1. Les étudiants et les lycéens sont Charlie
Reportage

Les étudiants et les lycéens sont Charlie

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Minute de silence observée par les étudiants en journalisme de l'Institut de journalisme de Bordeaux en hommage aux victimes de l'attentat terroriste de Charlie Hebdo. // © Sebastien Ortola / R.E.A
Minute de silence observée par les étudiants en journalisme de l'Institut de journalisme de Bordeaux en hommage aux victimes de l'attentat terroriste de Charlie Hebdo. // © Sebastien Ortola / R.E.A

Surpris, choqués, atterrés mais actifs, les lycéens et les étudiants se sont largement mobilisés depuis mercredi 7 janvier 2015, suite à l'attentat à Charlie Hebdo. En marge de la minute de silence observée jeudi à 12h dans les établissements, ils ont rendu des hommages plus personnels et pris des mesures de sensibilisation. Un mot d'ordre : oui à la démocratie mais non aux amalgames.

Partout en France, les étudiants et les lycéens ont multiplié les hommages envers les victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo. "Incompréhension", "sidération", "horreur" : ils ne mâchent pas leurs mots pour évoquer l'attentat perpétré. "C'est le choc et l'émotion. Personne ne pensait qu'un tel drame était possible en France. C'était inenvisageable que des journalistes, des dessinateurs puissent être tués au nom de leurs idées", lance William Martinet, président de l'UNEF, après une réunion avec les responsables du syndicat étudiant, vendredi 9 janvier 2015. "C'est une atteinte à la liberté d'expression. Les avoir tués pour des dessins dans un journal, c'est disproportionné, c'est presque irréel", continue l'étudiant.

"J'ai appris l'horreur en sortant d'un partiel, raconte Basile, étudiant en 1re année de droit à la Sorbonne et membre de SOS Racisme. Je suis allé tout de suite place de la République et j'y suis resté toute la soirée. J'étais bouleversé, à mon oral d'un partiel, je n'ai pas pu parler". Jeudi, comme de nombreux étudiants, il a participé à la minute de silence organisée dans son université à la demande des pouvoirs publics. "C'était très émouvant." Une mesure prise dans tous les établissements largement relayée et commentée sur les réseaux sociaux.

"À la fac de médecine de Bordeaux, on était 2.000 pour la minute de silence c'est impressionnant. Merci de l'avoir respecté !", lit-on sur le compte de @jxstloueh

À Paris 13, les étudiants ont signé sur le mur en hommage aux victimes de la tuerie.

Les étudiants de Paris 8 et Sciences-Po Toulouse ont rendu un hommage vibrant à l'économiste Bernard Maris et chroniqueur à Charlie Hebdo, qui fut aussi professeur dans ces établissements. "Fier d'étudier dans cette fac", écrit Tristan.

Les lycéens mobilisés aussi

Les lycéens se sont eux aussi mobilisés en participant à la minute de silence, comme à Gagny, où ils étaient 500 si on en croit le compte Twitter du comité de la vie lycéenne du lycée Gustave-Eiffel.

Ils se sont également rassemblés ou pris des initiatives plus personnelles, également relayées sur les réseaux sociaux. Dans un CDI, on trouve des unes de Charlie Hebdo exposées sur une table. Ailleurs, ce sont les professeurs qui arborent un autocollant siglé de "Je suis Charlie" ou des portraits des caricaturistes assassinés. "Cabu, Wolinski, Tignous, Charb : vous avez guidé notre cours de philo", écrit Alice Moins sur Twitter.

"Tout le monde a respecté la minute de silence. Le slogan "Je suis Charlie" est placardé partout dans les lycées. Il y a eu aussi beaucoup de rassemblements spontanés un peu partout en France, assure Zoïa Guschlbauer, présidente du syndicat FIDL et lycéenne en 1re S au lycée Sophie-Germain à Paris, la voix étranglée par l'émotion. Ils défendent leurs valeurs : mixité, solidarité'. J'espère qu'il y aura beaucoup de monde à la marche organisée dimanche 11 janvier."

L'organisation lycéenne a crée un événement Facebook appelant à marcher "contre la haine". "Notre jeunesse doit rester unie, solidaire et fraternelle dans des moments difficiles comme ceux que nous vivons aujourd'hui ! C'est à nous de montrer à ces barbares qu'ils ne pourront pas faire ce qu'ils veulent. Nous continuerons à nous serrer les coudes et à vivre ensemble. Nous continuerons à faire vivre la fraternité, la laïcité et le respect entre toutes et tous dans notre pays !", écrit la FIDL.

"Déconstruire les préjugés"

Au-delà des hommages, ses membres profitent des pauses déjeuners ou des récréations pour aller à la rencontre de leurs camarades pour discuter des événements, "déconstruire les préjugés" et "lutter contre les amalgames". Un travail qu'elle souhaite poursuivre dans le cadre de la semaine d'éducation contre le racisme en mars 2015, en espérant "qu'elle soit mise en place dans tous les bahuts cette année".

"On va devoir faire un gros travail de sensibilisation contre la haine de l'autre et contre toutes les formes d'extrêmisme à l'université, mais aussi au lycée", confirme Basile, de SOS Racisme. L'étudiant de Paris 1 a été choqué et "démoralisé" par l'absence de réaction de certains. Et plus encore par celle de l'un de ses camarades musulmans qui "s'est senti obligé de s'excuser. "Cela m'a révolté. Les musulmans sont victimes de cet événement comme nous tous. S'ils pensent qu'ils doivent s'excuser, c'est qu'il y a un problème plus profond en France."

L'UNEF, de son côté, promet d'organiser "rapidement" des réunions débats au sein des établissements d'enseignement supérieur. Objectif : "répondre à l'intégrisme, à la remise en cause des libertés et aux amalgames qui vont venir. Ils ont déjà commencé avec les attentats contre les mosquées", déplore William Martinet. En effet, pour lui, l'université, en tant que lieu de transmission des savoirs, a un rôle de sensibilisation et de prévention capital à jouer en ayant "un discours articulé fondé sur des connaissances académiques".

À lire aussi : les réactions sur le blog ZEP (zone d'expression prioritaire) et sur EducPros.