Luc Chatel : « Nous faisons cette réforme pour trouver une solution pour chaque élève sortant du secondaire »

Par Propos recueillis par Emmanuel Davidenkoff et Virginie Bertereau, publié le 26 Octobre 2009
6 min

Au lendemain du discours de Nicolas Sarkozy sur la réforme du lycée, Luc Chatel, le ministre de l’Education nationale, a entamé un tour de France des établissements. Objectif : venir à la rencontre des lycéens et des professeurs pour recueillir des propositions mais surtout expliquer le projet et répondre aux questions. Nous l’avons interviewé entre deux étapes.

Après douze jours, avez-vous déjà recueilli de nouvelles idées pour changer le lycée ?


Cette réforme, elle vient du terrain ! Nous l’avons construite à partir des résultats de la consultation menée par Richard Descoings et par les recteurs dans près de 1.300 établissements. L’objectif du tour de France que je mène depuis une douzaine de jours, c’est de dialoguer sur la façon concrète de mettre en place les nouvelles mesures que nous proposons. Comme vous le savez nos propositions tournent notamment autour de l’organisation des deux heures d’accompagnement et du rééquilibrage des filières.

Vous souhaitez une première plus générale. Comment comptez-vous faire ?


Nous travaillons au contenu d’un tronc commun à toutes les séries de première avec pour objectif de rendre l’orientation plus progressive et de permettre aux lycéens qui se sont trompés, de changer de série sans avoir besoin de redoubler. Si nous voulons permettre ces changements de série, il faut d’abord mettre en place des programmes similaires dans les matières communes aux différentes séries, comme l’histoire géographie par exemple.. Pourquoi ? Parce qu’un élève qui veut changer de série en cours d’année ne doit pas avoir à rattraper tout le programme, mais uniquement celui des matières de spécialisation. Par exemple, il sera plus facile pour un élève de S de passer en ES, s’il n’a qu’à rattraper les sciences économiques et sociales, et non les langues, le français, l’histoire. . Rien n’est finalisé, nous en discutons avec l’ensemble des partenaires

Vous avez également annoncé un grand chantier : celui du bac techno.


La série STG a été réformée en 2005. Laissons-la monter en puissance.. Cette fois-ci, nous voulons revoir en profondeur la filière STI. Nous sommes face à un paradoxe : d’un côté, nous avons des besoins identifiés de recrutement dans tous les métiers industriels, de bac à bac + 5. Pour être clair, la France manque d’ingénieurs. De l’autre côté, nous avons une filière sans jeunes car dévalorisée. Il faut moderniser les programmes, les rendre plus généralistes et développer des perspectives d’enseignement supérieur plus importantes, soit via des mentions pour accéder à des IUT (comme c’est le cas en BTS avec les bac pro), soit via le développement des classes préparatoires spécifiques. Notre objectif : revaloriser la voie technologique et diversifier les voies d’accès à l’excellence.

Mais les prépas technos existent déjà. Et elles ne font pas toujours le plein… Comment peut-on agir sur les mentalités ?


Il faut jouer sur plusieurs leviers en même temps. Nous allons agir sur le contenu des programmes, travailler avec les régions sur la carte des formations, développer les parcours dans l’enseignement supérieur et enfin montrer qu’il y a des emplois qualifiés à la fin. Il faut faire le même travail de fond que sur l’apprentissage dont l’image a évolué de façon très positive en une dizaine d’années.

Nicolas Sarkozy n’a pas évoqué les séries S et ES dans son discours. Considérez-vous que celles-ci fonctionnent bien ?


Oui, on ne veut pas tout changer au lycée, on veut corriger ce qui ne va pas sans déstabiliser ce qui fonctionne bien. Comme toutes les autres, les séries ES et S vont bénéficier de toutes les réformes transversales : le chantier langues vivantes, les deux heures d’accompagnement, la culture, etc. Nous allons simplement travailler sur la refonte des programmes de S pour vaincre ce paradoxe : celle-ci concerne 50 % des élèves, elle est considérée comme la filière d’excellence, mais la France manque d’étudiants en sciences. Nous envisageons de mettre à terme une petite spécialisation en terminale ou de renforcer les matières scientifiques.

Vous souhaitez valoriser la série L. Ce projet ne passe-t-il pas par la création de filières d’excellence dans le supérieur ?


La filière L accueille deux sortes d’élèves : de très bons littéraires qui ont peu de chances d’aboutir à l’excellence vu la sélectivité des concours de l’enseignement supérieur littéraire et des lycéens arrivés là par défaut. L’objectif est d’une part de renforcer l’attractivité de la série grâce à des enseignement spécifiques, et d’autre part de trouver de nouveaux débouchés pour la série en la renforçant sur les langues, en ouvrant l’esprit des élèves sur quelques disciplines qui préparent au supérieur (le droit, les sciences politiques…).. Certains élèves littéraires vont donc en S parce qu’ils ont plus de chances d’être pris à Sciences po par exemple avec une mention. Richard Descoings, le directeur, me disait : « ce n’est pas en réservant des quotas aux L aux examens que je vais y arriver. Je prends des élèves parce qu’ils sont bons, d’où qu’ils viennent ».

Comment faire des langues en L à horaires constants, en soustrayant les deux heures d’aide individualisée, et en essayant de faire plus d’oral ?


C’est un des sujets dont nous discutons encore. Nous avons une réflexion plus globale sur la construction du cycle terminal dans son ensemble, à la fois dans la logique du tronc commun de classe de première et celle de la spécialisation propre à chaque série dans le cadre de la classe de terminale. Il est par exemple concevable en L que certains enseignements spécifiques à cette série puissent être dispensés en langue étrangère

Sur la question des moyens, où allez-vous concentrer vos efforts ?


Nous ne voulons pas envoyer les enseignants volontaires sur de nouvelles missions sans les y avoir préparés. Je souhaite donc mettre en place pour les enseignants un module de formation pour les deux heures d’accompagnement individualisé ou le tutorat en matière d’orientation.

Et pour les lycéens, quels sont les moyens débloqués ?


Nous faisons cette réforme pour eux, pour trouver une solution pour chaque élève sortant du secondaire, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Il ne s’agit pas de donner plus de moyens pour plus de moyens. Il s’agit d’améliorer la qualité de l’enseignement pour multiplier les débouchés à la clé. Quand vous garantissez aux élèves qu’ils vont avoir un temps réservé au travail en petit groupe, vous leur donnez les moyens de mieux réussir au lycée. 

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