1. Au lycée Saint-Joseph (64), le sport et la discipline comme leitmotiv
Reportage

Au lycée Saint-Joseph (64), le sport et la discipline comme leitmotiv

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À première vue, "St-Jo Nay" a tout d’une colonie de vacances, où l’on se promène à cheval ou en VTT en regardant les Pyrénées. Mais si ce collège-lycée catholique privé sous contrat est très convoité, c’est d’abord parce qu’il est dirigé d’une main de fer. Ambiance studieuse garantie.

Les cavalières du jeudi matin tournent dans le manège. À flanc de colline, des chevaux montés reviennent de la rivière qui coule dans le charmant village rural de Nay, prononcé "Naï"(64), situé près de Pau. Avec la chaîne des Pyrénées aux cimes encore blanchies sur un ciel bleu de mars en toile de fond, le collège-lycée Saint-Joseph a d’abord des allures de centre de vacances.

Sur le côté du cloître en pierre blanche abritant le lycée, de jeunes sportifs crottés et épuisés nettoient leur VTT. Quelques giclées de boue sur le nez, Yves Ginesta, le chef d’établissement, vient de boucler avec eux les 21 km au programme du prochain Trail de la région. Quand il n’élague pas des arbres ou ne participe pas à un conseil de classe, le directeur mouille régulièrement le maillot. "Les sorties VTT sont des moments privilégiés avec les jeunes, parce qu’on parle de plein de choses sur un vélo, en dehors d’un cadre strictement scolaire", explique-t-il.


Retour de la sortie VTT avec le chef d'établissement : les élèves nettoient leur vélo // © Isabelle Maradan.


Des adultes, professeurs inclus, impliqués hors du temps scolaire
 

L’ambiance, souvent qualifiée ici de "familiale", repose beaucoup sur ces relations entre jeunes et adultes hors de la classe. Et si les professeurs font preuve de disponibilité pour le soutien scolaire, certains encadrent également des activités sportives. C’est le cas de Jérôme Sénac, professeur de sciences physiques et ancien judoka de haut niveau. Même disposition enthousiaste pour Céline Ruiz, qui travaille au secrétariat du lycée, où elle a d’abord été embauchée à mi-temps. Tout sourire, elle décline le contenu de son poste polyvalent, entre la surveillance, le CDI, l’animation et le théâtre.


Une sélection par le comportement pour entrer en 6e


Le lycée St-Jo, qui accueille aujourd’hui 660 élèves, dont 200 lycéens en filière générale, a connu des heures plus sombres. Il y a une quinzaine d’années, "nous avions à peine 165 élèves. Nous accueillions tous ceux qui voulaient bien venir et avions une très mauvaise réputation", se souvient un professeur de sport du collège. Désormais, on se bouscule pour entrer dans cet établissement encensé l’an dernier encore par la presse locale et nationale lors de la publication des indicateurs de l’Éducation nationale.

Pour la rentrée 2013, le directeur a déjà arrêté, en mars dernier, sa liste d'élèves de 6e. "Nous avons pris les 105 premiers élèves sages qui sont venus nous voir, plutôt que d’attendre juin pour avoir davantage de dossiers et sélectionner les meilleurs », précise-t-il


"L’équitation attire des jeunes filles sages"

Couplés à de la course d’orientation, de la musculation et du step, l’équitation et le VTT, évalués en cours de formation, peuvent compenser des lacunes dans d’autres matières au bac. "Et l’équitation nous amène surtout des jeunes filles sages", assure Yves Ginesta. St-Jo accueille aujourd’hui un tiers de garçons. À l’instar du sport, l’option "lourde" théâtre, avec un coefficient 6 au bac en série littéraire, attire également des élèves, internes, de toute la région Sud-Ouest.

Centre équestre Saint-Joseph à Nay (64)

L'équitation est l'un des sports pratiqués au lycée Saint-Joseph // © Isabelle Maradan.


"Le prix de l’internat, autour de 200 € par mois, plus les cours d’équitation à 500 € l'année, doivent être discriminants quand même", note Maryse, mère de Chloé, élève de 1re série ES, interne et cavalière. Hors des critères de réductions affichés, la direction fait aussi du "surmesure" après discussion avec les familles.


Tirer vers le haut les élèves en difficulté
 

Mais contrairement à son collègue du lycée Henri-Matisse à Montreuil (93), Yves Ginesta ne fait pas de la mixité sociale une priorité. Il préfère repêcher les jeunes en difficulté scolaire, "à condition qu’ils n’aient pas de problèmes de comportement", bien sûr. "Ces élèves sont généralement tirés vers le haut, parce qu’ils sont peu nombreux dans les classes", constate Marie Charignon, enseignante en philosophie. "Et l’internat y fait beaucoup", poursuit-elle.

