Nicolas Sarkozy annonce la réforme du lycée

Par Virginie Bertereau, publié le 13 Octobre 2009
8 min

Une présentation en grandes pompes de mesures concrètes mais attendues. Mardi 13 octobre 2009, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours sur la réforme du lycée à l’Elysée, devant un parterre d’invités : des lycéens ébahis, des recteurs, des inspecteurs d’académie, des proviseurs et une pléiade de ministres et hauts fonctionnaires (François Fillon, Luc Chatel, Valérie Pécresse, Roselyne Bachelot, Rama Yade, Martin Hirsch, Luc Ferry…).

Pas de surprises (ou presque). Le président de la République a tiré un trait sur la plupart des mesures proposées par Xavier Darcos, l’ancien ministre de l’Education nationale (absent), un an plus tôt. Des mesures qui avaient mis pendant plusieurs mois les lycéens dans la rue. En revanche, il a suivi fidèlement les propositions de Richard Descoings, le directeur de Sciences po, qu’il avait chargé d’une mission lycée en janvier 2009. « Richard, avec sa petite équipe, n’a pas ménagé sa peine, sillonnant la France en tous sens, animant des dizaines de tables rondes dans les établissements, débattant sur Internet, recueillant des milliers de contributions. C’est un homme ouvert qui nous a beaucoup apporté », a déclaré Nicolas Sarkozy, élogieux.


La réforme en six points clés


Résultat : ce sont des solutions concrètes et vite applicables qui ont été énoncées, en six points. Il reviendra ensuite à Luc Chatel de relever ses manches et d’en discuter avec les lycéens et les représentants de la communauté éducative. Tout doit être bouclé pour la fin de l’année 2009. Le ministre de l’Education nationale doit ainsi entamer un tour de France des lycées, « à la Descoings », au cours des quatre prochaines semaines.

Premier point : Améliorer l’orientation pour la rendre « progressive et réversible » et donner « le droit à l’erreur »


Pour cela, Nicolas Sarkozy a évoqué l’instauration de stages pendant les vacances scolaires : des stages-passerelles destinés à apporter des compléments de programmes aux élèves qui souhaiteront passer d’une série de bac à une autre et des stages de remise à niveau pour ceux qui rencontrent des difficultés. Le tout avec l’avis du conseil de classe. La classe de première devrait être plus générale (ce qui implique une refonte des grilles horaires dont doit s’occuper Luc Chatel), celle de terminale davantage connectée avec l’enseignement supérieur. La plateforme multimédia mise en place avec l’ONISEP sera généralisée. Les professeurs pourraient être amenés à faire du tutorat. Les partenariats lycées – établissements d’enseignement supérieur seraient encouragés, de même que les stages en entreprise (pour jeunes et professeurs). Comme dans l’académie d’Aix-Marseille, les lycées pourraient ainsi constituer des banques de stages dans lesquelles puiser.
 

Deuxième point : Casser la hiérarchie des voies et des séries
 

« S’il y a une chose dont je suis fier, c’est la rénovation de la série STI (sciences et technologies industrielles) », nous a confié Richard Descoings à l’issue du discours. Comme le préconisait le directeur de Sciences po, Nicolas Sarkozy met l’accent sur le travail à effectuer sur ce bac, qui n’a pas évolué depuis 1993. Le président a également parlé de revaloriser la série L « en perdition ». Cette revalorisation passerait par la création d’un enseignement de langues et civilisations étrangères spécifiques, l’introduction de nouvelles disciplines (comme le droit) et la création d’un enseignement culturel et artistique de haut niveau pour en faire une « filière d’excellence internationale ». Nicolas Sarkozy n’a pas parlé de la série ES, ce que n’ont pas manqué de remarquer certains lycéens.
 

Troisième point : Mettre en place l’accompagnement individualisé
 

C’est l’une des mesures les plus novatrices (et celle qui provoquera probablement le plus de débat) : dès la rentrée 2010, tous les élèves de seconde bénéficieront de deux heures d’accompagnement par semaine. Deux heures dégagées dans l’emploi du temps actuel. Selon les profils, il pourra s’agir de remise à niveau, de renforcement de connaissances ou d’aide à l’orientation. Le dispositif sera ensuite étendu aux élèves de première en 2011 et aux élèves de terminale en 2012.
 

