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Décryptage

Nicolas Sarkozy dévoile ses mesures pour lutter contre les violences scolaires et l’absentéisme

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Face aux inspecteurs d’académie, préfets, procureurs généraux et recteurs invités à l’Elysée le 5 mai 2010, Nicolas Sarkozy a présenté durant une heure  une série de mesures destinées à lutter contre les violences à l’école et l’absentéisme. La plupart d'entre elles avaient été annoncées par Luc Chatel, ministre de l'Education nationale lors des Etats généraux de la sécurité à l'école.

« De toutes les violences qui ont cours dans la société, celle qui frappe nos établissements scolaires est sans doute l’une des plus scandaleuses », a affirmé le Président de la République au début de son intervention, avant d’ajouter quelques minutes plus tard que « la question [n’était] pas de choisir entre la répression ou la prévention (…) Il faut agir de façon cohérente et concertée, sur tous les fronts à la fois. Car il n’y a pas une cause unique à la violence scolaire, mais de multiples causes ».
 

Rétablir l’ordre et l’autorité
 

Après un préambule autour de la nécessité de restaurer les notions de « respect » et d’« ordre », pour que l’école soit un lieu où les enseignants et élèves se sentent « libres de progresser et de travailler », le chef de l’Etat a décliné son plan pour lutter contre les violences à l’école et l’absentéisme.
 

Renforcer l’action concertée de la Justice et de l’Education nationale
 

En premier lieu, Nicolas Sarkozy a assuré qu’un diagnostic de sécurité serait réalisé dans chaque établissement d’ici à la fin de cette année scolaire. Prévus par le plan de sécurisation scolaire de Luc Chatel, ministre de l’Education nationale et Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, de tels diagnostic ont été réalisés « pour les 184 établissements scolaires réputés les plus exposés », a précisé le Président de la République. Il a souligné l’importance des EMS (équipes mobiles de sécurité) mises en place dans chaque académie et dont Luc Chatel a prévu de « doubler les effectifs dans les académies les plus exposées à la violence ». Pour aller plus loin, le chef de l’Etat a annoncé que l’installation d’un bureau pour les policiers et gendarmes désignés comme correspondants sécurité-école serait proposée aux 53 collèges et lycées les plus sensibles. Des « référents justice » désignés par le parquet auront à charge d’améliorer la communication entre les magistrats des mineurs et les chefs d’établissements.
 

Privilégier les mesures d’utilité collective
 

Rappelant que les violences scolaires sont le fait des élèves eux-mêmes dans 85% des cas, le chef de l’Etat a spécifié que la règle devait être replacée au cœur de la vie scolaire. Une règle dont la transgression appelle une sanction. La priorité devant être donnée aux « mesures d’utilité collectives », autrefois appelées « travaux d’intérêt généraux », plutôt qu’à l’exclusion, qui donne « une bonne raison de ne pas aller à l’école à des élèves qui ne veulent pas y aller ».
 

Former les enseignants à la gestion des conflits
 

Convaincu que l’autorité et la discipline ne se résume pas à une affaire de charisme, Nicolas Sarkozy a annoncé la mise en place, dès la rentrée prochaine, d’une « préparation spécifique à la gestion des conflits et à la prévention de la violence, dans le cadre des nouveaux masters fréquentés par les étudiants qui se destinent au métier d’enseignant » ainsi qu’un « module sur la tenue de classe à tous les professeurs nouvellement nommés pendant leur année de stage ». Quant à la formation des équipes au sein même des établissements, le chef de l’Etat a suggéré que « les personnels des EMS, qui ont une grande expérience des questions de violence » puissent y contribuer.
 

Stabiliser les équipes dans les établissements les plus sensibles
 

Présentée comme une « petite révolution » en matière de ressources humaines, une expérimentation visant à pérenniser les équipes sera mise en place dans une centaine d’établissements particulièrement exposés à la violence. Les chefs d’établissements pourront recruter, sur profil, des enseignants volontaires, dont le plan de carrière sera favorisé. Après évaluation, cette mesure pourra être étendue à la rentrée 2011. D’après Luc Chatel, interrogé après le discours du Président Sarkozy, « il y a de nombreux enseignants volontaires et favorables à la mise en place de ce type de recrutements sur profil ».
 