La gérante de l’hôtel, situé à 4 kilomètres de l'établissement confirme que la formule a bien fonctionné pour sa fille. "En 4e, elle ne travaillait pas et ses résultats dégringolaient. M. Ginesta l’a prise en internat. Elle a été super bien là-bas pendant 2 ans." Après avoir passé un bac pro et un BTS (brevet de technicien supérieur), la jeune fille est aujourd’hui en licence professionnelle.


Des parents prêts à déléguer l’éducation de leur enfant

Cadres supérieurs de Bordeaux ou de Biarritz, agriculteurs ou employés des villages environnants, quels que soient leurs moyens financiers et leur niveau culturel, les parents d’élèves de Saint-Joseph ont en commun d’avoir choisi cet établissement pour leur enfant. Pour nombre d’enseignants, cette démarche constitue une preuve de leur souci à l’égard du travail scolaire et de l’éducation de leur enfant. D’après Céline Ruiz, "il y a aussi des internes qui sont mal dans leurs familles et resteraient bien avec nous le week-end".


La cour du lycée Saint-Joseph, le soir // © Isabelle Maradan.


L'internat : la carotte…
 

La recette de "M. Ginesta" et de son équipe pour motiver les internes à se mettre au travail ? Hors des deux activités à choisir chaque semaine – parmi kayak, échecs, trampoline et ballade à cheval –, les internes sont d’abord tous en étude surveillée de 17 à 19 heures puis de 20 h à 21 h. Ceux qui ont de bons résultats et que les professeurs jugent assez investis dans le travail gagnent le droit de travailler en étude libre, c’est-à-dire seul dans leur chambre plutôt qu’en étude surveillée. Et la carotte en motive plus d’un, comme Apolline qui interrompt ses révisions dans sa chambre pour expliquer qu’elle "bosse à fond depuis la rentrée pour être en étude libre toute l’année".

Apolline, élève de seconde, interne au lycée Saint-Joseph à Nay (64)

Apolline, élève de seconde et interne au lycée Saint-Joseph, est dispensée d'étude surveillée // © Isabelle Maradan.


… et le bâton


Il faut dire que toute attitude incorrecte débouche sur une "invitation", c'est-à-dire "deux heures de colles", le mercredi après-midi. Et le manque de travail est sanctionné de la même façon pendant les conseils de classe. "C’est injuste, témoigne une lycéenne en série ES, sous couvert d’anonymat. Quand on est en difficulté, ce n’est pas forcément parce que l’on ne travaille pas assez."

Selon la jeune fille, "à force d’être collés tout le temps ou d’avoir trois heures d’études surveillées imposées pour les internes, certains finissent par s’en aller". La lycéenne, comme les camarades qui l’entourent, n’ont pas un nom et encore moins un contact de l’un de ceux que St-Jo aurait découragé. Mais dans le train qui les ramènera chez eux pour le week-end, ils seront plusieurs à confier leur difficulté à supporter la rigueur qui y règne.


Ambiance très studieuse en classe


"Il n’y a plus vraiment de problèmes de discipline au lycée, assure Mme Campané. Une large majorité des élèves présents depuis la 6e a déjà intégré les règles de l’établissement." Dans une salle du 1er étage donnant sur les collines, ses élèves de 2de planchent studieusement sur le coloriage et la légende d’une carte. "C’est une épreuve du bac", chuchote l’un d’eux. Les élèves n’hésitent pas à demander de l’aide ou des explications. L’enseignante délivre ses conseils en souriant.

Un peu plus tard, en sciences économiques et sociales, Mathilde, élève de 1re ES, se tourne pour échanger trois mots avec un camarade. M. Théas-Laban la somme d’adopter "un comportement conforme aux attentes" et l’invite à venir le voir à la fin de l’heure. Derrière le dos de l’enseignant, les mines étonnées soutiennent la jeune fille, mais aucun élève ne se risque à interpeller le professeur.


Une discipline de fer…
 

Un élève de la classe de Mathilde reconnaît ne pas avoir envie "de (se) prendre une belle engueulade de Ginesta ou de Desba". "Froid mais sympa", comme le décrit Thibaut, 18 ans, M. Desba, le conseiller d’éducation, n’hésite pas à dire qu’"un comportement jugé inacceptable peut entraîner une exclusion immédiate". Un élève surpris en train de fumer du cannabis et un interne qui a osé rejoindre le lit de sa dulcinée en ont fait les frais. En dehors de ces cas exceptionnels, "le renvoi est rare et vient après un long processus, lorsque le manque de travail, d’implication ou de sérieux persistent", tempère le conseiller d’éducation.


… reconnue bienfaisante par les élèves
 

Même si les renvois ne sont pas la règle, une certaine crainte semble museler des élèves. "À St-Jo, tu apprends à fermer ta gueule ou tu te casses", croit pouvoir résumer l'un d''eux, précisant immédiatement son souhait de ne pas être nommé. En réaction, une de ses camarades énonce un sentiment mitigé que beaucoup éprouvent à l’égard de leur lycée : "On nous oblige à bosser ici. Mais c’est pour notre bien."

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