1. Lycéens en Avignon : à la découverte des expos du 65e Festival

Lycéens en Avignon : à la découverte des expos du 65e Festival

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« Vous êtes tous sortis de la main ? », demande Mathilde, animatrice, à un groupe de cinq lycéens du Nord-Pas-de-Calais. « La main », c’est l’affiche du 65e Festival d’Avignon accrochée dans le hall du groupe scolaire Ortolans-Bouquerie, qui les accueille le temps de leur visite, en plein cœur de la cité du Vaucluse. « On y accroche notre photo en arrivant, on la sort de la main quand on se rend au Festival », explique Clémentine.

Jusqu’à trois spectacles par jour

Avant de partir, Mathilde, l’animatrice, militante des Ceméa , une association d’éducation populaire qui encadre les séjours des lycéens en Avignon, a guidé son groupe dans un jeu de pliage d’une feuille A4. Objectif : réaliser un petit carnet pour l’exposition.
Certains voient jusqu’à trois spectacles par jour, après les ateliers du matin et les parcours proposés l’après-midi. D’après l’équipe d’animation, c’est une sorte de boulimie, qui ne permet plus de digérer ce que l’on voit. « L’idée n’est pas qu’ils soient simples consommateurs, mais qu’ils prennent le temps d’échanger leurs ressentis. » précise Mathilde, rappelant le rôle du Cémea.

 

« C’est l’histoire de l’homme qui a été transformé en biche »

Avec Marine, Gaëlle, Louis et Julien, qui participent également pour la première fois à un séjour en Avignon, Clémentine a choisi d’aller voir « La dispersion du fils », une exposition de Jean-Michel Bruyère. « C’est une expo avec des œuvres en caca », jette une lycéenne dans un éclat de rires. « Mais non, rétorque une camarade, c’est l’histoire de l’homme qui a été transformé en biche. » « En cerf », corrige un autre, hilare. « Et mangé par des chiens… », conclut sa voisine, sur le même ton.

Du silence à l’échange

Face aux visions successives d’une vidéo en 3D, d’une télé avec un point blanc pour toute image, de chaises imbriquées et suspendues, ou d’un vélo trainant de longs boyaux, l’ambiance potache a cédé la place à des mines affairées, tantôt agacées, tantôt enthousiastes, souvent interrogatives. Chacun suit les consignes écrites un peu plus tôt dans leur carnet, page à page. « J’ai aimé », « je n’ai pas aimé », « je croque vite fait », « je me souviendrai », « pour moi Actéon serait », « pour moi Diane serait »,.... Pas décontenancés par l’aspect conceptuel des installations, les lycéens s’approprient les lieux pour mieux observer. Gaëlle dessine le vélo. Julien s’étonne de l’installation faite de petits bustes de femmes plantés dans la cire. Clémentine est subjuguée par la vidéo en 3D. Les jeunes gens se croisent, échangent leurs hypothèses et leurs incompréhensions.

Du carnet au partage

Vient la dernière page du carnet, découpée, à la manière d’un cadre. « Vous positionnerez ce cadre pour l’unique photo mentale que vous voulez prendre de l’exposition, et vous écrirez la légende de cette photo sur le cadre » avait précisé l’animatrice, juste avant que la visite ne démarre. Chacun “prend” sa photo. Pour Clémentine, ce sera la vidéo « trop classe » d’un immense tuyau, dans lequel le spectateur se laisse emporter, comme dans un grand huit. Deux par deux, chacun guide alors, amusé, son binôme par les épaules, à l’aveugle, devant sa photo mentale et tente de lui faire deviner en lui lisant la légende.

Chacun livre ses impressions

A la sortie de l’exposition, le groupe se pose à l’ombre d’un arbre et s’hydrate. Chacun livre ensuite ce qu’il a écrit dans son carnet. Gaëlle présente sa « voie lactée ». C’est ainsi qu’elle a nommé l’installation faite de petites femmes plantées dans la cire sur des brindilles prêtes à être allumées. « Voie lactée, parce que ce sont des bustes de femmes, ce qui fait penser au lait, argumente Gaëlle. Elles sont enfermées dans leur pudeur comme dans une idéologie religieuse, et n’ont même pas le courage de se regarder entre elles. » « Ce sont des femmes à consommer, ou à consumer », avance Louis. « Si on les allume avec le petit bois en dessous, elles fondent. », complète Julien. Marine s’emporte. « En tout cas, c’est pas flatteur pour les femmes ! »

Rencontre avec la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker

Il est l’heure de rejoindre l’Ecole des arts, pour une rencontre avec la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker. La veille au soir, les lycéens ont vu son spectacle Césena. Marine taquine Adrien « qui pose toujours plein de questions aux artistes ». En chemin, Clémentine revient sur ce qu’elle a ressenti et en cherche la cause. « Après quelques minutes, ça m’a barbé ! J’ai eu l’impression de revivre ma première expo photo. Je crois que c’est ma capacité à comprendre les choses qui est en cause… » Marine la rassure, qualifiant le travail de la chorégraphe de « danse absurde, qui n’a rien à voir avec celui de Charmatz qu’on verra ce soir, où c’est un jeu de rythme avec des gestes répétés pendant 1h40 ».

Se prendre au jeu

Coup de mou dans la cour de l’Ecole d’Art. Les lycéens sont plus concentrés sur leurs smartphones que sur les échanges avec la chorégraphe. Mathilde écourte ce temps et propose la visite de l’exposition Jérôme Bel, au premier étage. Maitresse du jeu, l’animatrice donne des consignes avant la visite. D’une œuvre à l’autre, un élève lit le texte du carnet d’exposition à son camarade, qui garde les yeux fermés et dit ce qu’il imagine avant de le découvrir. Chacun se prend au jeu avec beaucoup de sérieux. Les éclats de rires reviennent face à une vidéo où un danseur dessine des ronds avec son sexe sur l’air de « I like to move it ».

 

 

« Lycéens en Avignon »

30 lycéens en 2004. 800 en 2011. L’opération monte en puissance. Les élèves concernés sont principalement des lycéens suivant un projet autour du théâtre ou plus largement du spectacle vivant dans le cadre scolaire (option ou atelier). Généralement, ce sont des professeurs d’option ou animant un atelier qui sont à l’origine de l’inscription dans le dispositif et décident d’emmener une partie de leurs élèves, en fonction des places disponibles.

Financés par les conseils régionaux, les séjours de 4-5 jours en Avignon sont encadrés par les équipes des Ceméa (Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation active). Les lycéens sont accueillis dans des écoles primaires mises à disposition par la ville. La plupart des lycées prennent en charge les frais de transport et les spectacles. Seul l’argent de poche reste à la charge des familles.

En savoir plus sur Educpros.fr :

> Montée en puissance de l'opération "Lycéens en Avignon.

> "Lycéens en Avignon" : la parole aux enseignants.

I.M.

 

Textes et photos : Isabelle Maradan
19.07.2011

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