Ouvrir des établissements de réinsertion scolaire
 

L’amélioration du repérage des absentéistes était également à l’ordre du jour. Un fichier permettant de recenser les décrocheurs, y compris les mineurs qui échappent à tout suivi parce qu’ils ont dépassé l’âge de la scolarité obligatoire fixée à 16 ans, va être ouvert. Le chef de l’Etat a également annoncé la création d’une dizaine d’internats destinés à accueillir « le public le plus dur, en rupture profonde avec l’institution scolaire ». Des établissements de réinsertion scolaire accueilleront 20 ou 30 élèves de 13 à 16 ans ayant été exclus au moins une fois par décision d’un conseil de discipline. Une mesure présentée comme une réponse éducative, entre l’école et les centres éducatifs renforcés ou fermés, qui relèvent de la justice pénale.
 

Soutenir et aider les parents
 

En ouvrant le volet de la lutte contre l’absentéisme, le Président de la République a également annoncé la généralisation du dispositif « la mallette des parents » à la rentrée prochaine. Dans un post publié le 2 mai 2010 sur son blog, Martin Hirsch, ancien Haut-commissaire à la jeunesse, initiateur de ce projet expérimenté dans l’académie de Créteil, se disait « stupéfait que personne n'évoque la manière dont on doit d'abord aider les parents à exercer leurs responsabilités » expliquant que « si l'équipe pédagogique associe mieux les parents à la scolarité de leurs enfants, les résultats sont significativement meilleurs dans la classe : moins d'absences, moins de sanctions, de meilleures performances scolaires. » Il a visiblement été entendu.
 

Responsabiliser et sanctionner les parents démissionnaires
 

Passée la phase de soutien et d’accompagnement à la parentalité, le chef de l’Etat a réaffirmé sa volonté de pouvoir disposer en dernier recours d’une sanction, la proposition de loi du député UMP Eric Ciotti contre l'absentéisme scolaire, déposéz à l’Assemblée nationale le 30 avril 2010. Cette proposition, qui devrait être examinée à la mi-juin, prévoit la suppression des allocations familiales en cas de non respect du contrat de responsabilité parentale proposé à la famille en cas d’absentéisme signalé à l’inspecteur d’académie par le chef d’établissement. Charge aux préfets de coordonner le dispositif en convoquant chaque mois l’inspecteur d’académie, le directeur de la caisse d’allocations familiales et le procureur de la République, qui composeront ce que le chef de l’Etat a qualifié d’ « état-major de l’obligation scolaire ». Les annonces ont été accueillies favorablement par l’armée de fonctionnaires réunie pour l’occasion. Interrogée à l’issue du discours, Nadine Morano, Secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, a qualifié la suspension des allocations familiales « d’arme dissuasive ». 
 

Evaluer
 

Une arme dont nos voisins d’outre-Manche se sont déjà dotés. Et malgré la mise en place d’une telle mesure en Grande-Bretagne, le taux d'absentéisme est passé de 0,7 % à 1 % de 2002 à 2007. Mais Nicolas Sarkozy a opté pour une attaque globale estimant que « gagner cette bataille suppose de se battre sur plusieurs fronts à la fois ». Le chef de l’Etat a déclaré la guerre à l’absentéisme scolaire et a pris rendez-vous avec la même assemblée d’ici la fin de l’année. Pour le bilan des actions déjà engagées.

Pour aller plus loin : Sécurité : la localisation du lycée et la sélection à l’entrée / Violences scolaires : courez-vous des risques en allant au collège ou au lycée ? / Violence à l’école : l’avis de lycéens, descendus dans la rue / Alcool, violence, cannabis… Le malaise des lycéens

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