Alcool, cannabis : signes annonciateurs d’un malaise au lycée ?

Par Camille Neveux, publié le 09 Février 2010
3 min

Les lycéens français ont le blues. La violence les rattrape au cœur même des établissements. Dernier exemple en date, le lycée Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine, où l’agression d’un élève a poussé les professeurs à exercer leur droit de retrait et à suspendre les cours plusieurs jours. D'autres problèmes débordent les élèves : les règles du système scolaire les rebutent, leur consommation d’alcool ou de cannabis est élevée… Enquête sur un malaise larvé et sur les lycéens et les enseignants qui expérimentent des solutions pour le combattre.

Pour certains lycéens, c'est à travers la consommation régulière d’alcool ou de cannabis que ce mal-être s'exprime. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, 38 % des jeunes de 16 ans ont été ivres dans l’année, 3 % au moins 10 fois dans l’année. Les chiffres concernant le cannabis ne sont pas plus rassurants : sa consommation a triplé en France entre 1993 et 1999 pour se stabiliser à un niveau élevé (42 % des jeunes de moins de 17 ans en ont déjà fait l’expérience). "Ce chiffre monte à 54 % à Paris, où il y a plus de tentations, où les moyens financiers sont supérieurs, observe Étienne Apaire, président de la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie). Et 7,3 % de ces jeunes sont des fumeurs réguliers…"


"On commence la clope en cinquième et le teusch en troisième"

Illustration avec ce petit groupe d’élèves de seconde, scolarisés dans le XVIe arrondissement de Paris, au lycée Jean-Baptiste-Say. Cet établissement huppé a accueilli le tournage du film "LOL", héritier du film "La Boum". Alors que le film de Claude Pinoteau décrivait un petit baiser autour d’un verre de grenadine ; aujourd’hui, la jeunesse dorée "se lâche", dit Arthur, 16 ans, entre deux cours. "Nous, on fume du teusch ! s’amuse-t-il. C’est surtout dans les soirées. Il y a en a qui ont le bédo badant, d’autres le bédo rigolo…" Henri, même âge, détaille : "C’est les potes qui nous fournissent. En général, on commence la clope en cinquième et le teusch en troisième. Le shit tourne plus dans les lycées de "bourges", comme chez nous, au lycée Montaigne ou aux Oiseaux. C’est là qu’il y a de l’argent."


"Mes parents, ça leur traverse pas l’esprit que je fume"

Leurs "pétards" circulent un peu pendant l’interclasse, beaucoup en soirée. "C’est toujours le même dealer qui nous approvisionne, on ne sait pas qui c’est, c’est un pote de pote, dit Arthur. On ne sait pas ce qu’il met dedans. On fait confiance à quelqu’un qu’on ne connaît pas…" Baptiste, 16 ans également, préfère, lui, "être bédave que bourré. On fume pour être défoncé, sinon ça sert à rien." Comme lui, Margaux, jolie blonde filiforme, fume du cannabis "plusieurs fois par mois." "Mes parents, ça leur traverse même pas l’esprit que je fume, affirme-t-elle. On parle parfois de la drogue, mais comme si ça ne me concernait pas directement, juste pour me prévenir. C’est quand il y a un reportage à la télé ou un truc du genre… Les parents, ils se préoccupent plus de l’alcool, ça leur paraît plus accessible pour nous."

Articles les plus lus

Contenus supplémentaires

A la Une seconde

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !