Pour ou contre les maths au lycée ? Qu'en pensent les élèves ?

Par Paul-Adrien Montacié, publié le 07 Mars 2022
6 min

Les mathématiques font encore parler d'elles, mais qu'en pensent les élèves ? Leur retour dans le tronc commun, souhaité par les professeurs et vaguement considéré par Jean-Michel Blanquer, ne séduit pas tout le monde. Illustration avec deux lycéens, Marius et Lucie.

Faut-il des mathématiques pour tous au lycée ? Les élèves français, considérés mauvais dans la matière en comparaison aux autres pays, ne sont plus obligés de faire des maths à partir de la première. Depuis 2019 et la réforme du lycée, la matière a disparu du tronc commun en filière générale et n'est plus disponible qu'en enseignement de spécialité en première. En terminale, deux options s'ajoutent à l'offre mathématiques, mais uniquement pour ceux ayant suivi la spécialité en l'année précédente. Que pensent les élèves de la place des maths au lycée ? Marius et Lucie nous ont répondu.

Discussions pour renforcer les maths au lycée

Trois ans après la mise en place de la réforme, les professeurs s’inquiètent de voir de plus en plus d'élèves abandonner les mathématiques, notamment les filles. En réponse à leurs différentes alertes, le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a lancé une consultation pour renforcer la part des maths au lycée général. Mais qu’en pensent les principaux concernés, les lycéens ?

Marius est en terminale, spécialités mathématiques et physique-chimie. En première, Lucie a un parcours beaucoup plus littéraire : histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques (HGGSP), humanités littérature et philosophie (HLP) et langues étrangères (LLCE).

Tous deux bons élèves, ils n'entretiennent pas le même rapport à la matière. Marius a toujours eu de bonnes notes en mathématiques : "J’ai toujours été dans les premiers." Ce n’est pas le cas de Lucie. Sans être mauvaise élève, les maths ne sont pas sa tasse de thé : "J’avais entre 10 et 12 jusqu’en troisième, mais l’an dernier je n’avais pas souvent la moyenne. Ça ne m’intéressait vraiment pas."

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Les maths : une matière qu'on aime ou qu'on déteste

Dans la famille de Lucie, on est, d’après son propre aveu, "pas vraiment des matheux" : "Ma grande sœur a fait un bac L spécialité cinéma-audiovisuel, et elle n’avait pas de maths. Alors, pourquoi est-ce que j’en aurai ?" En effet, l’ancien baccalauréat littéraire proposait de 2010 à 2019 une option mathématiques non obligatoire qui s’apparentait au programme de mathématiques du bac économique et social (ES). Mais dans les faits, très peu de ces élèves prenaient la spécialité maths en L (moins de 10% en 2018 et en 2019, selon les statistiques officielles du ministère de l'Éducation nationale).

Pour Marius, c’est un tout autre son de cloche : "J’aime les maths. La question ne s’est même pas posée sur mes choix de spécialités, j’allais faire des maths. J’aime ça, et je vais en faire encore plus l’an prochain." Mais l’élève de terminale ne cache pas que la matière sert aussi de stratégie : "On ne va pas se mentir, parfois on préfèrerait être dehors plutôt qu'en cours de maths. Mais bon, on en a besoin pour nos études."

C'est bien là l'autre aspect des mathématiques à prendre en compte, l'un des plus importants : leur utilité dans l'orientation des élèves.

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Quelle place pour les maths dans le dossier pour intégrer le supérieur ?

Pour Marius, les mathématiques sont son argument numéro un pour le futur. Il a même choisi l’option maths expertes, qui pousse encore plus loin l’étude des mathématiques : "Cela représentait une charge de travail supplémentaire. Mais maintenant, je ne suis pas déçu de l’avoir prise. En plus ça va booster mon dossier." En effet, l’option peut constituer un plus dans les dossiers des candidats pour certains formations scientifiques, notamment les classes préparatoires.

Dossier ou pas, pour Lucie, refaire des mathématiques en terminale est hors de question ! "Je ne sais pas ce qu’ils prévoient, mais je n’espère pas avoir des maths en terminale. C’est une perte de temps pour ceux qui n’en n’ont pas besoin." Quitte à se fermer des portes ? "Ça ferait tâche dans mon dossier. Même si je ne ferais sûrement pas de formations où il y aura besoin des maths, ils trouveraient le moyen d’y accorder de l’importance. Tout le monde est tellement obnubilé par ça."

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Pour ou contre le retour des maths dans le tronc commun ?

Qu'importe, Lucie s'oppose farouchement au retour des maths dans le tronc commun. Au-delà de son dossier, elle explique ne pas en avoir besoin : "Dans la vie, on peut se débrouiller sans les maths." Et gare à ceux qui oseront justifier le retour des mathématiques en invoquant la présence de philosophie dans le tronc commun, même pour des profils scientifiques : "La philosophie, c’est de la culture générale, de l’ouverture sur le monde. Tu es obligé d’en faire pour comprendre les enjeux, et ne pas rester derrière ta calculatrice toute la journée."

Marius, à l'inverse, ne voit pas d’inconvénient à l’intégration des mathématiques dans le tronc commun. Il est même plutôt pour : "Je crois que c’est bien. Tout le monde a besoin de faire des maths. Ne serait-ce que du calcul, vous en avez besoin tous les jours !"

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