Samedi 15 novembre : Xavier Darcos chahuté par des lycéens

Par Lila Roche, publié le 16 Novembre 2008
4 min

Samedi 15 novembre, le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, a invité les 600 délégués à la vie lycéenne à débattre du "projet de réforme" du lycée. La séance plénière, censée restituer leurs observations, fut houleuse (le reste de la journée était à huis clos). Extraits.

"Mascarade"


"C’est une mascarade ! Le ministre croit que c’est parce qu’on a 18 ans qu’on n’a pas compris que le seul but c’est de faire des économies » A la sortie du grand amphithéâtre de Polytechnique où ont eu lieu ces "ateliers du nouveau lycée", Claire fulmine. Derrière elle, Emmanuel ironise. "C’est vraiment du politique tout craché. Il nous dit qu’il ne supprime aucun poste enseignant au lycée, mais il ne parle pas de tous les départs en retraite non remplacés". Ces deux remarques reflètent un sentiment largement partagé : avoir été convié pour cautionner une réforme ficelée et guidée par le souci d’économies.

"On a été prévenus il y a une semaine, et en arrivant ici, on nous a demandés de ne pas poser de question", dénonce Maxime. "C’est comme si on nous avait attribué un rôle. Finalement, on n’a pas eu de réponses à nos espérances. On voudrait des explications sur le fond de cette réforme et non sur l’organisation". L’amphi applaudit à tout rompre.

Des inquiétudes quant à la qualité des cours


A la tribune, l’animatrice du débat a du mal à égrener les réflexions issues des ateliers. La plupart reflètent des inquiétudes : un emploi du temps trop cloisonné, des parcours trop déterminés à l’avance, la diminution du temps d’enseignement. "Pourquoi perd-on cinq heures de tronc commun par rapport à la seconde d’aujourd’hui ?", questionne Simon. "C’est une baisse de notre formation qui conduit forcément à un bac moins exigeant. Nous serons donc moins qualifiés et les plus pauvres d’entre nous vont en pâtir." Nouvelle ovation.

La synthèse des ateliers continue cahin-caha. Les lycéens veulent notamment être mieux informés dés la troisième, mieux préparés à l’enseignement supérieur, mieux accompagnés de façon personnalisée. "Pourquoi on change tous les ans de profs », lance Audrey. "Il faudrait quelqu’un qui nous suive de la seconde à la terminale."

Le ministre justifie (encore) sa réforme


Xavier Darcos essaie de calmer le jeu. "C’est forcément frustrant de ne pouvoir débattre qu’une seule journée". Et de relativiser la réduction des horaires. "30 heures, c’est un choix moyen entre les 28 à 34 heures d’aujourd’hui". Dans la salle, un délégué lycéen désapprouve. "On va recréer des groupes de niveau par le biais des options". "Discrimination sociale ? Nous voulons faire l’inverse », se défend le ministre en rappelant qu’un enfant d’ouvrier a aujourd’hui sept fois moins de chances de réussir qu’un enfant de cadre. "On veut justement que les familles les moins fortunées puissent trouver du soutien à l’intérieur du lycée."

Tant bien que mal, l’animatrice poursuit sur le "rôle du professeur". Davantage de contact, davantage de disponibilité, de temps pour des entretiens, en dehors des horaires de cours figurent parmi les demandes. Là aussi, la réplique fuse. "Alors, stop aux suppressions de postes. S’il y a moins de profs, et s’ils sont répartis sur plusieurs lycées, ils sont forcément moins disponibles."
Dans le brouhaha, la séance se termine. Mais dans le hall, une poignée de lycéens restent groupés et entonnent leur slogan préféré. "Au cul, au cul, aucune hésitation."

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