1. Lycée
  2. seconde
  3. Education nationale - Moins de profs dans des classes plus chargées
Décryptage

Education nationale - Moins de profs dans des classes plus chargées

Envoyer cet article à un ami

Claude Allègre voulait « dégraisser le mammouth ». Luc Chatel délègue cette tâche aux recteurs. Parmi les suggestions pour parvenir à l’objectif de 16000 suppressions de postes, l’augmentation du nombre d’élèves par classe est évoquée dans un document du ministère de l’Education nationale. 

Les recteurs d’Académie ont jusqu’au 14 juin 2010 pour faire remonter au ministère de l’Education nationale « les gisements d’efficience, visant à respecter la contrainte du non-remplacement d’un départ [à la retraite] sur deux pour la période 2011-2013 », comme le précise le document que le ministère de l’Education nationale leur a adressé le 5 mai 2010 et que s’est procuré le Café pédagogique. En clair : il faut supprimer 16 000 postes pour 2011. Et pour « mobiliser les gisements d’efficience », le ministère de l’Education nationale propose à chaque recteur d’académie de piocher dans les « leviers » que lui suggère le document interne.


Rationalisation, optimisation, évolution, réduction

Côté collège et lycée, les moyens envisagés pour faire des économies tournent autour des concepts de « rationalisation », d’« optimisation », d’« évolution » et de « réduction ». A chaque mesure sa petite fiche : rationalisation de la carte des formations en lycée professionnel, rationalisation de l’offre scolaire au lycée général et technologique, optimisation du remplacement dans le 2nd degré, évolution de la taille des classes au collège et du réseau des établissements et réduction du volume des décharges (heures de cours libérées pour permettre aux professeurs de s'investir dans des activités pédagogiques ou organisationnelles au sein de l'établissement). Charge aux recteurs d’identifier les contraintes, les éléments facilitateurs et la méthodologie envisagée pour estimer le « gain proposé en emplois ».

La réforme du lycée, moyen d’économiser des postes d’enseignants

Belle opportunité en la matière : le « tronc commun » prévu par la réforme du lycée pour les classes de 1ère et de terminale. Il offre la possibilité de réunir dans une même classe des élèves des séries ES, L et S pour ces enseignements communs. Au collège également, l’augmentation du nombre d’élèves par classe fait l’objet d’une fiche explicative. Cette mesure est présentée comme l'une de celles qui permettent d'« optimiser l'utilisation des moyens d'enseignements sans dégrader les résultats des élèves ». Et pour ceux qui en douteraient, le document précise qu' « il n'est pas démontré en effet que la taille des classes ait un effet probant sur la réussite des élèves ». Aussi est-il suggéré qu'un établissement de 240 élèves puisse répartir ses élèves de 4e en 9 classes de 29 élèves au lieu de 10 classes de 24.

Un sondage qui tombe à pic

Le sondage CSA / APEL / La Croix publié mercredi 2 juin 2010 dans le quotidien, apporte sa contribution au débat. A la question « Quelles sont les principales raisons pour lesquelles les enseignants ont parfois du mal à affirmer leur autorité ? », 41% des parents d'enfants scolarisées et 41% des jeunes de 15 à 24 ans répondent « leurs classes sont surchargées ». Toujours dans le journal La Croix du 2 juin 2010, Bruno Suchaut, directeur de l’Institut de recherche sur l’éducation (Irédu), spécialiste de la question de l’efficacité des systèmes éducatifs, s’étonne « que cet effort soit exigé dans le primaire et au collège, parce que c’est justement dans ces classes qu’une telle mesure peut avoir des effets négatifs ».

Fermer les petits établissements

Toujours dans un esprit de "rationalisation", la fermeture des petits établissements est également suggérée par le document interne rendu public. « Pas de salut pour les petites écoles ou les collèges de moindre taille. L’aménagement du territoire et l’École de proximité ne sont plus à l’ordre du jour », commente le SE-UNSA, dans un communiqué du 31 mai 2010. Le ministère envisage également de revenir sur les décharges horaires des enseignants qui répondent à des « besoins pédagogiques et organisationnels », comme le soutien scolaire, la chorale ou encore la coordination disciplinaire. « Une fois de plus, c’est la traduction de la mise en œuvre du credo gouvernemental du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite qui fait office de politique éducative », conclut le SNES (Syndicat national des enseignements de second degré), principal syndicat du secondaire, dans son communiqué du 31 mai 2010.

L’imagination des recteurs au pouvoir

« Il n’existe pas d’objectif d’économie défini a priori par levier et par académie », précise le document du ministère. L’imagination est donc au pouvoir. Et chaque recteur d’académie est invité à compléter la liste des pistes identifiées. Visiblement, en matière de réduction de postes, toutes les idées sont bonnes. 

Claude Thélot, qui a présidé la Commission du débat national sur l’avenir de l’École, publie un billet sur ce sujet sur son blog Educpros. Il estime notamment qu’« il ne s’agit donc nullement, comme on feint de le croire, d’envisager une augmentation générale de la taille des classes. Mais de voir (il s’agit bien de « leviers » possibles sur lesquels l’attention du recteur est attirée) s’il n’y a pas des options, dans nos lycées par exemple, où il y a très peu d’élèves et qui pourraient être regroupées : regroupement par niveau, ou dans un seul lycée pour un bassin d’éducation, etc. Ou des classes d’effectif très faible dans certaines parties de notre primaire rural, par exemple qui, là encore, pourraient être regroupées ».

Pour aller plus loin : La réforme du lycée en 2012 / Rentrée 2010 : le lycée sous tensions / Réforme du lycée : l'autonomie imposée aux élèves / Réforme du lycée : si les élèves étaient ministre de l'Education nationale…

Sommaire du dossier
Thomas Piketty : "Les élèves dans des classes moins chargées ont de meilleures notes au brevet"