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Témoignage

Je redouble pour réussir

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Au lycée, le redoublement est très fréquent : plus d'un élève sur trois redouble au moins une fois ! Mais bonne nouvelle : il est efficace... du moins, pour certains. Des jeunes témoignent et un spécialiste vous conseille si vous êtes dans ce cas.

« J'ai besoin de temps pour réussir, explique Anna*. Un jour, un prof m'a comparée à une tortue. J'avance lentement mais sûrement. » Elle a ainsi redoublé la seconde à la demande de ses profs, avant de poursuivre en première et terminale ES, spécialités maths et arts plastiques. « À la fin de ma deuxième seconde, on parlait encore de m'orienter en STT [série du bac devenue STG à la rentrée 2007]. Moi, je voulais obtenir un bac général. Je ne voulais surtout pas me fermer de portes. » Des choix qu'elle ne regrette pas. Après avoir obtenu son bac du premier coup, Anna est entrée dans une école d'art où elle a le sentiment d'avoir trouvé sa voie.   

Redoubler le plus tard possible…

 

Comme Anna, au lycée, plus d'un élève sur trois redouble au moins une fois. Et la seconde est aujourd'hui la classe la plus redoublée : près de 15 % des lycéens redoublent ce niveau **, contre à peine 8 % en première et plus de 13 % en terminal (principalement liés à un échec au bac).
Ces redoublements en fin d'études secondaires n'ont pas les mêmes conséquences que ceux qui surviennent tôt, en primaire ou au collège. Bien au contraire, comme le montre une étude de la Direction de l'évaluation et de la prospective** : « Parmi les lycéens (...), la proportion d'élèves qui obtient le baccalauréat est presque la même chez ceux qui n'ont jamais redoublé (86 %), et chez ceux qui ont redoublé pour la première fois au lycée (85 %). (...) Plus le redoublement intervient tôt dans la scolarité, plus il est associé à de faibles chances de réussite ultérieure. Pour les élèves qui redoublent pour la première fois au lycée, une telle mesure apparaît vraiment efficace. »     

.. et si possible, pas la seconde

 

À quelques nuances près. Car, mieux vaut, par exemple, redoubler sa première ou sa terminale que la seconde : « Les redoublants de seconde terminent moins souvent bacheliers que les élèves qui redoublent la première et la terminale (75 % contre respectivement 84 % et 83 %). »** Et surtout, les redoublants ne vivent pas tous la même réalité, selon que le redoublement leur a été imposé ou est librement décidé.

Une opportunité, la chance de sa vie ...

Céline, 21 ans, actuellement en deuxième année de BTS banque, a redoublé sa première. Une vraie opportunité selon elle, voire la chance de sa vie, car elle en a profité pour changer de filière, passant d'une première L à une STT. Faisant preuve d'une grande maturité et de beaucoup de recul, c'est elle qui a pris la décision de redoubler et qui est allée jusqu'au bout, contre de l'avis des profs. «La littérature, ce n'est pas mon truc. J'étais mal orientée. Mon lycée, Paul-Vélry, à Paris, avait créé une classe test en STT. J'ai sauté sur l'occasion, même si mes profs et mon entourage trouvaient dangereux de passer d'une filière générale à une filière technologique. Mais non, tout s'est passé pour le mieux » se souvient-elle.
 

… et une mention au bac

 

Pourquoi ? D'abord parce que la filière STT lui allait comme un gant. Passionnée d'organisation, de droit, d'informatique et de communication, elle a passé ses deux dernières années de lycée à découvrir le monde de l'entreprise. Mais surtout, son année « blanche » en première littéraire lui avait permis d'améliorer très nettement son niveau en anglais et en espagnol, ainsi que son expression écrite. « En L, j'ai revu toutes les bases d'anglais. Quant au bac de français, que j'ai passé deux fois, j'ai décroché un 15 à l'écrit, et un 12 à l'oral. » Si bien que Céline attribue à son redoublement une bonne partie du punch et de la motivation qui l'ont portée jusqu'à maintenant. Au point de décrocher son bac STT avec une mention bien...
 

Mais une stratégie pas toujours payante

 

Stéphane et Matthias avaient, à la fin de leur première seconde, un projet similaire : redoubler pour passer haut la main en première S (scientifique). Une filière qu'ils considéraient comme la voie royale. « Nos familles étaient à fond dans ce trip, raconte Stéphane. Enfin, surtout les parents de Matthias... Mais je me suis laissé un peu influencer. À la fin de notre première seconde nous n'étions pris "qu'en" première ES [économique et sociale]. Alors nous avons redoublé ensemble. Je n'y voyais qu'une formalité car j'étais déjà assez bon élève. J'ai travaillé les maths, mais pas beaucoup plus que pendant ma première seconde. Résultat des courses : Matthias est passé in extremis en première S, et moi... en première ES. Exactement ce que j'aurais pu faire un an auparavant... Pour moi, c'est une année perdue. »
 

