1. Quels profs pour quels résultats ?
Décryptage

Quels profs pour quels résultats ?

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Micro-lycée, collège-lycée expérimental, lycée autogéré... Une petite dizaine de lycées dits "alternatifs", publics ou privés, accueillent des jeunes qui ont "décroché" de l'école, mais aussi des élèves bien intégrés, à la recherche de méthodes d'enseignements "différentes". Visite au coeur de ces lycées pas comme les autres, mais ouverts à tous.

Les enseignants des établissements innovants publics sont formés par l'éducation nationale. Mais ils sont recrutés par cooptation : avant d'être nommé sur l'un de ces établissements, un professeur doit en faire la demande, rencontrer l'équipe en place et prouver sa motivation : " Travailler dans un établissement comme le notre demande un investissement considérable reconnaît l'un des professeurs d'anglais du CLE. Les profs doivent prouver qu'ils sont prêts à assumer le double rôle d'enseignant, et d'éducateur ". Dans les établissements privés, les enseignants ont des profils plus variés, avec des formations " maison " ou acquises " sur le tas ".

Fussent-ils différents, tous les établissements cités suivent les programmes scolaires officiels. En revanche, beaucoup d'entre eux ne mettent pas de notes : les évaluations sont orales ou rédigées, mais toujours expliquées directement aux élèves, notamment lors des séances de tutorat. A l'exception des lycées autogérés de Paris (LAP) et de Saint-Nazaire, toutes ces structures ont pour objectif affiché la préparation du brevet et l'obtention du baccalauréat. Avec des taux de réussite au bac très variables. En 2007, toutes séries confondues, ce taux allait de 26% pour le lycée public autogéré de Paris à 80% pour le CLE et même 92% pour le Lycée pilote innovant de Jaunay-Clan (Vienne); ce dernier parvenant même à dépasser, et de loin, la moyenne nationale.
Tous lycées confondus, le taux moyen de succés varie ainsi de 50 à 60% suivant les années.

Avec de telles performances, comment expliquer que des jeunes soient prêts à faire des kilomètres pour préparer leur bac dans l'un de ces établissements ? " Il ne faut pas nous juger en se basant uniquement sur le taux de réussite au bac explique Eric de Saint-Denis. Les établissements à pédagogie innovante accueillent tous les profils d'élèves à la seule condition qu'ils soient motivés : en plus des élèves sans problème particulier, nous acceptons beaucoup de jeunes en difficulté avec leur scolarité, auxquels le système classique n'apporte aucune solution. Nous ne pouvons donc pas avoir les mêmes résultats que les établissements traditionnels, qui " sélectionnent " plus les élèves. Mais nous ne laissons pas dans la nature ceux des élèves qui ont raté le bac : soit ils redoublent chez nous, soit nous les aidons à préparer un nouveau projet d'orientation".

"Bons" ou "mauvais", la plupart des jeunes sont susceptible de s'épanouir dans ces lycées pas commes les autres. C'est en tout cas l'avis de Marie-Laure Viaud, chargé de recherche à l'INRP : " Les établissements de type Freinet, notamment, conviennent à tous les jeunes. Mais ce n'est pas forcément le cas des structures autogérées. Leur mode de fonctionnement, et la libre fréquentation des cours supposent de la part des élèves une grande maturité et une grande capacité à se prendre en charge. Ceux qui ont interrompu leur scolarité pendant un ou deux ans mais qui souhaite passer leur bac, trouveront plus leur place au Micro-lycée de Sénart ou Lycée public du temps choisi à Paris ".

Et après ? Pour les élèves issus des établissements publics, les possibilités d'orientation post-troisième ou post-bac sont exactement les mêmes que celles de leurs camarades des structures classiques. Du côté du privé, le bac obtenu a la même valeur que celui du public : un bon dossier pourra ouvrir les portes des établissements sélectifs. Ainsi le Lycée International Montessori de Bailly (78) peut se vanter de compter trois anciens élèves à l'Université Paris Dauphine et à Sciences po. Et après ? La seule étude récente réalisée sur l'un de ces établissements, en l'occurence le Micro-Lycée de Sénart, montrait que les jeunes ayant obtenu leur bac dans ce lycée connaissaient un taux de chômage légèrement inférieur à la moyenne nationale : pas mal pour des élèves qui, pour la plupart d'entre eux, étaient jugés "irrécupérables" par les lycées traditionnels... Surtout, si on en croit les témoignages d'anciens élèves, l'autonomie et la confiance en soi développées dans ces lycées pas comme les autres constituent un bagage inestimable pour toute leur vie d'adulte.

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