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Décryptage

Redoublement : chronique d’une fin annoncée

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Chaque année, c’est la même rengaine : si vous ne travaillez pas assez et que vos notes ne s'améliorent pas, vous serez “bon pour le redoublement” vous préviennent vos parents. Une menace pourtant rarement mise à exécution dans les établissements… Jugé peu efficace et très coûteux, le redoublement n’a pas la cote. Il devrait même, à l’avenir, devenir exceptionnel.

Bonnet d'âne. La France est le 5e pays (sur 34) de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qui fait le plus redoubler ses élèves. En 2012, d'après l'enquête PISA  (un programme international qui mesure les acquis des élèves de 15 ans dans les pays de l'OCDE), 28 % des élèves âgés de 15 ans déclarent avoir redoublé au moins une fois au cours de leur scolarité. Parmi les classes les plus redoublées, la troisième et la seconde arrivent en tête.

Or, selon la quasi-totalité des enquêtes, françaises ou internationales, le redoublement est inefficace, coûteux, injuste, voire nocif.

Pas d'effet bénéfique

Le redoublement est inefficace au sens où les élèves qui ont redoublé ne sont généralement pas meilleurs après. Toutes les enquêtes s'accordent, en effet, sur le fait que le redoublement n'a pas d'effet positif sur les performances scolaires. Il peut même se révéler nocif dans la mesure où il s'accompagne, le plus souvent, d'une perte d'estime de soi. De nombreux pays comme la Finlande, qui arrive en tête des classements PISA, le Japon ou le Canada ne l'utilisent d'ailleurs quasiment plus.

Selon le Cnesco (Conseil national d'évaluation du système scolaire), l'effet négatif du redoublement agirait même au-delà de l'école. Les jeunes adultes qui ont redoublé au cours de leur scolarité ont un revenu inférieur aux autres. Le redoublement est vu comme un signal de faible performance du salarié pour l'entreprise.

Inéquitable


Les taux de redoublement varient selon l'origine sociale des élèves. Ainsi, d'après le ministère de l'Éducation nationale, les enfants d'ouvriers et d'employés redoublent plus que les enfants de cadres ; les garçons plus que les filles ; et ceux dont le père est chômeur plus que ceux dont le père travaille à temps plein (selon le Cnesco).

En outre, les critères utilisés pour prononcer un redoublement ne sont pas identiques d'une classe, d'un établissement, d'une ville à l'autre. Et ils sont très souvent subjectifs : "Quand le conseil de classe ne parvenait pas un consensus, on votait. Le redoublement était prononcé parfois à une voix près, alors que tous les professeurs n'étaient pas présents", témoigne Gilbert Longhi, ancien proviseur, actuellement enseignant chercheur en pédagogie et psychologie sociale à l'université Paris-Ouest-la-Défense et à l'université d'Évry-Val-d'Essonne.

Coûteux

Le Cnesco estime le coût direct du redoublement en 2012 à 1,6 milliard d'euros. Dont 690 millions pour le seul lycée. Or, nombreux sont ceux qui pensent que cette somme pourrait être utilisée à des dispositifs d'encadrement et de soutien des élèves (suivi individualisé, pédagogie différenciée, tutorat...), susceptibles de pallier de façon beaucoup plus efficace leurs difficultés.

Vers une fin inéluctable

Un décret qui vise à limiter le redoublement est actuellement à l'étude au Conseil d'État. Il prévoit que, dès les prochains conseils de classe (juin 2015), seuls les élèves qui présentent une situation particulière : maladie, absence de longue durée... pourraient redoubler !

Les chefs d'établissement n'ont néanmoins pas attendu ce décret pour revoir leur nombre à la baisse. En atteste la comparaison des enquêtes PISA de 2003 et 2012 : le taux de redoublement y est en recul de 11 points. Malgré de fortes résistances. En effet, enseignants et parents sont encore nombreux à penser que le redoublement peut être positif.


Le dernier mot aux familles en fin de troisième : un bilan positif
Depuis juin 2014, dans 117 collèges, ce sont les parents qui ont le dernier mot sur l'orientation de leur enfant en fin de troisième. L'objectif est d'éviter les orientations subies. Après un an d'expérimentation, le ministère de l'Éducation nationale en dresse un bilan plutôt positif. D'après lui, il n'y aurait pas de désaccords importants entre les familles et les équipes éducatives concernant les choix d'orientation. Quant aux élèves, ils se sentiraient plus engagés dans leurs décisions d'orientation. L'expérimentation est ainsi reconduite pour les années scolaires 2014-2015 et 2015-2016.

Pour aller plus loin : Le redoublement devient exceptionnel / Redoubler sa seconde : cela en vaut-il la peine ? / Admission postbac : faut-il redoubler sa terminale pour avoir un meilleur dossier sur APB ? / Bac ES : le redoublement volontaire en fin de 1re, une bonne idée ? / Démission, licenciement, redoublement : rebondir quand l’alternance tourne mal

Sommaire du dossier
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