Un impératif : avoir un objectif motivant

 

Un redoublement « stratégique » ne vaut la peine qu'à deux conditions : s'il est fait dans un objectif précis (avec un bac S, faire médecine ou maths sup, par exemple), et s'il est l'occasion de vraiment donner le meilleur de soi-même, de... progresser !
Mais un redoublement, même au lycée, reste plus souvent imposé que choisi. Niveau insuffisant, méthodes de travail inexistantes... sont les principales raisons avancées lors du conseil de classe pour justifier cette décision. Des justifications « officielles », qui cachent parfois d'autres motivations de la part d'établissements élitistes. « Les redoublements dans certains lycées privés prêtent plus à controverses que dans le public, observe Nathalie Barbeau, coordinatrice du secteur scolaire à l'École des parents d'Île-de-France. Ceux-ci ont parfois des exigences très pointues et décident du redoublement d'élèves qui ont des moyennes qui ne le justifient pas. »
 

Submergée par l'environnement du lycée

 

Aurélie, actuellement en première L, a redoublé sa seconde. « Je m'y attendais. Le conseil de classe a pointé mes lacunes et mon manque de travail. J'avais mal vécu le passage du collège au lycée, que j'ai trouvé très dur. J'étais en internat, à quarante kilomètres de chez moi. Je n'ai jamais été une grosse bosseuse et être interne était censé m'aider à me mettre au travail. En fait, ça m'est monté à la tête. Je me suis laissée submerger par les à-côtés du lycée : l'ambiance, les copains, la fête. Je n'avais pas encore la maturité nécessaire pour gérer mon temps et mon travail. » Quentin, lui, a redoublé sa terminale L, contraint et forcé, faute d'avoir réussi son bac. « J'ai accepté ce redoublement sans trop réfléchir, je n'avais pas le choix. Recommencer une terminale m'a vraiment gonflé au début. Surtout, j'étais contrarié de me retrouver avec de plus jeunes que moi.» Bref, ce n'est pas de gaieté de cœur que l'on retrouve les mêmes programmes et les mêmes profs... sans ses vieux potes.
 

Quelle seconde chance ?

 

« Mon redoublement n'a servi à rien, estime Aurélie. Pendant ma deuxième seconde, je n'ai pas eu l'impression d'apprendre des choses nouvelles. Même si, c'est vrai, j'aurais sûrement pu en tirer parti si j'avais décidé de me mettre enfin au travail et de me motiver ! » Le redoublement non choisi ferait-il autant de dégât que celui qui a cours dans les petites classes ?
Plusieurs études et rapports ont sérieusement mis en doute l'efficacité du redoublement, surtout en primaire et au collège. Notoirement inégalitaire, il frappe surtout les enfants dont les parents ne sont ni cadres, ni enseignants. De plus, il ferait plus de mal que de bien chez les jeunes, en dévalorisant l'image qu'ils ont d'eux-mêmes et en les incitant à réduire leurs ambitions scolaires. Le redoublement est-il donc vraiment une seconde chance ? « Non, rétorque Aurélie. Ma vraie seconde chance, ça a été mon passage, de justesse, en première L. Malgré une mauvaise moyenne, les profs ont compris qu'en L, je serais dans mon élément. J'ai enfin pris la dimension du travail à fournir pour réussir. »
 

Du temps pour réfléchir

 

Au lycée, on acquiert, normalement, de la maturité. Une année supplémentaire permet au moins de faire le point. « J'ai l'impression que pour tirer parti de ma nouvelle terminale, il faut que je reparte de zéro pour éviter de commettre les mêmes erreurs que l'an dernier », confirme Quentin. Une année de redoublement, à ses yeux, c'est le moyen de prendre du recul. « Mes parents ont été presque soulagés quand ils ont su que je redoublais, car lors de ma première terminale j'avais laissé passer les dates d'inscription dans les écoles du service social, que je visais. D'ailleurs, mes copains de l'an dernier, ceux qui ont réussi leur bac, se retrouvent cette année inscrits en fac un peu par hasard. Finalement, mon année supplémentaire me permet de mieux planifier mon orientation. Et en plus, les cours me semblent vraiment moins difficiles que l'an dernier. »


* Les prénoms des personnes qui témoignent ont été modifiés afin de respecter leur anonymat.
** Le redoublement à l'école élémentaire et dans l'enseignement secondaire : évolution des redoublements et parcours scolaires des redoublants au cours des années 1990-2000, Jean-Paul Caille, Education et formations, n°69, juillet 2004.

Pour aller plus loin : Le redoublement devient exceptionnel / Redoublement : quelle utilité ? / Redoubler sa seconde : cela en vaut-il la peine ? / Bac ES : le redoublement volontaire en fin de 1re, une bonne idée ?

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