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Reportage

Echec scolaire : retrouver l’envie de se lever au LSI pour les élèves "décrocheurs"

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Renvoi, échec scolaire, orientation subie ou mal choisie, problèmes familiaux, psychologiques, sociaux… 130 000 élèves du secondaire quittent chaque année le système scolaire sans diplôme. Après une rupture avec l’école, il est pourtant possible d’y revenir. Alors que la IIe Journée du refus de l’échec scolaire vient de se tenir et que Nicolas Sarkozy a annoncé le 29 septembre des mesures pour aider les "décrocheurs", nous vous faisons découvrir des passerelles qui permettent de "raccrocher".

"Sans le Lycée de la solidarité internationale, je ne sais pas où je serais, assure Jonas Raffet, 17 ans. L’école, ça n’a jamais été mon truc. À un moment c’est devenu l’enfer. En cours, je n’attendais qu’une chose : que ça se termine." L’enfer, pour lui, c’était la 3ème. Avec un mauvais livret, on propose à Jonas une formation de carreleur céramiste ou dans l’hôtellerie, alors qu’il vise un CAP de graphiste ou de photographe.

Fin de la motivation
 

"Tu commences à sécher, sécher, sécher… et tu n’as plus le courage de revenir." Son père, militant dans une association d’éducation populaire, le guide alors vers un lycée public pour "raccrocheurs" qu’il connaît. "Le LSI a reconstruit ce que l’école avait déconstruit, et, notamment, l’estime de soi. Ici, Jonas est devenu acteur de son projet et c’est ce qui lui a donné envie de se lever le matin", se réjouit Patrice Raffet, 2 ans après l’entrée de son fils au lycée.

Retrouver la confiance


Au LSI, Jonas s’est découvert une passion pour l’animation. "En 1ère année, je suis parti 3 semaines pour travailler sur la photo avec les enfants d’une école sénégalaise. Nous sommes restés 2 mois et demi. On faisait aussi de l’aide à la lecture et à l’écriture avec les enfants." Nelly Steunou, prof ici depuis la création de la structure en 2002, est ravie de son immersion dans le "très beau monde adolescent" : "Le projet avec l’Afrique est au cœur de notre travail, car on valorise les compétences acquises à l’école comme à l’extérieur. On travaille aussi beaucoup sur l’autonomie." Sa collègue Anne Contant assume une pédagogie différente du traditionnel : "Surtout au niveau de l’évaluation, car les gamins sont allés d’échec en échec. Ici, nous voyons toujours le verre à moitié plein."

Quitter l’ennui


Pour l’orientation en général, comme en cas de rupture avec l’école, les familles plus favorisées savent, mieux que d’autres, aller chercher les informations et entrent plus facilement en contact avec ces lycées différents. Parmi les "raccrocheurs de lycées", les jeunes de milieux favorisés sont donc davantage représentés. Comme Jonas Djian, qui lance d’emblée : "Mon père est journaliste." Après 2 ans d’internat, il a claqué la porte du collège. "J’étais en 3ème, élève moyen, et j’avais de gros problèmes de confiance en moi. Heureusement que mes parents connaissaient le LSI", ajoute-t-il.

Parfois, c’est en exerçant de petits boulots que certains d’entre eux se rendent compte qu’ils sont capables d’autre chose. Le manque de perspective vient alors remotiver les décrocheurs. C’est l’histoire d’Élodie Lesage, une jeune femme de 20 ans : "Quand j’en ai eu marre de ne rien faire, j’ai travaillé dans une boulangerie. Grâce à cette expérience, je me suis rendu compte que je préférais encore rester en classe et réviser mes cours le soir chez moi." Élodie Lesage avait quitté l’école parce qu’elle avait mal choisi son orientation. "J’étais en BEP activités hippiques et j’ai réalisé que m’occuper des chevaux, ce n’était pas pour moi. Je voulais vivre un peu, plutôt que de me lever aux aurores chaque jour de 18 ans à la fin de ma vie", explique-t-elle.

Des projets plein la tête


Au LSI, Élodie Lesage a repris confiance en elle. Elle intégrera un lycée agricole en septembre 2009 : "Je rentre en BTSA (brevet de technicien supérieur agricole) gestion de la faune sauvage. Après, je veux faire un BTS (brevet de technicien supérieur) gestion et protection de la nature."

Que deviennent les anciens élèves ?

Anne Contant évoque le souvenir d’une autre jeune fille restée enfermée chez elle pendant 2 ans qui est aujourd’hui en master 2 de philosophie. Quant à Nelly Steunou, elle préfère parler de "parcours de vie" plutôt que de diplômes. Ici, on donne aux jeunes le temps de reconstruire un projet après une déscolarisation. Ensuite, ils repartent vers un lycée général ou technologique, un lycée professionnel, ou reprennent une formation qualifiante.

Jonas Djian, 22 ans, ancien élève du LSI, à l’origine d’un chantier au Sénégal autour du basket, s’apprête à suivre une formation de 18 mois en alternance pour décrocher un BP JEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport). L’équivalent d’un bac pro. Mais il poursuit des projets de solidarité en lien avec le lycée. "C’est la pédagogie de valorisation de l’élève du LSI qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui et de trouver ce que je veux faire".

Jonas Raffet, qui a côtoyé le "grand Jonas" lors de ce projet au Sénégal, est aujourd’hui un adolescent comblé. À 17 ans, il suit ses pas en entamant également une formation en alternance pour obtenir son BP JEPS. "J’ai envie de vivre, de tout voir, de croquer la vie." Il y a 2 ans, seul devant sa télé pendant que ses copains allaient au collège, Jonas s’est pourtant demandé ce qu’il allait devenir.


Le Pôle innovant lycéen
Financé pour les 2/3 par la région dans le cadre du dispositif "Réussite pour tous" et pour 1/3 par le rectorat, le Pôle innovant lycéen (PIL) dispose d’un budget de 50.000 €. Situé au sein du lycée professionnel Ponticelli à Paris, le PIL regroupe trois structures adaptées aux besoins des élèves : le LSI (Lycée de la solidarité internationale), le Lien, le Lycée intégral.
> Pôle innovant lycéen - 92, rue Barrault, 75013 Paris, tél. 01.45.88.33.67 


Droit à la formation ou à l'emploi pour les décrocheurs de 16 à 18 ans
A l'occasion de la présentation des principales mesures du plan d'aide à la jeunesse, Nicolas Sarkozy avait annoncé le 29 septembre 2009 qu’un droit à la formation ou à l'emploi serait créé pour les 16-18 ans qui quittent le système scolaire avec l’obligation pour l'Etat de leur assurer un suivi, des conseils et une offre de formation et/ou d'emploi. En savoir plus sur les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy.

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