il n'entend pas laisser passer.
 

Un encadrement des élèves par les adjoints du directeur
 

Outre 9 heures d'enseignement de maths, Emmanuel Deloges est aussi "responsable du cycle terminal", c'est-à-dire présent toute la journée pour suivre les élèves des 3 1res et des 3 terminales. Son collègue de français, Benoît Vardon, fait de même pour les 2des, en dehors de ses 5 heures de cours.

D'après Pierrick Madinier, la recette des bons résultats de son établissement repose en grande partie sur l'encadrement de chaque niveau de classe, ou cycle, par un responsable, presque totalement déchargé de cours pour accompagner chaque élève dans son parcours scolaire et son orientation. Le responsable fait régulièrement le point avec les équipes pédagogiques, qu'il coordonne, s'entretient chaque semaine avec les professeurs principaux, participe aux heures de vie et met en œuvre les projets de classe. Et le chef d'établissement ne tarit pas d'éloges sur l'accompagnement éducatif mis en place dans le cadre de la réforme du lycée.
 

Des devoirs sur table hebdomadaires

"Avec des devoirs sur table en temps limité chaque semaine et le travail régulier à fournir, nous étions bien préparés pour le bac", souligne Louise, aujourd'hui en 1re année de licence de droit à Paris-Assas. Elle se souvient que ses copines scolarisées dans d'autres lycées des environs ont dû bosser davantage avant les épreuves pour le décrocher. "Avec du recul, je me rends compte que comme les profs étaient sévères dans les notes, nous ne pensions pas que c'était gagné d'avance, analyse Louise. J'avais seulement 10-11/20 de moyenne en terminale, et j'ai quand même eu 14/20 au bac, sans avoir été un bourreau de travail."
 

Des professeurs encourageants et disponibles
 

Les professeurs principaux sont également très investis dans le suivi des élèves. Plusieurs fois dans l'année, Violaine Kizirian, enseignante en mathématiques et professeure principale d'une classe de 2de, mène des entretiens avec chaque élève pendant sa pause déjeuner. D'autres enseignants assurent des heures de soutien après les cours. De manière générale, les enseignants sont très disponibles.

"Je n'ai pas le souvenir de sanctions particulièrement pesantes, mais de professeurs très encourageants, qui ne nous dévalorisaient jamais, étaient très proches des élèves et disponibles à la fin des cours pour nous expliquer quelque chose", relève Louise.

C'est cette qualité de relations et d'accompagnement des élèves au sein de son établissement que Pierrick Madinier met en avant lorsqu'il reçoit des familles principalement motivées par la sécurité et l'encadrement qui règnerait ici, ou par l'idée d'échapper à leur collège de secteur.


Vers une certaine liberté pour les lycéens
 

Idyllique le lycée Matisse ? "C'est la prison ici !", lâche Mickaël, élève de 2de. "On a parfois l'impression de quitter nos parents le matin pour aller vers d'autres parents", poursuit-il. Une critique que le directeur entend, reconnaissant "chercher la bonne distance pour être encadrant tout en laissant plus de liberté aux lycéens qu'aux collégiens". Il a confié à Tiphaine Cailleteau, adjointe chargée de la vie scolaire, la réflexion sur des droits spécifiques pour les lycéens. Depuis peu, un espace cafeteria, avec baby-foot et canapés, leur est réservé. Une révolution pour cet établissement qui accueillait uniquement des jeunes filles il y a moins de dix ans.

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