Quatrième point : Revoir l’enseignement des langues, avec un accent sur l’oral


sarkozy et chatelNicolas Sarkozy a annoncé la révision de la nature et du contenu des épreuves du bac (c’est la seule fois où l’examen aura été évoqué). Les séjours linguistiques seront encouragés grâce aux partenariats entre établissements. Les nouvelles technologies (comme les visioconférences) seront utilisées pour multiplier les contacts avec les locuteurs natifs. Des groupes de niveau ou « groupes de compétences » seront mis en place, de même que des cours dans certaines disciplines (histoire, sciences) en langue étrangère, comme dans les sections européennes.
 

Cinquième point : Augmenter la part des enseignements et des activités artistiques ou culturelles
 

Une idée tout droit sortie des consultations menées auprès des lycéens. Outre la création d’un enseignement d’histoire des arts (déjà en cours), Nicolas Sarkozy a évoqué la mise en place d’un « référent culture », désigné parmi les professeurs dans les établissements, chargé de développer des relations avec le monde culturel environnant. Le président a également parlé de créer une plateforme Internet de vidéos en ligne, grâce à un partenariat avec France Télévisions.
 

Sixième point : Développer l’autonomie des élèves
 

C’est LE cheval de bataille de Nicolas Sarkozy, le point central de toutes les réformes amorcées pour la jeunesse. Là encore, Richard Descoings avait ressenti un besoin « de plus responsabilités » de la part des lycéens. Le président souhaite ainsi abaisser l’âge légal de la prise de responsabilité associative de 18 à 16 ans. Il propose de déléguer aux élèves certaines compétences relatives à la vie de leur établissement (restauration scolaire, aide sociale, aménagement des espaces…). Enfin, tout engagement associatif sera reconnu grâce à la mise en place d’un livret de compétences.

Et Nicolas Sarkozy de s’adresser aux lycéens pour conclure : « La partie qui se joue, c’est pour vous. […] On va réussir parce qu’on n’a pas le choix. […] Je n’ai pas envie de retomber dans la ritournelle de l’incompréhension et de l’échec ».


Lycéens convaincus, professeur sceptique
lycéens devant l'ElyséeÀ la fin du discours du président, les lycéens, attroupés autour du président pour prendre des photos, étaient plutôt convaincus. « De belles choses ont été dites. Maintenant, il faut voir si tout cela n’est pas qu’un coup marketing, si Nicolas Sarkozy tient parole, s’il n’est pas trop ambitieux », résumé Léa, élève en terminale à Massy (91). Stéphane Ramoin, professeur d’anglais dans les Alpes-Maritimes est plus sceptique : « Aujourd’hui, en apparence, tout est beau et policé. Mais la réalité pour nous, ce sont encore les 16.000 suppressions de postes annoncées pour la rentrée 2010 et des classes de 35 élèves. Des effectifs qui ne baissent pas. On parle beaucoup des suicides chez France Telecom, mais il y en a plus chez les enseignants », déclare-t-il au cocktail qui suit le discours. De quoi ternir la fête…


Le point de vue de l’ANACEJ sur la valorisation de l’engagement associatif des lycéens
Parmi les mesures annoncées mardi 13 octobre par le chef de l’Etat, figure la mise en place d’un livret de compétences pour valoriser notamment l’engagement associatif des lycéens. Réaction de Mickaël Garnier-Lavalley, délégué national de l'ANACEJ (Association national des conseils d'enfants et de jeunes).
« L’idée de mettre en place un livret de compétences qui ne repose pas uniquement sur des notes mais inclut l’engagement associatif, sportif ou culturel est une bonne chose. Cette mesure est issue du travail collectif mené dans le cadre du livre vert avec Martin Hirsch, Haut-commissaire aux solidarités actives. Il s’agit d’une reconnaissance de l’éducation informelle. Les compétences non académiques sont utiles pour choisir son chemin. Et que le projet de vie n’est pas déterminé uniquement par des compétences scolaires. La reconnaissance de l’engagement associatif participe de l’ouverture du lycée sur la société. Elle vient rappeler aussi que ce qui se vit dans l’école ne se vit pas hors de la société. La cohérence voudrait que ce soit accompagné d’un lien renforcé entre ministère de l’Éducation nationale et les acteurs associatifs, qui mènent un travail éducatif complémentaire de l’enseignement. Nous attendons maintenant la déclinaison de ce livret : Comment on reconnaît ces compétences ? Qui les valident ? Il faut que les associations soient associées à sa mise en œuvre. » 
Propos recueillis par Isabelle Maradan 


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