1. Grippe A : quand télé, radio et Web prennent le relais des profs
Décryptage

Grippe A : quand télé, radio et Web prennent le relais des profs

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Que valent les cours prêts à être diffusés sur France 5 et France Culture en cas de pandémie de grippe A ? Nous avons voulu savoir comment ils avaient été conçus et avons demandé à des lycées, leurs parents et leurs profs ce qu’ils pensaient d’une telle solution.Les premières fermetures de classes dans le second degré pour cause de grippe A n’ont pas déclenché la diffusion des programmes dédiés sur France 5 et France Culture. Ce plan de continuité pédagogique - selon l’appellation de l’Education nationale – ne débutera qu’en cas de pandémie sur tout le territoire. Nous nous en sommes procuré des extraits. En avant-première, nous avons voulu savoir ce que vous réservent la radio et la télévision si la grippe A déferle. D’où viennent ces programmes pédagogiques, par qui et comment sont-ils produits ?

Devant le poste tu resteras


La grippe A peut bien déferler, tout serait stocké et prêt à être diffusé sur France 5 et France Culture. Tout ? Depuis mars 2008, des programmes de 288 heures pour la radio et de 264 heures pour la télé sont en boîte. Les élèves de CP jusqu’à ceux de terminale sont visés. Les disciplines de base seules sont concernées - mathématiques, français, SVT, physique-chimie, histoire-géo et langue.

« Réflexes d’apprentissage ». Ces cours n’ont pas vocation à remplacer les enseignements classiques mais à permettre aux élèves de « garder des réflexes d’apprentissage ». Pour chaque élève encaserné à la maison en cas de pandémie, la consigne de l’Education nationale sera de ne se coucher qu’après être resté scotché à la télé et avoir collé plusieurs heures ses oreilles au poste. Ce régime est prévu sur quatre jours par semaine, le mercredi restant libre. France 5 diffuserait quotidiennement 5h30 de ces programmes et France Culture 6 heures, tous niveaux confondus. Aux élèves de panacher leur emploi du temps. « Nous disposons de trois mois de cours qui correspondent aux trois trimestres. Le contenu est assez classique pour les lycéens et plus ludique pour les enfants du primaire », a expliqué Patrick Dion, le directeur général du CNDP (Centre national de documentation pédagogique) à l’AFP. Les trois mois correspondent au temps estimé pour enrayer la pandémie. Mais comment et quand ont été réalisés ces trois mois de programme ?

De la grippe aviaire à la grippe A


En 2006, lors de la grippe aviaire, l’Education nationale commande ces heures de programmes en redoutant une pandémie. Il faut produire vite, très vite. C’est sur le CNDP (Centre national de documentation pédagogique) que tombe la commande. Cette institution crée des ressources pédagogiques (CD et DVD) pour les enseignants et est à la tête d’un important patrimoine d’archives télévisuelles et radiophoniques. Les heures de programmes prévues en cas de pandémie sont d’ailleurs constituées en grande majorité à partir de ces stocks. D’autres archives ont été utilisées : celles du CNED (Centre national d’enseignement à distance), de l’INA(Institut national de l’audiovisuel), de France Télévision (pour l’émission « C’est pas sorcier » par exemple) ou de producteurs privés. Les inspecteurs de l’Education nationale ont fait le tri dans ces documents avec l’objectif de sélectionner les ressources « les plus pertinentes possibles ».


Des comédiens dans la peau de profs. Les nouveautés ne représentent qu’une cinquantaine d’heures de programme filmées en mathématiques (collège-lycée et primaire), en langues vivantes (collège-lycée) et en histoire et géographie pour le primaire… pour la grippe aviaire. Au final, pour rassembler l’ensemble des programmes, un an et demi de travail aura été nécessaire. Un temps de réalisation qui aura mobilisé 30 salariés du CNDP et 400 intervenants, surtout des enseignants et des intermittents du spectacle. Des comédiens entre autres présents sur les vidéos tournées sous l’œil des enseignants. « En mathématiques par exemple, nous avons utilisé des passages de nos archives illustrant le théorème de Pythagore ou de Thalès, un enseignant a rédigé le scénario, et un acteur donne l’explication pour rendre la leçon plus vivante », explique-t-on au CNDP. Ce dernier a reçu 2,3 millions d’euros de subventions essentiellement consacrés à l’achat des droits de diffusion audiovisuelle et à la rémunération des intermittents.

A l’ère de l’Internet…


A l’époque de la commande, le Web avait été écarté pour éviter de pénaliser les élèves ruraux pas forcément bien équipés avec le haut débit. Aujourd’hui, si une plateforme pouvant diffuser ces programmes est bien à l’étude, tous les droits sont à renégocier auprès des partenaires pour une diffusion sur Internet ! Le CNDP promet une première livraison en octobre 2009. De quoi être totalement prêt sur la Toile pour la prochaine pandémie.

En attendant, le ministère propose les ressources gratuites du CNED (Centre national de l’enseignement à distance) sur le site academie-en-ligne ouvert dès le 15 septembre 2009. Mais là, point d’animations et de comédiens : les cours sont en majorité hérités des bons vieux polycopiés avec des formats pdf.

Le web à la rescousse des établissements fermés ?


Alors que les élèves seront à la maison devant leur télé ou leur radio, quel contact garderont-ils avec leurs profs ? « Des enseignants référents assureront des permanences dans l’établissement. Ils seront des correspondants pour les élèves, et des relais entre eux et les enseignants restés à leur domicile pour le suivi et l’aide aux devoirs », répond l’Education nationale. « Avant que les élèves ne quittent l’établissement, des exercices et des devoirs seront donnés avec des échéances pour les rendre. Les lycéens pourront communiquer via Internet ou le téléphone avec leur établissement et les permanences d’enseignants », précise Michel Guillon, le correspondant « pandémie grippale » de l’académie de Versailles.

Cartables en ligne. Les établissements utilisant déjà un ENT (environnement numérique de travail) – sorte d’interface entre l’établissement, les élèves et leur famille pour échanger des informations sur la scolarité, les notes et parfois des cours, des copies – auront évidemment une longueur d’avance dans cette pandémie. Certaines académies ont pris les devants, comme celle de Créteil qui a équipé 225 de ses collèges d’ENT rebaptisés cartables en ligne. Les classes ont été reconstituées via des listes d’adresses électroniques que les élèves ont reçues. Et les enseignants peuvent déposer des cours, échanger avec leurs élèves.

MSN, Skype etc. « Nous avons mis en place un dispositif pour que les enseignants puissent communiquer avec Skype ou autre, sous forme de petites conférences avec quatre élèves. Car pour acquérir des connaissances, il faut lier les exercices au cours », détaille Claudio Cimelli, chargé des nouvelles technologies à l’académie. Des contacts par messagerie sont aussi prévus. « Dans l’académie, 80 à 85% des élèves ont accès à Internet et 85% des élèves accèdent à MSN », explique Claudio Cimelli.

Sommaire du dossier
Des cours à la télé et à la radio ? L’avis des lycéens et de leurs parents Grippe A : y-a-t-il un prof dans la « télé-pandémie » ? Grippe A : le soutien scolaire en embuscade Grippe A : le lycée Pierre-et-Marie-Curie sur le Net Grippe A : Quelle (re)cours pour les étudiants ? Grippe A et enseignement : « il ne faudrait pas que cela transforme les familles en consommateurs de supermarché »